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07.04.2020

containment journey - April 7, 2020 : Des illusions

De Chine, ce matin, j'ai reçu un message. Mes petits-enfants ne retourneront pas à l'école en avril. Des mois sans s'y rendre, à travailler à distance. Le déconfinement décrit dans les médias français ne semble pas correspondre à celui qui est vécu par les personnes qui vivent en Chine. Et pourtant, ils n'habitent pas dans l'épicentre de cette pandémie. Le contrôle y est permanent, même si la vie a pu reprendre en partie. Que penser de ceux qui, en France, prônent déjà le déconfinement, alors que nous débutons seulement la 4e semaine ? Je n'ai pas la réponse, ou alors, je crains qu'elle ne soit glaçante, terrifiante.

Ce matin, j'écoutais la lame crisser sur ma barbe de plusieurs jours. Ne pas se laisser aller. Conserver un rythme de vie avec des habitudes. Bientôt, mes cheveux retrouveront la longueur des années 70. Mais, je ne retrouverai jamais l'espoir qui m'animait à cette période. L'espoir et la révolte de la jeunesse contre ce monde d'injustices !

Bien avant cette pandémie, depuis longtemps déjà, mes illusions s'étaient envolées.

J'essaie depuis longtemps d'être un "pessimiste optimiste".

J'essaie de vivre, c'est tout.

Parfois, je rêve de ne pas penser.

Parfois, je rêve d'un monde meilleur.

Parfois, seulement.

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06.04.2020

containment journey - April 6, 2020 : De M. Blanquer

En cette journée de ciel gris, je ne sais si j'ai raison de faire l'honneur à M. Blanquer, encore ministre de l'éducation, de figurer dans ce billet d'humeur. Je ne suis pas un "spécialiste" de l'éducation. Peut-être devrais-je économiser la force musculaire de mes doigts et consacrer mon temps à des choses bien plus agréables ? Mais le confinement me rend quelque peu peu irritable... Et, ce soir, je n'ai pas envie de vous parler des fleurs et du beau temps à venir.

Elève d'un établissement privé catholique, je ne sais si cette éducation lui a permis de faire sienne ce qu'est la "miséricorde". Espérons que sous le couvert du contrôle de l'assiduité scolaire ne seront pas pénalisés tous les élèves qui, vivant déjà dans des conditions de confinement peu propices à des apprentissages, n'ont pas ou peu les moyens de suivre à distance cette fameuse "continuité éducative". 

Mais M. Blanquer, en "bon élève", en "bon soldat" faisant fi des inégalités, en est déjà à se projeter au déconfinement avec un peu plus de prudence qu'auparavant tout de même.

Multipliant les déclarations, les annonces, les interventions dans les médias depuis des semaines, M. Blanquer devrait peut-être apprendre l'art de la prudence et se faire un peu plus rare !

N'oublions pas qu'il y a peu, ce "ministre", (oui, le monsieur qui a déclaré ce qui suit, est bien un ministre ! Incroyable mais tristement vrai !) affirma avant que d'être désavoué par les décisions du Président de la République :

« La fermeture totale des écoles n’a jamais été envisagée »

L'obsession de M. Blanquer est de remettre tout le monde au travail en n'ayant aucunement envisagé sérieusement les conditions nécessaires à une reprise des enseignements.

  • Qu'en est-t-il des mesures de protection des personnels de toutes catégories si les écoles sont rouvertes ? Y aura-t-il des masques pour tous ? Quelle distance de proximité pourra être respectée si la transmission par aérosol est confirmée ? Celle de 1 m ne suffira donc pas.
  • Pourquoi les écoles ne sont-elles pas toujours ouvertes en Chine (notamment les établissements français) alors que l'épidémie y a débuté bien plus tôt ?
  • Comment faire en sorte que des enfants jeunes et moins jeunes respectent des précautions dans des lieux collectifs? Ne seront-ils pas involontairement les vecteurs d'une "seconde vague" ?
  • Comment faire pour que des personnels administratifs parfois à 2 ou à 3 dans un bureau puissent prendre des précautions ?
  • Comment sera assuré le nettoyage des surfaces de contact dans les différents locaux ?

Le chercheur Samuel Alizon, qui travaille à modéliser l’épidémie de Covid-19, prévient que le déconfinement entraînera un rebond de l'épidémie. Et donc, en l'absence de traitement adéquat ou de vaccin disponible et sans mesures de précautions strictes, une reprise des cas graves et des décès, une nouvelle saturation des hôpitaux.

