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09.04.2016

Aucune photographie

Je m’allonge sur le sable des jours à la recherche de la lumière sur ta peau
la texture de ta peau     sensation disparue de mes doigts
pourtant je l’ai si souvent caressée ta peau
si souvent parcourue     si souvent effleurée
de ma langue de mes lèvres de l’extrémité de mes phalanges

Dire cela      dire     « ta peau »     est devenu presque inconcevable
dire     « ta peau »     est de l'ordre de l'effort phonatoire
oser dépasser le silence muré
je ne parviens plus à penser     « ta peau »
j'ai peur de ne plus parvenir à te penser     « toi »

Je m’allonge à la recherche de ton empreinte sur mes rétines usagées
mes dents grincent au flou de ton sourire qui s'est fané
seules trois images fixes – je mesure à présent combien tu déjouais mes tentatives – ont réussi à te capturer

Sur l'une - prise de suffisamment loin pour te surprendre - on devine à peine ton visage la peau de ton corps a le cuivre de l'été     tu es au bord d'un torrent tes cheveux sont mouillés     la couleur de tes yeux n'est pas visible ni celle de tes lèvres tes lèvres qui m'embrassaient     chaudes    humides tes lèvres dont je ne sais plus le goût

Sur les deux autres tu marches de dos – ne pas donner prise - tes cheveux sont libres ils étaient blonds et longs tu portes un jean une marinière des baskets blanches – à l'époque je crois que c'était à la mode mais tu te moquais de la mode
la courbe de tes hanches n'est que sensualité – tout du moins je veux la concevoir comme telle  ces hanches où s'arrimaient mes mains

Insolente beauté minérale

Je m'allonge sur le sable des années à la recherche de cette lumière si particulière qui le soir inondait la baie et la digue de pierres maçonnées où nous marchions
cette lumière je l'espère toujours
à chaque fois que je longe le golfe entre mer et marais
à chaque fois que la brise qui caresse les roseaux me rappelle ton souffle
ton souffle qui peuplait mes nuits

Une quête apaisée

Comprendre bien après     quand l'absence s'est installée au creux des années
la béance infinie du manque
accueillir la douleur l'accepter pour douce compagne

« Aucune photographie » disais-tu
Ne pas être par les grains d’argent emprisonnée à jamais ne pas être comme déjà morte

 

Demeurer présente

Intensément

 

Je m'allonge sur le sable des années je fouille ma mémoire à la recherche de vieux souvenirs
j'ai peur j'ai peur de ne plus parvenir à te penser    « toi »

« Aucune photographie » disais-tu « Aucune photographie »

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