Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

21.09.2021

la fabrique 14 : "Vous êtes un intellectuel ?"

un jour un message un message électronique une question : « Vous êtes un intellectuel ? » mais c'est quoa cette question ? « Vous êtes un intellectuel ? » un intelléquoi ? un intéléctuel ? je sais pas moa ce qu'c'est qu'un intélétuel ? c'est quoa ça ? ça fait quoa ça ? dis, c'est ceux qui bavassent devant les micros qui pérorent sur les écrans qui alignent des phrases que je comprends pas quand ils arrivent à la fin et que j'dois appuyer sur replay et qui sourient béats devant leur analyse brillante , leur finesse d'esprit ? dis, c'est pour ça que tu me prends ? dis, les intellectuels c'est quoa ça ? ça s'oppose à quoa ça ? parce que si tu m'poses la question, c'est bien qu't'as une idée de c'que c'est, de ce que c'n'est pas ? dis, dis t'attends quoa comme réponse ? tu veux que je t'écrive que j'ai de l'ambition moa, petit tas de chair minuscule qui vais finir rongé par les vers ou en cendres lâchées dans les airs, tu crois que j'ai l'ambition de donner du sens au monde moa ? dis, tu crois quoa toi ? que moi qui suis très préoccupé par mes intestins tous les matins et les soirs j'ai l' temps d'avoir des idées sur tout et n'importe quoi ? tu crois que j'suis un expert en que'que chose, pace que t'en connais toi des experts en queque chose ? ah ce mot « EXPERT », laisse-moi rire y a jamais eu autant d' « experts » qui expertisent tout et n'importe quoi et alors ça a produit quoa ça à part que ça leur permet d'avoir un petit bout de galette, juste un petit bout tout d'même pace que la galette faut faire attention, si tu la partages trop, y en a plus assez pour toi, la galette ça fait des miettes. dis tu crois quoa à me poser cette question ? que j'ai la prétention d'avoir une pensée critique ? tu te trompes d'éléphant, va voir ailleurs dans le zoo, j'ai la prétention de rien faire moi, je vide mon sac, c'est tout, je pense pas moa, ça sort comme ça, comme une envie de vomir, irrépressible ou comme quand t'as envie de pisser et que tu peux plus te retenir. je fais pas dans le peaufinage, l'élégant, le beau, le pensé raffiné, le philosophiquement élaboré, le critique étale-moi la confiture, le col de chemise ouvert négligemment. non je rabote grossièrement, je ponce au gros grain, j'y vais allégrement à la brosse moa pas au pinceau fin, je triture sans trop savoir, j'assemble de guingois. mais quoa tu te prends pour qui toa d'abord à me poser cette question ? t'as bien une p'tite idée tout de même autrement tu me la poserais pas ta question. Alors allez envoie- moi le fonds de ta pensée, dis-moi ce qui te triture et je verrai si j'ai le temps de lire ta réponse à ta question et si je la comprends. après je sais pas si je te répondrai pace que j'ai un tas de trucs à faire, aller chercher de quoi manger, faire une lessive, étendre le linge, combler mon découvert, mettre le réveil à sonner pour pas oublier d'aller bosser , pace que bosser dans ce monde est devenu une souffrance de tous les matins, ramasser les miettes sur la table... ah oui les miettes et la galette c'est fou ceux qui veulent un morceau de galette. ah oui tu t'en fous toa de tout ça, c'est vrai t'attends que ta réponse à cette question « Vous êtes un intellectuel » ? « Vous êtes un intellectuel » ?

06.09.2021

Concision 108

Chaleur de la nuit

Son odeur cherchée sur les draps

Cruel septembre.

19.03.2021

Silver Letters 3 : Le Moulleau

Cette photographie de moi, tu avais tenu à la prendre un après-midi d'août, tu savais pourtant combien je détestais cela.

Non loin de la mer que j'avais voulu voir, nous étions attablés dans un jardin à l'ombre protectrice des arbres. Tu avais un haut de coton écru avec, me semble-t-il, un liseré de dentelle et ton sourire irradiait l'espace, je ne voyais que toi.