Un collectif comprenant des experts en virologie vient de publier une tribune dont la conclusion est : "C'est pourquoi nous recommandons que toutes les organisations gouvernementales et privées suspendent toutes les activités qui ne sont pas absolument essentielles ou réalisées en télétravail, car en l'absence de masques de type FFP2, le virus continuera à se propager dans nos institutions et nos entreprises."

M. Blanquer, dans l'incertitude actuelle, devrait surtout être prudent. A moins qu'il n'ait déjà choisi sans l'affirmer une stratégie d'immunité collective, celle qui fera courir des risques non seulement aux personnels de son ministère mais à l'ensemble de la population, une stratégie qui osera donc programmer la saturation du système de santé et le décès annoncé de nombreux français.

M. Blanquer devrait surtout se consacrer à son ministère où règne la confusion, ordres et contre-ordres. Il devrait aussi avoir un peu plus de considération pour tous ceux qui continuent à travailler à distance, à se "débrouiller" comme ils peuvent, enseignants mais aussi personnels administratifs, et donner des consignes claires. Pourquoi des personnels de son administration, alors qu'ils sont en télétravail, ont-ils été placés en autorisation d'absence, ce qui normalement signifie qu'ils ne peuvent pas travailler ? Pourquoi certains recteurs ont-ils par leurs consignes demandé à leurs personnels de ne pas respecter les précautions et règles en vigueur (Pays de la Loire par exemple) ?

En jouant d'opérations de communication en direction des parents, M. Blanquer semble bien plus soucieux d'assurer son avenir politique que de préparer avec lucidité et responsabilité un déconfinement encore bien éloigné.

Gageons que nombreux seront ceux qui n'oublieront pas ses propos tenus début mars et les décisions qu'il prendra. 

Je lui dédie, en espérant qu'il a un peu d'humour, la chanson précédemment postée : "Le temps ne fait rien à l'affaire" de Georges Brassens.

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05.04.2020

Concision 97

Son mat de mes pas

dans cet espace restreint

Au loin arbres en fleurs.

03.04.2020

containment journey - April 3, 2020 : De la nausée

Nausée : Au fig. Sensation de dégoût insurmontable, sentiment de profonde répugnance. Synon. écoeurement, horreur, répulsion.

Je crois que je vais cesser de regarder les actualités ou de lire des articles.

Je n'éprouve plus

à découvrir des informations, des faits qui, s'il se confirme qu'ils sont avérés - je doute qu'ils ne le soient pas au vu des éléments fournis - sont plus que des mensonges,

que de la nausée.

Je vais continuer à travailler comme je peux à distance.

Je vais continuer à rêver : de jours meilleurs, de nage dans l'océan, d'embrasser mes amies et amis, de longues soirées à partager nos utopies, de couchers de soleil, de pique-niques avec ma princesse.

Deux articles et un entretien publiés sur le site Mediapart suffisent à comprendre cette nausée.

Masques: les preuves d’un mensonge d’Etat,

Gérer le Covid-19: pourquoi l’Etat et l’exécutif ont tout oublié

« La pensée même de ce qu’est une préparation à la crise est totalement absente », entretien avec Didier Torny, sociologue du Centre de sociologie de l’innovation (Mines ParisTech, CNRS), qui a travaillé depuis 2004 sur la prise en charge des maladies émergentes et la gestion des pandémies. Comme de nombreux chercheurs, tout au long des années 2000, il a été associé à la mise en place de ces dispositifs nouveaux en France visant à faire face à une pandémie virale grave.

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02.04.2020

Concision 96

Caresse ses seins

la lumière de l'aurore

Endormie, je la regarde.

01.04.2020

containment journey - April 1, 2020 : "Irresponsables" ?

Préambule : Il ne s'agit pas ici de lancer une quelconque chasse aux sorcières ou de procès. Non. Juste de faire part de mon indignation quand certains nous somment de nous taire en usant du terme « irresponsables ». Participer à tout ce qui peut être fait pour protéger et aider nos semblables pendant cette pandémie n'implique pas de restreindre notre liberté d'expression et de vouloir imposer une seule forme de pensée par des jugements moraux bien hasardeux. Les médecins, les infirmières, tous ceux qui travaillent chaque jour et qui dénoncent depuis des semaines le manque de matériel de protection seraient-ils des irresponsables ? Ne continuent-ils pas d'assurer leurs missions ?

"Irresponsable" est un terme bien souvent employé en ces temps de pandémie y compris par celui qui occupe le sommet de l'Etat. Rappelons qu'il prend des sens bien différents. C'est probablement dans l'acception suivante que ceux qui s'expriment depuis quelques semaines utilisent ce vocable : "Qui agit avec légèreté sans mesurer la gravité de ses actes".

