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21.03.2020

Books, "A lire ou à relire" : "King Kong Théorie" by Virgine Despentes

J'avais essayé de lire plusieurs romans de Virginie Despentes. Je me méfiais aussi bien des critiques acerbes que des louanges, de l'écho rencontré dans les médias. Et puis, je crois que j'ai un problème avec les romanciers français, j'ai souvent du mal à accrocher. Pire même, j'apprécie bien souvent plus le style des traductions étrangères que le style de nos auteurs contemporains.

Je me souviens qu'une jeune femme brune rencontrée dans un café parisien à l'occasion d'un concert privé m'avait vanté "Vernon Subutex". J'avais eu du mal à achever le 1 et je n'ai même pas terminer le 2. Son premier roman ne m'avait guère enthousiasmé même si le sujet était des plus intéressants.

Bref, je ne comprenais pas pourquoi elle provoquait par ses ouvrages autant de bruit. Culte ou détestée, méprisée. Il faut se souvenir des propos d'Eric Naulleau à propos de cet ouvrage. Le citer serait lui faire un trop grand honneur. Dans quelques années qui se souviendra de ce personnage ? Que restera-t-il de lui dans l'histoire de la littérature ? Rien. 

Ce n'est pas le cas de cet essai qui, plus de 14 ans après sa sortie, garde toute sa force. Non seulement par son contenu mais aussi par son style. C'est peut-être dans cet essai que l'écriture de Despentes s'avère la plus interessante, apportant à l'intention théorique la puissance de ses mots, de ses phrases. Il y a un rythme, une voix qui vous emmène du début à la fin nous dérangeant parfois dans nos croyances, nous bousculant mais nous dévoilant les mises en scène de la féminité et de la masculinité.

Ce qui demeure à la fin de la lecture de cet essai, c'est que, par sa critique, il s'adresse à nous tous, femmes et hommes.

Indispensable.

littérature,virgine despentes

06.10.2019

Books, "A lire ou à relire" :"Trouée dans les nuages" de Chi Li

Un huis clos terrible entre une jeune femme et son mari écrit par Chi Li, romancière chinoise.

Traduit du chinois par Isabelle Rabut et Shao Baoqing chez Actes Sud.

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17.07.2019

Books, A lire ou à relire : "Je ne peux le croire" anthologie haïkus & tankas

Cette anthologie établie par Dominique Chipot et publiée aux éditions Bruno Doucey est remarquable et bouleversante. Son titre complet dit tout "Je ne peux le croire. Fukushima Nagasaki Horishima". Recueil de haïkus et tankas de poètes contemporains connus ou non. On pourra y lire notamment les textes de Matsuo Atsuyuki, un des rescapés de Nagasaki ou ceux d'Oyama Takami qui s'éleva toute sa vie contre l'armement nucléaire.

Deux extraits pour illustrer la puissance de ces textes qui, en quelques lignes, disent bien plus que tous les discours. Quand des textes nous disent quelque chose de notre monde, de notre condition humaine, alors on comprend ce que peut signifier littérature. Fulgurance, intensité, cruelle réalité.

Sous le clair de lune

ma propre voix qui appelle

en vain mes enfants 

Matsuo Atsuyuki

A trois ans,

Ma fille sait dire "césium"...

Averse de printemps.

Mabesoone Seegan

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18.05.2019

Books, : A "lire ou à relire" : "Sortie parc, gare d'Ueno" de Yu Miri

Un roman de Yu Miri, magnifique, tout en légèreté, en petites touches sur le Japon contemporain. Traduit du japonais par Sophie Refle. On ne souligne jamais assez l'importance de la traduction.

Paru chez Actes Sud en 2015.

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07.04.2019

Books, "A lire ou à relire" : "Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" de Stig Dagerman

Depuis "De la certitude" de Wittgenstein, c'est peut-être le texte le plus marquant que j'ai lu. Incontournable.