J'avais pris l'appareil, emprisonné cet instant comme si je ne voulais pas le voir s'évanouir, pour capter ta beauté lumineuse et, au final, à travers le viseur, plus encore que l'éclat de ton visage, ce fut la force inébranlable de ton amour qui apparut.

Je n'avais pu me baigner, je t'avais regardée avancer dans les vagues. De la main, je manifestais ma présence lointaine, signe dérisoire de mon impuissance. Je rageais de ne pouvoir nager à tes côtés.

J'avais détesté le sable de la plage ce jour-là, sa chaleur sous la plante de mes pieds engourdis, sa texture fuyante qui me faisait marcher de guingois, sa couleur éblouissante et son inconfort qui ne semblait gêner tous ces corps dénudés allongés.

Cette photographie, je n'avais pas voulu la regarder, témoin d'un présent disparu dont je ne voulais conserver trace.

Elle était celle d'un homme que je ne reconnais pas, il ne restait rien du vert irisé des paillettes dorées de ses yeux, le noir des pupilles semblait avoir tout digéré et son regard, malgré son esquisse de sourire, ne pouvait faire illusion.

Pourquoi tenons-nous tant à capturer les instants éphémeres de nos vies ?

Des clichés où nous croyons tenir la mort à distance. Et pourtant, combien elle y est déjà présente, vivante.

29.11.2020

Silver Letters 1 : aucune photographie

Je m’allonge sur le sable des jours à la recherche de la lumière

Sur ta peau, de la texture de ta peau - sensation disparue de mes doigts.

Pourtant, je l’ai si souvent caressée ta peau, si souvent parcourue, si souvent effleurée 

De ma langue, de mes lèvres, de l’extrémité de mes phalanges.

Dire cela, dire « ta peau » est devenu presque inconcevable.

Dire « ta peau » est de l'ordre de l'effort phonatoire.

Oser dépasser le silence muré.

Je ne parviens plus à penser « ta peau », j'ai peur de ne plus parvenir à te penser « toi ».

Je m’allonge à la recherche de ton empreinte sur mes rétines usagées,

Mes dents grincent au flou de ton sourire qui s'est fané.

Seules trois images fixes – je mesure à présent combien tu déjouais mes tentatives – ont réussi à te capturer.

Sur l'une - prise de suffisamment loin pour te surprendre - on devine à peine ton visage,

La peau de ton corps a le cuivre de l'été, tu es au bord d'un torrent, tes cheveux sont mouillés,

La couleur de tes yeux - ce vert si particulier qui m'aimantait - n'est pas visible,

Ni celle de tes lèvres. Tes lèvres qui m'embrassaient, chaudes, humides.

Tes lèvres dont je ne sais plus le goût.

Sur les deux autres, tu marches de dos – ne pas donner prise - tes cheveux sont libres,

Ils étaient blonds et longs. Tu portes un jean, une marinière et des baskets blanches – à l'époque,

Je crois que c'était à la mode mais tu te moquais de la mode.

La courbe de tes hanches n'est que sensualité – tout du moins, je veux le concevoir ainsi.

Ces hanches où s'arrimaient mes mains. Insolente beauté minérale.

Je m'allonge sur le sable des années à la recherche de cette lumière si particulière qui, le soir,

Inondait la baie et la digue de pierres maçonnées où nous marchions.

Cette lumière, je l'espère toujours, à chaque fois que je longe le golfe, entre mer et marais,

A chaque fois que la brise qui caresse les roseaux me rappelle ton souffle,

Ton souffle qui peuplait mes nuits.

Une quête apaisée. Comprendre bien après. Quand l'absence s'est installée,

Au creux des années, la béance infinie du manque. Accueillir la douleur,

L'accepter pour douce compagne.

« Aucune photographie » disais-tu. Ne pas être par les grains d’argent emprisonnée

A jamais. Ne pas être comme déjà disparue.

Demeurer présente.

Intensément.

Je m'allonge sur le sable des années, je fouille ma mémoire à la recherche de vieux souvenirs.

J'ai peur, j'ai peur de ne plus parvenir à te penser « toi ».

« Aucune photographie » disais-tu.

« Aucune photographie ».