Alors posons-nous la question ? Qui serait irresponsable ?

Irresponsables, les personnels de santé qui réclamaient - et continuent de le faire - des masques et du matériel de protection ?

Lisons ce que déclarait George Gao, le directeur général du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, dans une interview donnée à la mi-mars (reprise dans Le Monde) : "La grande erreur aux Etats-Unis et en Europe est, à mon avis, que la population ne porte pas de masque. Ce virus se transmet par les gouttelettes respiratoires, de personne à personne. Les gouttelettes jouent un rôle très important, d’où la nécessité du masque – le simple fait de parler peut transmettre le virus. De nombreux individus atteints sont asymptomatiques, ou ne présentent pas encore de symptômes : avec un masque, on peut empêcher les gouttelettes porteuses du virus de s’échapper et d’infecter les autres." Rappelons que M. Gao est aussi chercheur et que l’équipe dont il faisait partie a été la première à isoler et à séquencer le SARS-CoV-2 du syndrome respiratoire aigu sévère, qui cause la maladie appelée Covid-19. Ce monsieur doit agir avec une grande légèreté !

Irresponsable, M. Barrand, président du Syndicat national des jeunes biologistes médicaux ? Celui-ci indiquait dans un entretien pour Ouest France le 25/03 : « Nous avons les machines, les labos, l’organisation… Mais ce qui nous manque, c’est le réactif, le produit qui nous permet de faire le test. » Un peu plus loin : « Des choix stratégiques n’ont pas été faits à temps, on n’a pas pris la mesure de l’importance du dépistage pour combattre ce virus, malgré les préconisations de l’OMS. »

Irresponsables, ceux qui décidérent le samedi 29 février 2020 de l'activation de l’article 49.3 pour le projet de loi instituant un système universel de retraites et prirent des décisions en matière de gestion de la pandémie ?

Dans le compte-rendu officiel du Conseil des ministres, on peut lire ceci : « Il est rappelé que personne n’a besoin de porter un masque si un médecin ne demande pas d’en porter. » « Sur le reste du territoire national, tous les rassemblements de plus de 5 000 personnes en milieu confiné seront annulés. »  

Irresponsable, celui qui décida de maintenir l'organisation du premier tour des élections municipales malgré les appels au report émanant de médecins, d'infirmiers sans compter ceux émanant de nombreux élus de toutes étiquettes politiques ?

Irresponsable, le ministre de la santé qui déclarait : « mettre les enfants à l’école n’est pas dangereux » ?

Irresponsable, le ministre de l’éducation qui affirma : « La fermeture totale des écoles n’a jamais été envisagée » ?

Irresponsables, les ministres qui ne donnèrent des consignes internes de précaution pour les fonctionnaires de leur propre administration qu'au dernier moment ? Rappelons, par exemple, que bien peu de mesures de précaution (si ce n'est aucune) ne furent prises pour les agent d'accueil, que des réunions furent maintenues jusqu'au dernier moment, que des précautions d'hygiène simples (ouverture de portes, nettoyage des poignées et des toilettes) ne furent pas ou au dernier moment prises.

Irresponsable, la porte-parole du gouvernement quand elle précisa : "Nous n’entendons pas demander à un enseignant qui aujourd’hui ne travaille pas, compte tenu de la fermeture des écoles, de traverser toute la France pour aller récolter des fraises » ?

Qui a fait et continue de faire preuve de légèreté ?

On pourra aussi s'intéresser au sens d'irresponsable" du point de vue du droit.

S'il est un irresponsable au sens juridique du terme dans quasiment toutes les circonstances, c'est bien le chef de l'Etat. Comme le rappelle le conseil constitutionnel sur son site : 

« Le premier alinéa de l’article 67 de la Constitution consacre le principe de l’irresponsabilité du Président de la République pour les actes accomplis dans l’exercice de ses fonctions. Deux exceptions sont cependant prévues par le même alinéa :

  • la condamnation du chef de l’État par la Cour pénale internationale (art. 53-2 de la Constitution) en cas de crimes de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre ou d’agression ;

  • la destitution du chef de l’État par le Parlement constitué en Haute Cour en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat (art. 68 de la Constitution). » 

Rappelons que les principaux inspirateurs de cette constitution (dont l'article 49) rédigée en pleine guerre d'Algérie furent Michel Debré et Charles de Gaulle. 

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31.03.2020

containment journey - March 31, 2020 : De la démagogie

"Il n'y a rien de plus bas, et qui convienne mieux au peuple, que de parler en des termes magnifiques de ceux mêmes dont l'on pensait très modestement avant leur élévation."