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16.12.2018

A lire ou à relire : "Tristesse et Beauté" Yasunari Kawabata

Dernier roman écrit par Yasunari Kawabata avant de se donner la mort le 16 avril 1972, "Tristesse et Beauté" est de ces livres qui, une fois fermé, continue à vous hanter. 1ère édition chez Albin Michel, 1981.

Tristesse et Beauté - Cover image

23.10.2017

Books : Four bedside books of the moment

Depuis plusieurs semaines, quatre livres sont les compagnons de ma table de chevet. Je les ouvre de temps à autre, picore ça et là. Des moments de plaisir comme seule, bien souvent, la poésie est capable de m'offrir.

Lire une page, savourer, ressentir, entendre la voix, se perdre dans les pensées provoquées, flotter comme en état d'apesanteur juste avant de s'endormir.

Quatre recueils de poèmes. Essentiels depuis des semaines.

littérature, poésie

 

"Birthday Letters" de Ted HUGUES, une traduction remarquable, dans la collection Poésie chez Gallimard.

littérature, poésie

"Ariel" de Sylvia PLATH, dans la collection Poésie chez Gallimard

 

littérature, poésie"Poésie" de Raymond CARVER, collection Points Poésie.

 

 

 

littérature, poésie"L'éclipse de lune de Davenport - Et autres poèmes" de Jim HARRISON, La petite vermillon, Editions La Table Ronde.

09.04.2016

Books : "Ma vie palpitante" by Kim Ae-ran

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Un roman sensible et écrit avec délicatesse de l'auteure coréenne Kim Ae-ran. Traduit par Lim Yeong-hee et Françoise Nagel, Editions Philippe Picquier.

Où il est question de l'amour de deux parents pour leurs fils Areum atteint de progéria, maladie génétique extrêmement rare qui provoque un vieillissement accéléré.

PROLOGUE

Mes parents avaient seize ans quand ils m'ont eu.
J'ai eu seize ans cette année.
Je ne sais pas si je vivrai jusqu'à mes dix-huit ans.
Ce n'est pas à moi de décider.
Je ne suis sûr que d'une chose : il me reste peu de temps.

Pendant que les autres enfants grandissent,
Moi, je vieillis.
Pour moi, chaque heure compte comme un jour.
Chaque mois, comme une année.
Aujourd'hui, je suis plus vieux que mon père.

Mon père voit en moi l'homme qu'il sera à quatre-vingts ans.
Je vois en lui l'homme que je ne serai jamais à son âge.
Le futur qui ne sera pas et le passé qui n'a pas été,
Face à face, s'interrogent l'un l'autre :
Seize ans est-il un bon âge pour avoir un enfant ?
Trente-deux est-il un bon âge pour le perdre ?

Mon père me demande ce que j'aimerais être
Si j'avais une seconde chance de naître.
Je voudrais être toi, père !

Pourquoi moi ? il y a mieux, tu ne crois pas ?
J'aimerais renaître à ta place et avoir un enfant comme moi
Pour pouvoir comprendre ce que tu ressens.
J'ai un peu honte de ma réponse.
Mon père pleure.

Ceci est l'histoire de très jeunes parents et de leur très vieil enfant.

21.02.2016

Books : "Si le rôle de la mer est de faire des vagues..." by Kim Yeon-su

littérature,roman

Où il est question de six cartons de vingt-cinq kilos contenant toute l'enfance de Camilla,

d'une photographie et de la quête d'une mère naturelle,

du retour à Jinnam, ville côtière de Corée du Sud,

d'une silhouette juchée au sommet d'une grue,

de silences et de secrets,

d'Emily Dickinson

et d'amour.

Poésie et sensibilité dans une traduction qu'on devine réussie.

Si le rôle de la mer est de faire des vagues... Kim Yeon-su. Traduit du coréen par  Lim Yeong-hee et Mélanie Basnel. Éditions Philippe Picquier.

28.01.2016

Books : Deux polars, deux héros récurrents Charlie Resnick et Erik Winter

Je n'avais pas signalé de romans depuis bien longtemps. Non pas que je ne lise plus. Non. Juste une question de temps. Deux polars donc, avec deux héros récurrents. L'un vit à Nottingham, l'autre en Suède. Resnick et Winter, deux policiers amateurs de jazz. Deux séries où les questions de société ne sont jamais absentes.

