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19.03.2020

containment journey : Day - 8, March 9, 2020

Je reprends le travail. Aucune inquiétude apparente malgré la restriction des rassemblements. A la salle de convivialité - j'adore cette expression - des plaisanteries quand le sujet est abordé. Je parle de la situation en Chine, de ce qui a été mis en place. Une écoute polie mais j'ai l'impression d'ennuyer.

Je prends des précautions pour utiliser la machine à café.

Rien n'est prévu nulle part, je me rends compte que prendre de simples mesures d'hygiène même pour soi est compliqué. Ma fille m'a dit de faire attention aussi aux surfaces.

Se laver les mains, oui mais comment faire ? Toutes les portes sont à poignée. Les poubelles sont à poussée à main, tout est à contact. Quasi-impossible, je n'aurai jamais assez de gel pour tenir une seule journée.

Ma prudence rencontre la réalité. Tout cela me semble vain. 

Le soir, nous nous blottissons l'un contre l'autre. Sentiment d'apaisement.

Dans l'obscurité, j'attends que ma douce princesse s'endorme.

La fatalité m'envahit. Incohérence des mesures.

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containment journey : preamble, préambule

J'ai longuement hésité.

Rendre public mon journal.

Ne pas céder à l'affolement, ne pas contribuer à la panique, ne pas sombrer dans le narcissisme, l'exhibition, le pathos, ne pas propager des rumeurs. Se laisser le temps de la mise à distance.

Se taire, s'abstenir de participer au bruit du monde.

Et après ?

Peut-être faut-il mettre des mots ? Pour soi, pour les autres, pour nous.

Témoigner, juste témoigner simplement. Faire partie d'un nous avec nos errements, nos peurs, nos espoirs, nos colères, nos joies, notre banal quotidien...

Ecrire - pour moi en tout cas - c'est faire acte de vivre.

Pourquoi faudrait-il renoncer à vivre ?

 

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containment journey : Day - 10, March 7, 2020

Les quelques jours de vacances s'achèvent.

Je prends une photo :

les vagues viennent mourir sur le rivage,

elles sont longues mais moins puissantes,

le ciel est bleu, beaucoup plus clair que l'océan

quelques nuages à l'horizon.

Apaisé.

Nous mangeons dans un restaurant, nous essayons de prendre des précautions.

Personne n'en prend. Le serveur touche nos assiettes avec les mains, prend le pain sans pinces.

Je l'ai vu avant se toucher le visage. Que faire ? Que dire ?

Je ne dis rien à ma princesse.

Profiter de ces quelques journées avec elle dans la quiétude. Même si je pressens qu'une autre tempête va bientôt arriver.

Ce matin, l'hôtel était rempli de touristes étrangers.

On voyait la mer de la chambre. C'était magnifique, juste le bruit des vagues.

Ma fille me sort brutalement de ma douce torpeur océanique : "Toujours pas malade ?" Je réponds : "Non, enrhumé mais depuis 2 mois" - ce qui est vrai. "Faites attention à vous ! Lavez bien vos mains !" et puis elle m'envoie à distance ces petits visages jaunes avec des coeurs. Trois à suivre. 

Nous rentrons. Il nous faut reprendre nos activités professionnelles.

Le retour est tendu. Est-ce que nous allons prendre les transports en commun ?

Nous décidons que non. Il est peut-être trop tard mais nous écoutons les recommandations de ma fille.

Impossible d'être à distance, de se protéger.

Et nous n'avons qu'un minuscule flacon de gel. Pas de masques. Pas de réserves alimentaires. Dans ma stupide croyance en des valeurs de civisme, refusant de stocker à l'avance, refusant de me procurer masques et gel par relations alors que ma fille m'avait prévenu déjà depuis des semaines, je n'ai pas voulu céder à la panique, je n'ai pas voulu céder à l'affolement.

Alors que je savais, que je croyais en ses messages de prévention, un stupide aveuglement, une stupide prétention, une stupide confiance. Le moment venu, je pensais que nous serions prévenus, protégés, que cela avait été anticipé, que tout serait organisé, que les consignes seraient claires.

Le soir, nous nous endormons enlacés, sereins malgré tout. Nous savons ce qui nous attend tous.

Demain, nous partirons en voiture. Ni train, ni bus.

Nous avons partagé le gel en deux minuscules bouteilles.

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09.04.2016

Aucune photographie

Je m’allonge sur le sable des jours à la recherche de la lumière sur ta peau
la texture de ta peau     sensation disparue de mes doigts
pourtant je l’ai si souvent caressée ta peau
si souvent parcourue     si souvent effleurée
de ma langue de mes lèvres de l’extrémité de mes phalanges

Dire cela      dire     « ta peau »     est devenu presque inconcevable
dire     « ta peau »     est de l'ordre de l'effort phonatoire
oser dépasser le silence muré
je ne parviens plus à penser     « ta peau »
j'ai peur de ne plus parvenir à te penser     « toi »

Je m’allonge à la recherche de ton empreinte sur mes rétines usagées
mes dents grincent au flou de ton sourire qui s'est fané
seules trois images fixes – je mesure à présent combien tu déjouais mes tentatives – ont réussi à te capturer

Sur l'une - prise de suffisamment loin pour te surprendre - on devine à peine ton visage la peau de ton corps a le cuivre de l'été     tu es au bord d'un torrent tes cheveux sont mouillés     la couleur de tes yeux n'est pas visible ni celle de tes lèvres tes lèvres qui m'embrassaient     chaudes    humides tes lèvres dont je ne sais plus le goût

Sur les deux autres tu marches de dos – ne pas donner prise - tes cheveux sont libres ils étaient blonds et longs tu portes un jean une marinière des baskets blanches – à l'époque je crois que c'était à la mode mais tu te moquais de la mode
la courbe de tes hanches n'est que sensualité – tout du moins je veux la concevoir comme telle  ces hanches où s'arrimaient mes mains

Insolente beauté minérale

Je m'allonge sur le sable des années à la recherche de cette lumière si particulière qui le soir inondait la baie et la digue de pierres maçonnées où nous marchions
cette lumière je l'espère toujours
à chaque fois que je longe le golfe entre mer et marais
à chaque fois que la brise qui caresse les roseaux me rappelle ton souffle
ton souffle qui peuplait mes nuits

Une quête apaisée

Comprendre bien après     quand l'absence s'est installée au creux des années
la béance infinie du manque
accueillir la douleur l'accepter pour douce compagne

« Aucune photographie » disais-tu
Ne pas être par les grains d’argent emprisonnée à jamais ne pas être comme déjà morte

 

Demeurer présente

Intensément

 

Je m'allonge sur le sable des années je fouille ma mémoire à la recherche de vieux souvenirs
j'ai peur j'ai peur de ne plus parvenir à te penser    « toi »

« Aucune photographie » disais-tu « Aucune photographie »

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