Jean de La Bruyère, Œuvres de La Bruyère, Chapitre XII, Des jugements.

Je me plonge dans la lecture d'un dictionnaire de citations "Dictionnaire du parfait cynique" qui avait été déposé dans une boîte à livres pour tous. Un peu de mal à me concentrer sur des romans ou des essais depuis hier.  Et si "ceux mêmes" était remplacé par "personnels de santé" ?

 

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30.03.2020

containment journey - March 30, 2020 : De la neige

Depuis une demi-heure, des flocons de neige virevoltent.

Une danse légère anime l'espace entrevu par la fenêtre de la pièce où je surveille mes mails professionnels.

Même si le ciel est bas, d'un gris laiteux, ce ballet apporte une gaieté aérienne.

Je me remémore les bonhommes de neige de mon enfance. Ma mère nous fournissait une carotte éclatante de couleur comme guise de nez. Le froid engourdissait nos doigts.

C'était encore le temps de l'insouciance, de joies simples et magnifiques.

Le plaisir de déguster une clémentine aux étrennes. Pour chaque nouvelle année, notre arrière-grand-mère nous offrait une clémentine et quelques chocolats dans un petit sachet qui crissait sous les doigts. Nous dégustions chaque quartier, un à un, comme si ce fruit était un cadeau royal. Il n'y avait pas abondance de biens à l'époque.

Le plaisir de déballer avec lenteur et précaution les quelques cadeaux de noël placés sous le sapin. Ils n'étaient pas légion mais tellement extraordinaires. Une année, mon grand-père et mes parents m'avaient offert des outils de menuisier, lui qui aimait travailler le bois. Des outils à ma taille d'enfant, disposés dans une caisse rectangulaire de bois. J'ai encore le niveau à bulles, il est si petit et pourtant si grand dans ma mémoire.

Ce matin, la neige tombe.

Est-ce pour annoncer de nouveaux temps ?

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29.03.2020

containment journey - March 30, 2020 : Distances, incertitude, politique

Le mari de ma fille a repris le travail en Chine avec des règles à respecter : interdiction d'être à moins d' 1,5 m d'une autre personne, port d'un masque obligatoire pendant toute la période de travail. Les surfaces de contact sont nettoyées régulièrement avec une solution à base d'eau de javel.

Mes petits-enfants ne reprendront pas l'école avant le 10 avril au plus tôt.

Je ne sais plus quoi penser. Les consignes sur la distance de sécurité sont très variables selon les pays. Notre pays figure dans ceux qui recommandent la plus courte : 1 m seulement. Pourtant, les consignes données aux livreurs dans un guide gouvernemental préconisent au moins 2 m lors de la livraison.

Il y a déjà plusieurs semaines, j'avais entendu un médecin français indiquer qu'il fallait au moins 1,8 m (appliqué aux Etats-Unis désormais). D'autres pays suivent les recommandations de l'OMS : au moins 2 mètres.

Une étude chinoise aurait montré que le virus pouvait contaminer une personne à plusieurs mètres dans un lieu confiné (étude sur la propagation dans un bus).

On mesure combien la communauté scientifique manque encore de connaissances sur cette pandémie et ce virus. Ses différences d'avis en attestent. Il est normal qu'il y ait des divergences, des incertitudes quand les recherches ne sont encore qu'au début. La science est le lieu du débat. La science n'est pas de la voyance.

Pourquoi alors la France ne suit-elle pas, par précaution, au moins la recommandation de l'OMS ?

Le politique ne peut agir comme le scientifique. Même s'il peut s'appuyer sur des données et conclusions scientifiques étayées et considérées comme valides par la communauté scientifique (et non des avis qui relèvent de l'opinion, voire de la prédiction dans le cas de cette pandémie), il est de sa responsabilité de prendre des mesures qui visent à protéger les citoyens sans que d'autres intérêts interfèrent. Cela demande donc d'oser affronter l'incertitude immanente à toute praxis y compris au détriment de la perte de ses mandats. Cela exige de la volonté, une absence de calcul pour assurer son propre avenir politique, d'assumer pleinement ses décisions y compris en renonçant à l'exercice du pouvoir en cas d'erreur ou de faute. Est-ce cela que l'on dénomme du courage ?

 

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28.03.2020

containment journey - March 28, 2020 : De la servilité

Peut-être conviendrait-il d'analyser ce à quoi nous assistons dans la gestion de cette crise sanitaire avec un peu de distance ?