Avec une mention particulière pour "Ténèbres, Ténèbres" de John Harvey qui clôt les aventures de son inspecteur Charlie Resnick, personnage attachant, épris de justice, souvent désabusé.

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27.10.2015

Books : [Kokoro] Delphine Roux

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La dernière page de ce roman achevée, je suis resté longtemps comme suspendu dans un ailleurs. Une sensation douce de plaisir, un instant hors du temps.Et puis vient l'envie de relire, de goûter de nouveau des phrases magnifiques, de déguster ce texte épuré, concis et pourtant d'une grande capacité d'évocation, sensible, subtil, d'une grande légèreté.

[Kokoro], court roman de Delphine Roux est de ces livres précieux qui vous font entendre une voix, un souffle. Si le thème n'a rien de nouveau dans la littérature nippone et même si on devine peu à peu l'épilogue, la progression du livre, son écriture, la manière dont on découvre les personnages,et ce qu'ils ressentent, la présence de la nature en font un très beau roman. La construction de ce roman est habile et le rend captivant : chaque court texte a pour titre un mot écrit en japonais et en français. Je ne dévoilerai rien de cette histoire dont Koichi (le narrateur) et sa soeur Seki sont les personnages principaux. Je ne dévoilerai pas la raison du titre. Juste une phrase située dans la première partie du livre - j'aurais pu en citer des dizaines - pour vous donner envie : "Aujourd'hui, je regarde le monde en proximité. Je regarde les autres faire ce que je ne fais pas, ce que je ne fais plus. Voilà."

[Kokoro] de Delphine Roux - Editions Philippe Picquier - collection Japon - 2015.

21.08.2015

Postcard 4 : Books & Poems "L'anniversaire de la salade" TAWARA Machi

poème,poésie,tanka,littérature,machi tawaraEn 1987, le recueil de tankas "L'anniversaire de la Salade" est publié au Japon et rencontre un succès inattendu pour un premier ouvrage de poésie. Machi TAWARA a, depuis ce premier ouvrage, publié d'autres recueils de tankas. Cet ouvrage est disponible à un prix modique dans la collection poche des Éditions Philippe Picquier, incontournable éditeur pour qui s'intéresse à la littérature japonaise. La traduction de l'ouvrage a été réalisée par Yves-Marie Allioux.

14.04.2015

Books : à lire ou à relire n°9, "Le chat qui venait du ciel" de HIRAIDE Takashi

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Comme un instant d'apaisement dans le tourbillon de nos vies quotidiennes, ce court et premier roman de HIRAIDE Takashi doit beaucoup à son écriture délicate, aux descriptions de ce jardin d'une ancienne demeure japonaise où un chat va faire irruption dans la vie d'un couple. 

L'auteur, considéré comme l'un des plus grands poètes contemporains de son pays, réussit à faire de cette histoire qui pourrait être somme toute banale un moment gracieux, un récit où la légèreté apparente ne peut masquer sa profondeur. 

Publié en français en 2004, le livre est disponible en poche chez Picquier.

Le chat qui venait du ciel, HIRAIDE Takashi, traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu, collection Picquier poche, 2006.

 

 

11.03.2015

Books : à lire ou à relire n°8, "Les années douces" de KAWAKAMI Hiromi

litérature,roman,livre,books,kawakami hiromi,les années douces"Les années douces" de KAWAKAMI Hiromi, traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu, collection Picquier poche, poche n° 244, 2005.

Où il est question de la rencontre de Tsukiko et de son ancien professeur de japonais, "le maître".

Où il est question de petits riens, de saké et de plats divers qui accompagnent sa consommation.

Où il est question de base-ball, de champignons, de solitude, de rendez-vous et d'amour.

Un roman construit comme une succession de courts récits.

