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16.12.2018

L'imperméable rouge

Des années après, je t'ai retrouvée. Tu portais un imperméable rouge.

C'était un matin de pluie, un de ces matins gris que j'abhorrais. Un de ces matins où je marchais, absent au monde, sans un seul regard pour ce ciel gris. Je ne voyais personne ou plus précisément mes nerfs optiques transmettaient des signaux que je voulais ignorer. Je ne voulais percevoir qu'une foule grise, anonyme, sous ce ciel gris, dans ce matin gris. Et, il y eut cette tâche rouge au loin qui attira mon attention.

Ton imperméable rouge.

Il n'avait pu – je ne le savais pas encore - te protéger que de la pluie.

Et alors, il y eut la lumière de ton visage. La lumière de ton regard, aussi. Cette lumière que je ne saurai décrire. Cette lumière me laissa pantelant, désarmé. Elle me mit en mouvement, inexorablement. Je ne réfléchissais pas, je n'étais que ce mouvement, que ce corps en marche, qu'articulations, muscles et tendons en action. Je n'étais que tension, qu'impulsion soudaine pour te rejoindre.

Un sentiment d'urgence.

Cette histoire, je te l'ai tant de fois déjà racontée. Et tout le reste aussi.

Cet imperméable rouge, pour quelles raisons l'avais-tu choisi ? Toi qui voulais passer inaperçue, te fondre, anonyme. Notre futur t'avait-il conduit à ce choix ?

Notre rencontre débutait sous le signe du désir. Mais, tu n'en savais rien. Dès le premier instant, j'ai cherché à te séduire. Tellement ébloui. Aveugle à tout ce qui n'était pas toi. Obsédé par toi. Je ne voyais que l'iris vert de tes yeux, le dessin de tes lèvres et ton sourire indéfinissable. Je cherchais ton visage sur les quais de gare. Je guettais ton apparition sur le boulevard chaque fin d'après-midi. Ta silhouette, ta démarche, ton port de tête. Tu étais princesse inaccessible, réfugiée en ta forteresse. Je n'avais cesse de te retrouver. Je traversais les jours sans autre pensée que toi. Je t'attendais. Je détestais ces jours où l'automobile te dérobait à ma présence. Je ne pouvais savoir ce qui t'arrachait à moi. Moi qui n'était rien. Moi qui voulait être tout. Chaque matin, chaque soir, j'espérais l'instant où enfin tu allais t'asseoir dans la grâce d'un timide sourire en face de moi. Ces instants, j'aurais voulu qu'ils durent jusqu'à ce que la lune t'éclaire d'or. Mais, ces instants, je ne pouvais que les voler, que les dérober.

Par tes yeux, enfin, je voyais la mer et je sentais une houle longue, profonde me porter. Je découvrais enfin mon univers. Un univers inondé de lumière.

Je voyais - j'en étais certain - tout l'amour que tu avais à donner. Je voyais tout l'amour qui t'avait manqué. Tu étais ma joie, mon impatience. Je guettais le moindre de tes sourires - ils me transperçaient le cœur. Je cherchais à te séduire. Je ne savais rien de ta vie, de tes souffrances. Mais j'avais envie d'être ton rempart. J'étais au bord du quai, prêt à basculer. Je découvrais le plaisir d'aimer. Je chavirais, bateau ivre. Je déposais des mots et des regards. Des petits cailloux pour te guider vers le chemin qui – je l'espérais - te mènerait à moi. Je cherchais à te séduire.Tu me laissais dans l'ignorance. Le doute était mon infatigable compagnon de voyage. Impénétrable, énigmatique, tu ne te livrais pas. Je cherchais à te séduire. Je n'osais rien te demander. Je n'avais que des questions qui ne pouvaient que rester sans réponses. Parfois, la colère ou le désespoir me submergeait. Je maudissais ton indifférence supposée. Je ne disais rien. Je devinais mais ne voulais pas savoir. Je maudissais les jours où tu me quittais sur les quais de gare. Je ne montrais rien. Je cherchais à te séduire. Je n'osais t'espérer. Je ne croyais pas te mériter. Et pourtant, j'étais envoûté, je ne pouvais pas lutter contre cette tendresse que je lisais dans ton regard. J'essayais de déchiffrer des signes sur ton visage. Je n'y parvenais pas. Je t'attendais. Je ne pouvais que t'attendre. Te laisser venir à moi.