Cette pandémie ne met-elle pas au grand jour ce sur quoi reposent nos organisations, notamment celle de l'Etat ?

N'est-elle pas l'événement par lequel s'opère un dévoilement critique ?

Servilité, docilité, soumission, hiérarchie, discipline, punition, sanction, récompense, mérite, conformisme, normalisation, ne sont-ils pas les fondements de ces organisations?

Ne serait-ce pas pour cela qu'elles ont été sourdes et aveugles ?

Je sais : nous avons tous envie de marcher, de courir, de rire et de laisser nos corps se réchauffer sous ce magnifique soleil printanier.

Mais, confinés que nous sommes, pourrions-nous en profiter pour un moment de pause réflexive :

- que voulons-nous pour nous tous ? qu'est-ce qui est essentiel ?

Je rêve de nager dans la houle, de poser mes lèvres sur celles salées de ma princesse.

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26.03.2020

containment journey - March 26, 2020 : Des solidarités dans les "quartiers"

Pour des raisons professionnelles, je suis en relation avec de nombreuses associations exerçant leur action dans des domaines variés. Un bon nombre d'entre elles agissent au sein de ce qui est appelé "les quartiers" dans les médias. Ceux-ci s'intéressent, bien souvent plus, au confinement et aux incidents qu'à la solidarité, l'entraide, l'engagement, le civisme, le "bricolage inventif" qui s'y déploient.

Je peux témoigner que, depuis plusieurs jours, des habitants, des bénévoles, des salariés d'association ou de structures d'insertion prennent des initiatives remarquables : organisation d'aide alimentaire, courses pour les personnes âgées, aide aux parents et à leurs enfants démunis face au numérique scolaire, lien social par téléphone pour les personnes isolées et vulnérables, information des jeunes pour respecter le confinement, entretien des halls des immeubles, information pour les précautions à prendre, etc.

Ces associations dans les "quartiers", bien souvent fragilisées depuis des années par la limitation des subventions, le nombre d'appels à projets, la multiplication des dossiers de demande de financements apparaissent pourtant comme celles qui n'ont pas attendu des consignes pour prendre des initiatives. 

Comme me le confiait ce jour un salarié de l'une d'entre elles , "notre travail se fera et se poursuivra  quand la crise sera derrière et que les caméras auront disparu". "Les difficultés sont toujours les mêmes". Un autre " cette crise a au moins le mérite de voir où sont les gens de peu, les laissés pour compte, les invisibles... Il va bien falloir que tous ensemble, sur les quartiers, on pousse nos coups de gueule à l'unisson...".

Cette crise ne fait que révéler ce que nous savons déjà :

- ce sont les plus démunis, les plus précaires, qui vivent dans les moins bonnes conditions (de logement, de travail...) qui prennent toute crise de plein fouet ;

- la course au tout numérique (pour faire soi-disant des économies) met encore plus en difficulté ceux qui sont les plus démunis.

En témoignent ces parents, enfants et jeunes désemparés avec la mise en place de solutions par le numérique dans la crise actuelle. Comment faire lorsque l'on a pas de connexion, pas d'ordinateur ou pas d'imprimante ? Heureusement, là encore, des enseignants, des animateurs, essaient de "bricoler" des solutions. Comment vont faire ceux qui devaient aller à Pôle Emploi ?

On voit bien que cette crise ne fait que rendre criantes les profondes inégalités dans notre société et les choix guidés principalement par les intérêts du marché financier (et donc de quelques uns) et non pas par l'intérêt de tous. 

Je n'ai pas de ressentiment particulier envers tous ceux qui profitent de leur confinement dans leur résidence familiale ou secondaire sur la côte basque, dans l'île de Ré et ailleurs. Je leur demande juste un peu de décence : s'il vous plaît, épargnez-nous vos états d'âme ! 

Quant à moi, je vais retourner à mon travail à distance et faire ce que je peux d'où je suis. C'est à dire bien peu au regard de tous ceux qui, dans les hôpitaux, les supermarchés, les "quartiers", les transports et j'en oublie tant ils sont nombreux, font juste ce qu'il est possible de faire.

Je suis en rage d'être une personne vulnérable ! Je voudrais pouvoir être aux côtés de ceux-là.

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25.03.2020

containment journey : March 25, 2020

Du balcon, je regarde un de mes voisins à côté de sa voiture. Personne d'autres que lui dehors. Il porte un masque et des gants. Il vérifie juste l'état de sa voiture. Il est à la retraite depuis une dizaine d'années. Avoir peur est humain. La peur nous mène à des conduites qui nous surprendraient en d'autres conditions. Etre rationnel exige un effort, une analyse, un raisonnement qui nous met à distance de notre expérience, de nos émotions.