Un roman d'une grande légèreté, d'une grande délicatesse, écrit dans un style qui pourrait paraître simple mais qui peu à peu vous envoûte et vous entraîne à suivre la narratrice jusqu'à la fin de ces années douces

Des dernières pages magnifiques.

19.02.2015

Books : A lire ou à relire n°7

litérature,roman,livre,books,sara stridsberg,la faculté des rêves« La faculté des rêves » de Sara Stridsberg, traduit du suédois par Jean-Baptiste Coursaud. Stock 2009.

Il est des livres qui vous heurtent, ne vous ménagent pas, qui fouillent le sombre et même si vous avez envie de ne plus les lire, ils reviennent à l'assaut, implacables. La lecture enfin achevée, ils demeurent encore là, vous vous doutez qu'ils resteront sans doute à jamais gravés dans un pan caché de votre mémoire.
"Mars" de Fritz Zorn fut l'un des ces livres qui ne me laissa aucun répit. "La faculté des rêves" de la romancière suédoise Sara Stridsberg appartient aussi à cette catégorie : une construction tel un corps démembré, fragments tantôt poétiques, fantasques ou triviaux, texte hétérogène mais extrêmement maîtrisé, texte inventé et non biographique.
Le personnage central en est Valerie Solanas, féministe améri­caine, auteur d'un texte (SCUM Manifesto) appelant à créer une société sans hommes.Connue pour avoir tenté, en 1968, d'assassiner Andy Warhol, elle mourra seule d'une pneumonie dans une chambre d'hôtel vingt ans plus tard.
Texte noir, parfois lumineux, parfois insoutenable qui vous emmène aux côtés d'une femme pleine d'énergie, irrémédiablement blessée, intellectuelle, prostituée, à la limite de la folie, féministe, auto-destructrice et au destin tragique. Une fiction poignante.
Pour terminer, un entretien de Sara Stridsberg avec Sylvain
Bourmeau de Mediapart à l'occasion de la parution de son livre :


Sara Stridsberg, La Faculté des rêves (Mediapart) par Mediapart

16.02.2015

A lire ou à relire n°5

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« Je suis jeune et riche et cultivé ; et je suis malheureux, névrosé et seul .»

Ainsi s'ouvre « Mars » de Fritz Zorn, récit dont la lecture fut l'une des plus éprouvantes parmi toutes celles que j'ai eu l'occasion d'effectuer en plus de quarante ans.

Texte qui constitue une épreuve pour le lecteur, texte sans ménagement, texte fulgurant, qui, selon l'auteur, n'est pas son autobiographie mais « l'histoire d'une névrose ou, du moins, de certains de ses aspects ».

Mais ce récit ne peut se résumer à son seul contenu. C'est aussi une écriture en parfaite adéquation avec le propos, écriture que la traduction ne semble pas trahir, écriture de la sentence lapidaire, écriture où sous le sens de la formule perce le désespoir, écriture sans atours, acérée, chirurgicale, tranchante comme un scalpel. Écriture qui est l'instrument d'une « vivisection » pour reprendre le terme employé par l'auteur de la remarquable préface - que je recommande de lire après et non avant ce récit.

Il serait inadéquat de détailler le contenu du livre et l'histoire de cet auteur.

Seule la confrontation à l' « ironie tragique » de ce texte permet d'en saisir la portée.

Seule l'expérience radicale de la solitude avec ce texte vaut.

« Mars » de Fritz Zorn, traduit de l'allemand par Gilberte Lambrichs, préface d'Adolf Muschg, Gallimard, 1979. Réédité en collection Folio.

25.09.2014

Books : A lire ou à relire n°3

littérature,roman,nouvelles,books,donald ray pollock,knockemstiffIl est des lectures cruelles mais jubilatoires. Celle du premier ouvrage de Donald Ray Pollock, écrivain américain qui travailla plus de trente ans dans une usine de pâte à papier dans l'Ohio, est de celles-ci. « Knockemstiff », recueil de 18 nouvelles paru initialement en 2010 avant le succès de son premier roman « Le diable, tout le temps » en 2012, se déroule dans un trou perdu de l'Ohio qui donne son titre à l'ouvrage et où l'auteur passa son enfance et sa jeunesse.