22.11.2020

Silver Letters 2 : le papier argentique

Ainsi, en ce jour d'automne, alors que se referme la terre

Noire, nous serions à jamais seuls à connaître cet ignoble

Passé. Nous serions à jamais seuls à savoir ce que criait

Ton regard noir d'enfant capturé sur le papier argentique.

 

Ainsi, jusqu'à mon ultime départ, il continuerait donc à hanter

Mes nuits, ce regard. Ce regard que je n'ai su déchiffrer.

Ce regard qui, dans une lutte sourde inégale, affrontait

Celui du photographe, ce voleur de ton enfance murée

Dans le silence. Ce photographe qui dérobait la blondeur

De tes boucles d'enfant, et sur la pellicule, jouissait

De ta souffrance muette, je voudrais que jamais

Il n'eut d'existence. Ce photographe qui avait déjà scellé

Notre destin.

 

Ainsi, en ce jour d'automne, alors que tous ceux qui auraient dû

Te protéger sont désormais à l'abri de cette terre noire, tu serais

A jamais seule à vivre avec cette béance infinie, à sourire

A ceux qui t'entourent et ignorent tout de tes blessures

Parce que tu as choisi le silence.

 

Ainsi, en cette terre, je serais seul à connaître un fragment

Infime de ta vérité, à porter, selon la promesse exigée,

Le fardeau du secret.

 

Parfois, je voudrais t'en vouloir de cette confidence échappée

Des décennies après. Mais, comment le pourrais-je ? Moi

Qui n'ai pas su fermer les portes aux fantômes qui te terrorisaient

Le soir dans la chambre nuptiale. Seule me dévore encore

Une colère infinie envers lui que la terre protège. Je voudrais

Oser briser la stèle érigée en son souvenir, la réduire en infime

Poussière grise et terne, broyer ses os, misérables vestiges,

Et les voir se dissoudre dans les eaux sombres du fleuve

Qui gronde, pour que rien de lui ne demeure sur cette terre.

Je voudrais crier à tous ceux qui, dupés, l'ont aimé,

Au monde entier, quel monstre il était.

 

En ce jour d'automne, alors que se referme la terre, je pense

A toi, lointaine sihouette muette errant dans les landes sombres

De ton enfance dévastée.

En ce jour d'automne, alors que se referme la terre, je ne désire

Que le bleu du ciel, limpide, et qu'un jour, tu choisisses de parler

Pour être enfin apaisée.

20.10.2020

Concision 106

Rêvé du son clair

En cette nuit mauvaise

De l'eau d'un torrent.

11.10.2020

Concision 105

Rideau gris de pluie

Dans le silence des tombes

Immobile seul.

28.09.2020

Concision 104

Tâches sur mes mains.

L'automne s'est installé

ou est-ce l'hiver ?

19.09.2020

la fabrique 13 : ça cause oh ça cause

oh ça cause ça cause dans les journaux ça cause ça cause oh ça cause de tous les côtés ça cause ça cause ça donne son avis oh ça cause ça cause sur les écrans un flot ininterrompu ça cause ça cause oh ça cause pour dire tout et le contraire oh ça cause ça cause les experts proclamés des qui savent tout des qui ne savent rien mais savent quand même ça cause ça cause des qui disent peut-être oui peut-être ben que non oh ça cause ça cause des sinistres et des démagos oh ça cause ça cause ça cause des sommités vite désavouées par d'autres sommités désavouées par d'autres sommités oh ça cause ça cause oh ça cause ça cause entre deux pages de pub des célébrités éphémères des qui disent qu'ils ne sont pas devins mais qui vous annoncent le pire ou le meilleur oh ça cause ça cause ça cause ça adore causer et même quand des plus humbles osent la prudence la marée les emportent à toute berzingue vers l'oubli oh faut que ça cause que ça alimente le flot que ça fasse monter la mayonnaise ça cause ça cause faut scorer à l'audimat ça cause ça cause oh ça cause des pseudo journalistes des vendeurs d'audience des présentateurs de bruit des égos démesurés ça cause ça cause oh ça cause faut être en tête de gondole alimenter le buzz ça cause ça cause partout ça cause faut faire dans le sensationnel oh ça cause ça cause oh ça cause ça cause du bruit du bruit encore et toujours du bruit toujours du bruit toujours du bruit oh ça cause ça cause ça cause oh ça cause

mais le silence est d'or mais le silence est d'or mais le         est d'or mais le           est        