Et maintenant, chaque soir, tu es là, allongée, blottie contre moi. Tu dis que mon corps est chaud et je m'enroule autour de toi pour te réchauffer. J'écoute la musique de ta voix quand, la nuit tombée, tu lis à haute voix. Elle me calme, me berce. Tu dis que ma peau est douce et je laisse ta main explorer mon corps - il s'abandonne enfin. Et maintenant, chaque soir, j'attends l'instant où je vais sentir le poids de ta tête sur mon épaule quand le sommeil t'emporte. Je n'ose le moindre mouvement si ce n'est caresser lentement l'arrondi de ton crâne, celui de ta joue, si ce n’est effleurer le grain de beauté qui orne ta main gauche.

Chaque jour, te sentir contre moi, t'entendre respirer, apaisée. Chaque jour, je ne regrette rien du passé.

Un jour de nuages à la dérive, j'ai ouvert grands mes bras, je t'ai serrée tout contre moi. Il n'y avait que nous, enlacés dans cette ruelle, nous seuls présents au monde. Je ne voyais que toi, plus rien n'avait d'importance que toi.

Je savais que tu m’emmènerais loin du pays des ombres. Vers d'autres contrées, là où le bonheur a le droit d'exister, là où le plaisir naît du désir dans les regards, là où l'amour n'est pas chimère mais de l'ordre du possible.

Enfin.

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21.10.2018

Résidence d’été

le portail d’abcès de rouille

grince

sur les marches de l’escalier

deux chaises d’été attendent

délaissées

 

dans le jardin abandonné

les marguerites sont éteintes et le ruisseau

s’est tu

 

les volets

clos de silence

ne cachent que le miroir piqué

où tu esquissais un sourire

de rouge fardé

 

il ne reste que des ombres

surgies de cadres aux dorures fanées

qui parfois peuplaient nos nuits

de douleurs

muettes

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23.09.2018

Des mois d'absence

Jour après jour

mois après mois

attendre

que la douleur disparaisse

que le plaisir reprenne sa place

enfin

pouvoir marcher dormir lire écrire écouter notes et chants

enfin

(re)vivre

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10.06.2018

Pas même le vent

Pas même le vent

dans les feuilles du mûrier

n’aurait pu changer notre futur.

Il était dès son point d’origine tracé

inéluctable.

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08.10.2017

remue-méninges 2

6. Et quand bien même le sens semblerait guider notre action, comment pourrions-nous en être certain ?

7. Pouvons-nous agir et penser l'agir dans le même mouvement ?

8. Quand nous agissons, nous agissons. Et rien d'autre.

9. Avant d'agir, nous réfléchissons parfois au comment et à nos raisons d'agir. Cela n'est pas une condition suffisante pour que notre action en découle.

10. Comment notre action découlerait de notre réflexion avant coup ? Serions-nous des automates, des mécaniques programmables ?

11. Après avoir agi, nous donnons parfois des raisons à notre action. Mais qu'est-ce qui garantit qu'elles sont les raisons de notre action ?

12. Tout cela n'est-il pas affaire de croyance ?

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30.08.2016

J'ai longé le mur

j'ai longé le mur

évité les ombres

contemplé la lumière crue

sur les tombes

mordu la chair d'une figue

de celles que tu aimais

celles à la chair rouge

mes gencives saignaient

de ce sang éclatant

qui enfant me terrifiait

j'ai attendu que les étoiles trouent le ciel

une douce chaleur montait des pierres

j'ai suivi l'allée de graviers

fermé la porte des souvenirs

longé le mur

évité les ombres

mes gencives saignaient

mes gencives saignaient

 

(Texte initialement mis en ligne le 5 juillet 2015)

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10.08.2016

Aurore

Ce sera l’un de ces matins de rosée

tu seras toute chaude endormie

la fenêtre sera grande ouverte au bruit

des vagues sur les rochers

le soleil à peine levé dansera léger

sur tes lèvres offertes entrouvertes

sur ta main dans tes cheveux égarée

Ce sera l’un de ces matins de rosée

ta peau aura encore l'odeur de l'été

j’attendrai que tu sois éveillée

et je te regarderai.