Dans un style où excelle le sens de la formule, nous plongeons dans la vie de personnages à la destinée tragique où le comique n'est jamais absent. Les laissés-pour-compte du rêve américain vivent parfois dans des caravanes dézinguées, de vielles voitures posées dans le paysage ou dans des maisons qui vous donneraient la déprime. Certains se nourrissent de tout ce qui convient pour être gras et flasques ; les femmes y sont rarement à leur avantage et sont capables de tous les subterfuges pour se ramener un gars pour la nuit ; les drogues frelatées et l'alcool sont au rendez-vous et ne parviennent jamais à soulager du poids de l'existence. C'est brut, sauvage, ça a un goût de mauvais alcool ou de doughnuts bien gras et sucrés. Il y a des Chevrolet 1959 à ailerons, des Blizzard à s'en faire éclater la panse et du Wild Irish Rose pour les longues nuits au fin fond de l'Ohio. C'est même parfois cradingue, il y a des hommes qui, prisonniers de leur désespoir, se couvrent de leur merde pour masquer leurs illusions. Il y a des femmes battues ou qui abandonnent leur corps parce que, de toute façon, y a plus vraiment d'autre choix. Il y a des draps froids et sales et des nuits glaciales. Il y a des femmes qui s'enfuient vers un ailleurs dont on doute qu'il sera meilleur. Il y a des obsédés, des lâches et des brutaux. Il y a des paumés, des enfants qui rêvent de partir devenus grands mais qui restent collés à ce trou perdu. Il y a des meurtres et des suicides, des papys Alzheimer, des maris qui ne rêvent que de repartir à zéro, des camionneurs speedés, des bouseux et des perdants. Il y a des pères qui ont besoin de se sentir bénis des dieux et des fils qui gagnent amers le dernier round. Il y a la mort qui rôde. Il y a la vie de personnages qu'on rencontre rarement dans la littérature ; il y a parfois, à la fin d'une nouvelle, comme une lueur d'espoir ou bien ça et là un peu de tendresse pour ces hommes et ces femmes qui ont pour seule véritable compagnie la souffrance. Il y a des éclairs d'humanité.

C'est noir, c'est violent, c'est grinçant, c'est féroce, ça vous empêcherait de dormir tranquille, ça vous râpe la langue mais c'est tellement bon !

 « Knockemstiff », Donald Ray Pollock, Libretto n°410, 2013. Traduit de l'américain par Philippe Garnier.

07.08.2014

A lire ou à relire n°6

En cet été qui invite à la flânerie livresque, je vous propose de partir à la (re)découverte d'ouvrages que l'on classe souvent et à tort, selon moi, dans la littérature pour la jeunesse.

Une parenthèse avant de les présenter : si je m'étais contenté de lire les ouvrages recommandés pour la jeunesse, je n'aurais jamais découvert « Les Fleurs du mal » à l'âge de 12 ans, ni dévoré « Le Mur » de Sartre et bien d'autres encore avant que l'on me parle de ces auteurs au collège et au lycée (et malheureusement que l'on m'en écœure parfois...). Tout cela pour recommander à ceux que l'on dénomme des adultes de lire aussi des livres pour la jeunesse.

Cette fois-ci donc, non pas un ouvrage mais plusieurs, dénommés des romans graphiques et dont les auteurs sont Eric Wantiez et Marie Deschamps. Leur collaboration a donné naissance à plusieurs ouvrages  Chacun est un pur régal, que ce soit au niveau de l'écriture du texte ou de l'écriture graphique :

« Un secret » où le texte et le dessin se combinent pour nous raconter avec sensibilité et poésie une magnifique histoire qui prend son origine avec un grand-père et son petit-fils : un livre tout en légèreté sur le partage.

"Nino" où l'on appréciera notamment le travail graphique de Marie Deschanps.

« Pierre et Lou » dont le thème classique est traité avec délicatesse.