J'ai sans doute plus de probabilités de mourir à cause du tabac. N'empêche ! J'appréhende chaque sortie. Je crains d'être atteint par ce virus, de contaminer ma princesse, de mourir seul dans un hôpital sans avoir embrassé une dernière fois ceux que j'aime. La peur guide mes précautions.

A midi, j'ai pesé la quantité de pâtes et de protéines du repas. Manger uniquement ce qui est nécessaire à nos besoins sans écouter notre appétit. J'essaie d'être rationnel.

Je suis Un et à la fois Plusieurs.

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24.03.2020

containment journey : March 24, 2020 (2)

Je viens de rentrer du ravitaillement mené sous un soleil éclatant mais qui m'a fait salement transpirer.

Contrairement à certains "écrivains" ou autres "réfugiés" sur l'Ile de Ré, la côte basque, en Bretagne, en Normandie... qui tiennent un journal en ces jours glaçants, je vis dans un appartement avec ma princesse. Pas dans une résidence secondaire. Qui a les moyens de s'offrir une maison à l'île de Ré ! Allez, levez le doigt ! Non, un appart banal au second étage, entre les bruits du 3e, ceux du 1er et ceux des talons qui claquent dans la cage d'escalier. Je ne vois pas la mer, ni la verte campagne mais, heureusement, le ciel bleu, des rues goudronnées et d'autres immeubles. Un appart acheté avec un emprunt de 25 ans par ma princesse vu son salaire. On va pas se plaindre non plus, on a de quoi se loger, manger et même du superflu : une connexion internet, les moyens d'acheter des livres et des disques, de sortir de temps en temps, un téléphone portable avec une version Androïd démodée et de s'offrir 15 jours de vacances par an ailleurs. Pour s'évader, et oublier aussi qu'on doit s'lever à 6h15 tous les matins pour attraper un train, boulot oblige. Et parce que dans la ville où on bosse, y a pas moyen d'y vivre vu la spéculation immobilière qui y règne. On les remercie, nous, tous ceux qui font monter les prix des locations et de l'immobilier. Loi de marché oblige, me direz-vous. Enfin, heureusement, nous avons un balcon. P..., vous pouvez pas vous imaginer le plaisir que c'est de manger sur ce balcon. En voilà, un p'tit plaisir du quotidien. Y en a qui n'ont même pas ce plaisir. Y en a qui n'ont que des bancs pour dormir.

Bon là, je dérive, je dérive.

Je viens de rentrer du ravitaillement. Je suis allé à la petite supérette de mon quartier où je me rends de temps en temps. Un couple travaille sans cesse, se montre toujours aussi accueillant et fait un brin de causette. Ça fait du bien d'échanger quelques mots. Et puis, j'ai vu la boulangère chez qui je me sers habituellement. Elle m'a même proposé de me livrer parce qu'elle sait que je dois éviter de sortir. Alors qu'ils sont débordés et essaient de s'occuper de toutes les personnes âgées du coin, leurs fidèles clients qui ont du mal à se déplacer. Voilà, c'est cela la vie quotidienne dans mon coin. Je lui ai dit que je viendrai le chercher, mon pain. Vous avez assez de travail comme cela. C'est peut-être maintenant que les gens vont découvrir combien les "petits commerçants" sont appréciables ! Euh je pense pas. Parce qu'après quand l'orage sera passé, nous allons tout oublier, trop heureux que nous serons d'avoir échapper à cet épisode sanitaire. Vous m'direz, je suis trop pessimiste. J'sais pas. Peut-être un pessimiste optimiste ou lucide. Oui, lucide, c'est peut-être le terme approprié. Lucide, ce mot me plaît. Et sa sonorité est bien agréable.

J'aimerais voir la mer, nager avec ma princesse dans l'océan, pouvoir m'allonger à l'ombre des pins. Mais, ma princesse, là, en ce moment, elle bosse encore à distance, parce que les échéances, faut les tenir. Non, mais ! 

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containment journey : March 24, 2020

Le ciel est terriblement bleu. Aucun enfant dans les rues. Seuls des oiseaux vaquent à leurs occupations.

Se souvenir des déclarations du ministre de l'Education, M. Blanquer. Il y a si peu, et pourtant comme déjà très lointaines, d'un autre temps.

Dans une interview encore disponible sur France Info (jusqu'à quand ?), il déclarait "nous n'avons jamais envisagé la fermeture totale des écoles parce qu'elle nous semble contre-productive"

J'ose espérer que notre ministre réfléchit à quelques sujets possibles du baccalauréat :

- peut-on fonder une décision politique sur un avis scientifique ?