 

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30.04.2016

Du train soudain

Du train soudain
le golfe à la vue s'offre
la mer étale
d'argent sans une ride
à l'horizon s'unit
au ciel de nuages gris
et cette lumière
qui irradie  la baie
et cette lumière
qui irradie l'océan
elle est je crois
semblable à celle
qui caressait ton corps nu
disparue soudain
cette lumière  qui me hante

 

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09.04.2016

Aucune photographie

Je m’allonge sur le sable des jours à la recherche de la lumière sur ta peau
la texture de ta peau     sensation disparue de mes doigts
pourtant je l’ai si souvent caressée ta peau
si souvent parcourue     si souvent effleurée
de ma langue de mes lèvres de l’extrémité de mes phalanges

Dire cela      dire     « ta peau »     est devenu presque inconcevable
dire     « ta peau »     est de l'ordre de l'effort phonatoire
oser dépasser le silence muré
je ne parviens plus à penser     « ta peau »
j'ai peur de ne plus parvenir à te penser     « toi »

Je m’allonge à la recherche de ton empreinte sur mes rétines usagées
mes dents grincent au flou de ton sourire qui s'est fané
seules trois images fixes – je mesure à présent combien tu déjouais mes tentatives – ont réussi à te capturer

Sur l'une - prise de suffisamment loin pour te surprendre - on devine à peine ton visage la peau de ton corps a le cuivre de l'été     tu es au bord d'un torrent tes cheveux sont mouillés     la couleur de tes yeux n'est pas visible ni celle de tes lèvres tes lèvres qui m'embrassaient     chaudes    humides tes lèvres dont je ne sais plus le goût

Sur les deux autres tu marches de dos – ne pas donner prise - tes cheveux sont libres ils étaient blonds et longs tu portes un jean une marinière des baskets blanches – à l'époque je crois que c'était à la mode mais tu te moquais de la mode
la courbe de tes hanches n'est que sensualité – tout du moins je veux la concevoir comme telle  ces hanches où s'arrimaient mes mains

Insolente beauté minérale

Je m'allonge sur le sable des années à la recherche de cette lumière si particulière qui le soir inondait la baie et la digue de pierres maçonnées où nous marchions
cette lumière je l'espère toujours
à chaque fois que je longe le golfe entre mer et marais
à chaque fois que la brise qui caresse les roseaux me rappelle ton souffle
ton souffle qui peuplait mes nuits

Une quête apaisée

Comprendre bien après     quand l'absence s'est installée au creux des années
la béance infinie du manque
accueillir la douleur l'accepter pour douce compagne

« Aucune photographie » disais-tu
Ne pas être par les grains d’argent emprisonnée à jamais ne pas être comme déjà morte

 

Demeurer présente

Intensément

 

Je m'allonge sur le sable des années je fouille ma mémoire à la recherche de vieux souvenirs
j'ai peur j'ai peur de ne plus parvenir à te penser    « toi »

« Aucune photographie » disais-tu « Aucune photographie »

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27.03.2016

Un grand sac

J’ai pris

ton sourire ta bouche et puis tes désirs

J’ai volé

tes mots tes mains et puis ta douce peau

J’ai rangé

tout cela dans un grand sac

Et je suis parti

oubliant tes pleurs

J’ai toujours été

un piètre voleur.