Je trouve que ces deux auteurs se complètent admirablement l'un et l'autre. Par les mots ou le trait, ils font preuve d'une grande sensibilité pour traiter de thèmes universels.

Un nouveau roman « Le printemps d'Oan » est prévu en 2015.

Les ouvrages sont disponibles aux éditions "Comme une Orange", vous pouvez aussi les commander chez votre libraire. Alors n'hésitez pas, ceux qui peuvent parler du monde avec poésie aux plus petits et plus grands sont de plus en plus rares, il est nécessaire de soutenir leur travail indispensable.

Marie Deschamps a mis aussi en ligne 16 collodions réalisés à partir de son travail sur Le secret et des sérigraphies superbes. C'est par ici : http://mariedeschamps.blogspot.fr/

Elle est aussi l'auteur d'un blog où elle partage des réflexions et des dessins : http://whatmd.blogspot.fr/

Eric Wantiez est lui aussi auteur d'un blog consacré à ses réflexions sur le métier, le travail et la condition d'auteur : http://ericwantiez.blogspot.fr/

29.07.2014

Books : A lire ou à relire n°4

palomar.jpg"Palomar" est un autre petit bijou offert par Italo Calvino dont j'ai décidé cet été d'évoquer quelques publications. Ce livre composé de 27 textes, structuré en 3 parties (Les vacances de Palomar, Palomar en ville, Les silences de Palomar) est un régal. Une écriture des plus précises, à la fois d'une grande simplicité et extrêmement travaillée. Un humour qui masque parfois le désespoir. Un ouvrage sur le regard, sur le rapport entre un fragment de réalité perçu par ce personnage et sa conscience.

"A la suite d’une série de mésaventures qui ne méritent pas d’être rappelées, monsieur Palomar avait décidé que sa principale activité serait de regarder les choses du dehors."

Livre philosophique mais d'une grande facilité d'accès, Palomar comporte des textes parfois d'à peine trois pages mais qui valent bien plus par leur qualité littéraire et leur portée que plusieurs dizaines de romans.

La verve, l'ironie et l'humour ne sont pas absents de ces textes. Ainsi, "Le sein nu" vous entraînera aux côtés de Palomar sur une plage où une jeune femme prend le soleil les seins nus. Je ne vous dévoilerai pas le titre du dernier texte mais ne peux résister à en citer un court extrait :

"Si le temps doit finir, on peut le décrire, instant après instant, pense Palomar, et chaque instant, quand on le décrit, se dilate à tel point qu'on n'en voit plus la fin."

Pour de sombres raisons de droits, les livres d'Italo Calvino ne sont actuellement pas tous disponibles en commande dans une traduction française. Ils sont de nouveau publiés progressivement chez Gallimard. En attendant, on peut trouver des versions d’occasion ou se rendre en bibliothèque.  

20.07.2014

Books : A lire ou à relire n°2

littérature,nouvelle,livre,books,haruki murakami,tony takitaniIl est devenu un romancier médiatisé. Chacun de ses nouveaux romans connaît un succès important. Pourtant, je ne suis pas certain que ses derniers ouvrages soient les plus réussis.

Je crois que je préfère le Haruki Murakami de « Tony Takitani ».

Je crois que je préfère cette légèreté profonde dans la concision. 

Cette nouvelle a été adaptée en 2006 au cinéma mais c'est avant tout ce court texte, fragile, épuré, limpide, mélancolique et gracieux qui mérite le détour. 

Ce récit dont je ne vous dévoilerai pas le ressort insiste entre autres sur l'isolement, la profondeur de la solitude.

La nouvelle s'achève ainsi : "Une fois que les cartons de disques eurent disparu de la pièce, il se retrouva seul, pour de bon cette fois."

Alors, pour savoir pourquoi Tony Takitani s'appelle ainsi, pourquoi il contempla longuement d'un œil vague les vêtements de sa femme, empressez-vous de lire cette nouvelle si vous parvenez à la trouver car elle fut distribuée gratuitement par Belfond lors de la sortie du film en 2006.