- en quoi consiste la critique ?

- science et idéologie ;

- la production de connaissance est-elle indépendante d'intérêts ?

- responsabilité et culpabilité ;

- doute et décision ;

- la voyance est-elle une science ?

- dans quelles conditions, se taire est-il une nécessité ?

Il faut que je prépare une liste de ravitaillement. Voici mes préoccupations de ce jour : sortir en prenant des précautions vu que je suis une personne à risques, ne rien oublier dans les achats afin de rester confiné le plus longtemps possible, ne pas oublier le pain, les cigarettes si il n'y a pas trop la queue.

Hier, lors de ma courte promenade, j'ai vu qu'un voisin avait stocké au moins 20 packs d'eau dans son garage.

M. le ministre de l'Education : quelle est la quantité minimale de litres d'eau stockée par mon voisin fort sympathique au demeurant ? Sachant qu'un pack contient 6 bouteilles. Pensez M. le ministre qu'une bouteille peut avoir une contenance variable. Si besoin, demandez à la caissière de votre supérette si vous faites vos courses vous-même.

 

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23.03.2020

containment journey : March 23, 2020

Chaque jour, le décompte macabre tombe. Déjà plusieurs médecins.

C'est terrible à écrire mais je suis presque soulagé. Soulagé que ma mère, atteinte d'un cancer, et ma grand-mère, plus que centenaire et très affaiblie, soient décédées récemment à quelques mois d'intervalle.

Comment aurais-je pu les ravitailler en n'habitant pas à proximité ? Qui se serait occupé d'elles ? Quel réconfort, quelle aide auraient-elles pu trouver et auprès de qui dans leur solitude ?

J'ai marché un peu sous les rayons du soleil. Y avons-nous cru qui que nous soyons ? C'était tellement lointain.

Le calme dans la ville. Sidération. 

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22.03.2020

containment journey : March 22, 2020

Un accord a été trouvé samedi entre les fédérations du bâtiment et le gouvernement français pour maintenir au maximum l'activité sur les chantiers. Celles-ci et les ministres s'étaient invectivés la semaine dernière par médias interposés. Muriel Pénicaud, ministre du Travail, aurait accusé une fédération du secteur de "défaitisme".

En Italie, le gouvernement décide de fermer "toute activité productive qui n'est pas strictement nécessaire, cruciale, indispensable pour garantir les biens et les services".

Si les propos de Madame Pénicaud sont avérés, que penser : Aveuglement ? Inconscience ? Méconnaissance du mode de propagation virale ? Primauté de l'économie sur la santé de la population ? Duplicité ?

Le terme de défaitiste me fait penser aux plus sombres heures de notre siècle dernier, celle où ceux qui se battaient pour la paix et le désarmement furent traités de "défaitistes". Ceux-là ne furent pas les derniers à se battre ou à résister quand il le fallut !

J'éprouve un profond, un irrépressible écoeurement à la lecture de ces propos rapportés. Nul n'est digne d'être en charge de responsabilités à l'Etat lorsqu'il est confirmé qu'il se comporte comme cela.

Ce dimanche après-midi est cruellement éclatant de soleil, aucun bruit de moteur. 

Je ne sais pas si je vais continuer à consulter la presse sur internet, à supporter ces informations.

Peut-être vais-je me réfugier dans la musique, dans la lecture ? Me contenter d'inventorier mes maigres réserves de nourriture, calculer le moment où je vais être obligé de sortir pour me ravitailler, peut-être pour de longues semaines. 

J'ai décidé de déguster chaque semaine une des bonnes bouteilles que j'avais dans la cave. 

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containment journey : March 17-21, 2020

17 mars :

Ma princesse éclate en sanglots ce matin. Elle n'arrive pas à se connecter à distance à son espace de travail. Pour le moment, ses échéances de travail ont été maintenues. Rien n'a été décalé comme si rien ne s'était passé. Elle réussit à joindre quelqu'un. Dans l'urgence, on ne lui avait pas donné des indications importantes. Impréparation totale, désorganisation - y compris au sein de services d'état. Rien n'a été anticipé.

18-21 mars :

Il est curieux d'entendre l'expression "Etat Providence" dans la bouche de ceux-là même qui n'ont eu de cesse de le saper depuis des années. Est-il possible de croire en leur sincérité ?

Je n'aime pas ce mot "guerre". Ce n'est pas un conflit. Il est étrange d'entendre ce ton martial après des semaines d'atermoiement.