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25.02.2016

Il ne me reste que cela

La mer          noire
et l'écume crachée par les vagues         blanche

Le bleu-vert           de tes veines
qui affleurait
sous la peau diaphane de tes avant-bras

Il ne me reste que cela

Ni ton visage
ni ton sourire qui irradiait l'espace
ne viennent désormais hanter l'ordinaire de mes nuits

Et le gris du ciel qui dévorait la lumière
Et le rose pâle de tes ongles à l'extrémité de tes phalanges

Il ne me reste que cela

Rongée par le sel des années
de ma mémoire rétinienne tu disparais

Mais la béance est             là
                                                  douloureuse            infinie.

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22.02.2016

Déjà je sens ses ailes

je regardais les reflets d'argent mourir sur l'estran
et la lumière rasante du soir baigner ton visage
j'aurais voulu caresser ta joue effleurer tes lèvres
dans tes yeux je croyais deviner la mer
aveugle à ta souffrance dans l'ombre embusquée
je ne voyais que ton sourire illuminer l'espace
je ne voyais que ton sourire
crois-tu que nous aurons le temps
il me semble déjà sentir ses ailes frôler mon visage
bientôt le froid envahira mes membres
et le silence nu viendra nous séparer
crois-tu que nous aurons le temps
crois-tu que nous aurons le temps
de nous aimer encore un peu.

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13.12.2015

TER 6:35

sous la morsure cruelle du gel
le calcaire cette nuit a éclaté
et le bois sous l'abri s'est fendu
ce matin de ciel bleu acier
entre mer et rails posées dérisoires
tâches bleues tâches vertes
blotties contre les fourrés
protections illusoires
tâches bleues tâches vertes
abris de toile fragiles
où dorment des hommes
sous le regard blasé
des passagers du TER de 6 heures 35
qui file.

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28.11.2015

Comme le roseau

le soir tombe

la mer étale lèche l'or de la plage

dans la lumière rasante un paysage incongru

de quiétude de sérénité

je n'ai pas de mots pour dire l'insoutenable

donne-moi la main et serre-moi fort dans tes bras

donne-moi la main et serre-moi fort dans tes bras

parce que ce soir j'ai froid

très froid

nous allons regarder le soleil se coucher

l'horizon se couvrir de rose

et demain matin nous regarderons ce même soleil se lever

comme à chaque jour de l'humanité

et nous continuerons

à vivre parce que nous sommes ici pour vivre

à nous aimer parce que sans amour

serions-nous des femmes et des hommes

et nous continuerons

à chanter parce que les chansons brisent

le silence

à rire parce que sans rires que seraient nos pleurs

donne-moi la main et serre-moi fort très fort dans tes bras

et nous continuerons

à rêver parce que sans rêves il n'y aurait pas d'espoir

à lire parce que libres nous voulons interpréter

à joeur de la musique parce que depuis que nous avons des rituels

elle est nécessité

à danser parce que nous dansons depuis que nous attendons

la pluie

depuis longtemps

depuis la nuit des temps

nous savons la fureur aveugle le bruit des armes et le goût

des larmes

depuis longtemps

depuis la nuit des temps

comme le roseau nous continuons vivants

depuis longtemps

depuis la nuit des temps

nous continuons

debout

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30.10.2015

Indicible

De l’arbre arracher la mousse le lierre et l’écorce

Fouiller le sombre ronger le cœur écouter la voix

des ombres

Vouloir dissoudre la mémoire

Griffer le derme oublier les visages les mains et les seins

Étouffer les cris le bruit des bottes et celui des trains

Vouloir ne plus savoir ne plus pouvoir voir

Arracher la mousse le lierre et l’écorce

Vouloir dissoudre la mémoire

Les corps ne plus dénombrer jusqu'au vertige

Fuir les regards et les miroirs

Étouffer les cris les plaintes et les pleurs

Éteindre les braises la chaux et les flammes

Dissoudre la mémoire

Ne plus avoir de mots pour dire l'effroi

Arracher la mousse le lierre et l’écorce

Fouiller le sombre ronger le cœur écouter la voix

des ombres

Vouloir dissoudre la mémoire

Et savoir que cela demeurera

Fouiller le sombre ronger le cœur écouter la voix

des ombres

Dissoudre la mémoire

Savoir avoir toujours su

Et que cela demeurera

Et que cela demeurera

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