14.09.2020

Comme le roseau

le soir tombe

la mer étale lèche l'or de la plage

dans la lumière rasante un paysage incongru

de quiétude de sérénité

je n'ai pas de mots pour dire l'insoutenable

donne-moi la main et serre-moi fort dans tes bras

donne-moi la main et serre-moi fort dans tes bras

parce que ce soir j'ai froid

très froid

nous allons regarder le soleil se coucher

l'horizon se couvrir de rose

et demain matin nous regarderons ce même soleil se lever

comme à chaque jour de l'humanité

et nous continuerons

à vivre

parce que nous sommes ici pour vivre

à nous aimer

parce que sans amour serions-nous des femmes et des hommes

et nous continuerons

à chanter

parce que les chansons brisent le silence

à rire

parce que sans rires que seraient nos pleurs

donne-moi la main et serre-moi fort très fort dans tes bras

et nous continuerons

à rêver

parce que sans rêves il n'y aurait pas d'espoir

à lire

parce que libres nous voulons pouvoir interpréter

à écouter de la musique

parce que depuis que nous avons des rituels elle est nécessité

à danser

parce que nous dansons depuis que nous attendons la pluie

depuis longtemps

depuis la nuit des temps

nous savons la fureur aveugle le bruit des armes et le goût des larmes

depuis longtemps

depuis la nuit des temps

comme le roseau nous continuons vivants

depuis longtemps

depuis la nuit des temps

nous continuons

debout

Publié dans Autres, Textes | Tags : poems, poetry, poésie, poème, littérature |  Facebook | |

27.08.2020

Concision 103

Murmure du vent

Danse de pétales roses

Un couple enlacé.

13.07.2020

Concision 102

Au bruit de son souffle

seules bougent ses côtes

Danseuse impassible.

14.06.2020

Concision 101

A l'angle des rues

L’œil bleuté des caméras

Nos vies capturées.

07.06.2020

Concision 100

Tracées au cordeau

Rues et places rénovées

Villes de pâle ennui.

14.05.2020

Concision 99

Immobile nu

Au bord du sombre abîme

Oscille plonge.

27.04.2020

la fabrique 11 : le bruit du monde

J'ai écrit et mis en ligne ce texte en mai 2016. Il me semble cruellement contemporain.

Tu as beau te perdre dans l'immensité bleue contempler le brun des algues et la ligne noire des îles au large tu ne parviens plus à oublier le monde qui t'entoure tu ne parviens plus à oublier le monde qui t'entoure Tu as beau te noyer dans des vagues de sons électroniques te plonger dans d’éclectiques lectures éviter le flot des écrans cathodiques tu ne parviens plus à oublier le monde qui t'entoure tu ne parviens plus à oublier le monde qui t'entoure Chaque matin tu marches un peu plus oppressé tu as beau presser le pas tenter de détourner le regard emprunter d'autres chemins où que tes pas te portent la misère du monde te rattrape la misère du monde te rattrape Chaque jour tu te demandes ce que sont devenus vos rêves tu voudrais échapper à cette lassitude qui t'envahit te glisser dans les interstices éviter la douleur de savoir mettre ce monde entre parenthèses mettre ce monde entre parenthèses Tu as beau vouloir espérer encore un peu tu ne parviens plus à échapper au bruit du monde qui t'entoure tu ne parviens plus à échapper au bruit du monde qui t'entoure tu ne parviens plus à échapper au bruit du monde tu ne parviens plus à échapper au bruit du monde échapper au bruit du monde échapper au bruit du monde échapper au bruit du monde échapper au bruit du monde au bruit du monde au bruit du monde au bruit du monde au bruit du monde.

 

10.04.2020

Concision 98

Matin de printemps

Au chant des oiseaux, sur sa peau

la lumière joue.

05.04.2020

Concision 97

Son mat de mes pas

dans cet espace restreint

Au loin arbres en fleurs.

02.04.2020

Concision 96

Caresse ses seins

la lumière de l'aurore

Endormie, je la regarde.

23.02.2020

Concision 95

Mort lente du jour

Silhouettes noires des pins

Au banc d'Arguin je sombre.