Nous parvenons à faire quelques courses. La folie s'est calmée. Je prends d'infinies précautions en allant chercher du pain. Paradoxe. Le tabac m'empoisonne doucement mais sûrement et je crains qu'un virus me contamine.

Pour le virologue Hervé Fleury interviewé dans un quotidien régional,  "nous aurions dû faire confiance aux scientifiques chinois". Serait-ce cette "prétention française" qui nous est souvent reprochée quand nous sommes à l'étranger ? Un révélateur de notre ethnocentrisme ?

La pénurie de masques est dévoilée par les médias (L'Opinion) : "les premières commandes de masques ont été passées autour du 27 janvier dernier". Comment a-t-il été possible d'être aussi imprévoyant, négligeant ? D'autres articles sont terrifiants si ce qui y est affirmé s'avère véridique : dès 2016, l'actuel directeur général de la santé avait informé que la France n'était pas prête pour une épidémie.

Je n'ai pas de colère, juste un sentiment amer. Je ne me suis jamais fait vraiment d'illusions.

Nous ne tirons jamais les leçons de l'histoire.

Le jour venu, il faudra que ceux qui avaient le pouvoir de prendre des décisions rendent des comptes. Négligence, impréparation, mise en danger de la vie d'autrui, de celle des personnels de santé, de supermarché, des livreurs, des pompiers, de tous ces anonymes qui continuent à travailler pour assurer notre quotidien, des citoyens.

Samedi, nous marchons sous le soleil de printemps. J'avais oublié que le printemps était là.

Le printemps me semble déjà si lointain.

 

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21.03.2020

containment journey : March 15-16, 2020

Premières journées sans presque sortir. Juste pour fumer sur le balcon. 

Travail à distance mais l'essentiel de mon activité disparaît. Les mails se succèdent indiquant la mise à l'arrêt d'activités.

Mon agenda électronique est vide. Sensation étrange.

Ma princesse a dû se déplacer pour récupérer du matériel informatique. Elle pourra travailler. Il n'y a pas assez de matériel pour tout le monde. Ses missions ont été identifiées comme devant être poursuivies. Sur son lieu aucune précaution particulière prise, si ce n'est la distance d'1 m. Elle demande aux personnes d'être à au moins 2 m.

Nous nous organisons. Un espace de travail pour chacun. 

Il fait étrangement beau en ce moment. Je regarde les oiseaux nombreux dans le ciel. Nous ne pourrons plus aller nager. C'est à ce moment que je réalise combien cette sensation de glisser dans l'eau, de sentir l'effort dosé des muscles, d'inspirer et d'expirer à un rythme régulier est agréable.

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20.03.2020

containment journey : Day - 2, March 15, 2020

J'ai voulu voir la mer, respirer les embruns avant de me cloitrer.

Peut-être pour une dernière fois.

Nous avons marché seuls sur la plage.

Je ne suis pas allé voter. Ce n'est pas continuer à assurer une vie démocratique que de participer à une mascarade, que de risquer de propager l'épidémie. Je ne parviens même pas à trouver des raisons à cela, aucune forme de rationalité.

Je ne suis peut-être plus en état de comprendre, de penser.

Nous nous sommes embrassés sous ce soleil de printemps. "Et si je te contaminais ?" m'interroge ma princesse. Elle est anxieuse, elle s'inquiète plus pour moi que pour elle.

Voilà les questions que l'on se pose dans cette situation !

Avoir peur de se serrer les mains, de s'embrasser, de dormir l'un à côté de l'autre après chaque sortie.

 

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containment journey : Day - 4, March 13, 2020

Vendredi 13 mars.

8h30 du matin, j'assure un petit-déjeuner de travail, extrêmement difficile de faire respecter la distance de proximité dans la salle. Personne n'a encore ce réflexe. Dans l'ascenseur, impossible, des personnes entrent sans faire attention alors que nous sommes déjà là.

10h. De retour au siège. Je constate que les portes des toilettes sont bloquées en position ouverte.

10h30. Echange au téléphone avec la secrétaire de mon médecin. Celle-ci me demande de rester chez moi car elle affirme que je suis une personnes "à risques". Couperet médical : il faut absolument que j'évite de sortir. Ne tardez pas. Son ton calme mais catégorique me cloue.

J'ai envie de me frapper. Est-ce que je rêve ?

Un accident de santé - il y a plus de 30 ans - que j'avais oublié fait que je cours un risque de complication grave voire mortel si ce virus me contamine.

Glaçant et en même temps, paradoxalement, un sentiment de détachement. 

Fatalité.

 

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