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14.06.2020

Concision 101

A l'angle des rues

L’œil bleuté des caméras

Nos vies capturées.

07.06.2020

Concision 100

Tracées au cordeau

Rues et places rénovées

Villes de pâle ennui.

14.05.2020

Concision 99

Immobile nu

Au bord du sombre abîme

Oscille plonge.

Containment Journey - May 14, 2020 : Covid-19 : De la mort virtuelle

Depuis des semaines, chaque soir, le décompte des décès dûs à la pandémie tombe. Laconiques, les chiffres énoncés dans le médias. Peu d'images dans ce pays ont montré la réalité de ce décompte macabre. Contrairement à d'autres pays où des images et vidéos, certes terribles, ont été diffusées (Italie, Espagne par exemple), la mort dans notre pays reste comme virtuelle. Elle n'a pas de réalité, pas de cercueils, pas d'urnes funéraires, pas d'images, pas de pleurs, pas de cérémonies qui pourraient permettre à tous de mesurer les effets de cette crise sanitaire. Pudeur, peur de choquer, respect, autocensure afin de ne pas affoler ?

Je ne sais mais je pense que la mort fait partie de la vie. La cacher ne permet ni de se rendre compte vraiment de la terrible réalité, ni d'accorder la place à laquelle ont droit nos morts parmi nous. Celle d'exister et de ne pas être réduits à de simples chiffres déshumanisés.

Ce soir, le nombre total de morts représente l'équivalent d'une ville moyenne de notre pays. C'est comme si l'une des villes suivantes (approximativement) n'était plus que cercueils et cendres :

- Abbeville, Aix les Bains, Annemasse, Armentières, Auch, Bègles, Bergerac, Béthune, Bezons, Bois Colombes, Cachan, Cahors, Carpentras, Charenton le Pont, Décines, Dôle, Ermont, Grigny, Hénin Beaumont, Hérouville, Illkirch Graffenstaden, La Garde, La Possession, Laon, Le Creusot,Le Grand Quevilly, Les Ullis, Lunel, Montbéliard, Oullins, Pontoise, Rochefort, Saintes, Sannois, Savigny, Sens, Taverny, Vanves, Vierzon, Villemomble, Villenave d'Ornon, Villeneuve sur Lot, Villiers le Bel, Yerres.

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10.05.2020

love journey 7

Je regarde tes mains je sais leur histoire

que les doigts de la gauche furent brisés que ceux de la droite ont caressé d'autres corps

je sais leur chaleur sur ma peau leur douceur sur mes hanches

Les hommes ignorent souvent combien amoureuses nous pouvons nous attacher à des fragments de leur corps combien ceux-ci provoquent et entretiennent notre désir

Je t'apprends le désir amoureux d'une femme tu m'apprends la confiance

Je sais combien la révolte te ronge combien tu te détestes d'être complice par ton silence

Je veux t'offrir l'apaisement t'apprendre la sérénité

Je n'ose imaginer un jour te perdre.

05.05.2020

containment journey - May 5, 2020 : Covid-19 : Du parapluie juridique

Ainsi donc, la commission des lois du Sénat a proposé d'organiser l'irresponsabilité pénale en matière d'exposition à un risque de contamination par le coronavirus SARS-CoV-2. Ce lundi 4 mai 2020 restera sans doute dans l'histoire, si cet amendement est définitivement adopté, comme l'une des dates les plus sombres de notre histoire au cours de ce dernier demi-siècle. Celle où, dans l'ombre, un cercle restreint de sénateurs - qui ne sont pas élus directement par les citoyens - aura proposé d'absoudre juridiquement maires, exécutifs locaux, fonctionnaires, employeurs et tous ceux qui auront fait courir des risques à quiconque. Contrairement à ceux qui pensent nécessaire de protéger ceux qui "appliquent les mesures venues d'en haut" (de l'exécutif, du chef de l'Etat), contrairement à ceux qui voient en cette proposition une "victoire des territoires contre la verticalité du pouvoir" (à ce sujet, se reporter à Mediapart par exemple), une "fronde" du local, il me semble que cette proposition doit être analysée sous un autre angle que celui du "ridicule petit jeu politicien". Elle est des plus indignes et n'honorent pas toutes les formations politiques qui l'ont soutenue en cette commission.

Si fronde il y avait eu, elle serait tout autre : nul n'est obligé d'appliquer des mesures s'il considère qu'elles mettent en danger ou font courir un risque à autrui. L'honneur de ces sénateurs eut été de clamer au contraire haut et fort que nul ne pouvait se voir contraint et exposé à des poursuites pour avoir refusé de mettre en place des mesures dont il estimait qu'elles pouvaient nuire à la santé d'autrui. Le raisonnement tenu par cette commission est des plus abjects : "Ce n'est pas ma faute, ça vient d'en haut, moi, j'obéis, je ne fais qu'appliquer." Cette façon d'éluder sa propre responsabilité individuelle fait penser à ceux, qui en d'autres temps bien encore plus ignominieux, se réfugiait derrière l'obéissance aux ordres pour signer la réquisition de trains, dénoncer leur propre voisin réfractaire au STO et bien d'autres actions abjectes (par exemple, parmi tant d'autres : un des mes grands-oncles qui était un jeune homme fut dénoncé par ses voisins ; un autre fut interné suite à la dénonciation de ses convictions politiques).

Ce que nous étions en droit d'attendre de la part de membres du Parlement était d'un autre ordre, celui du courage politique, celui de s'indigner, celui de refuser de mettre en oeuvre toute mesure risquant d'exposer ou de causer la contamination. Là seulement pouvait s'exprimer leur vraie responsabilité et leur honneur d'élu. Ce n'est pas la voie choisie et quand les citoyens découvriront la portée de cette proposition (si elle est adoptée) que bien trop tardivement, il est bien possible que la défiance envers cette "classe politique" ne fasse que s'accentuer au point de devenir définitive. C'était peut-être l'une des dernières occasions pour que l'action politique (et non pas ceux qui l'incarnent malheureusement aussi mal actuellement) puisse affirmer sa légitimité aux yeux de tous nos concitoyens. Elle laisse la voie libre à tout ce qui peut être provoqué par la défiance, l'écoeurement, le sentiment erroné du "tous pareil". 

Ces sénateurs ont raté un rendez-vous historique : celui de résister.

Le texte de la proposition est consultable ici, notamment son article 1.

 

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30.04.2020

containment journey - April 30, 2020 : Chine : du retour à l'école, des modélisations en France

Deux nouvelles ce jour. Différentes mais chacune à leur manière terrifiante.

Hier, soir j'ai reçu le protocole diffusé à tous les parents par l'établissement où ma petite-fille doit faire sa rentrée le 18 mai en Chine. Document impressionnant, clair, illustré de photos. Un document qui donne l'impression d'une préparation importante. Comme si on s'était donné le temps (depuis 3 mois et demi, pas de classe) d'essayer de limiter les risques. Rassurant et en même temps, il est effrayant de savoir que ma petite-fille va vivre un quotidien de cet ordre. Un contrôle strict est prévu, y compris par les autorités locales. Des moyens importants sont prévus. J'ai l'impression qu'ici, nous sommes très loin de ce degré d'organisation et de préparation. Comment y arriver avec des délais beaucoup plus courts et un contexte différent, des moyens plus limités et une rigueur dans l'organisation et la logistique bien moindre ? Le système de chauffage par air ventilé ou climatisé sera coupé. Contrôle de la température dans la journée, etc. Je ne sais pas si les parents d'élèves recevront un tel document ici. Cela m'étonnerait dans un délai aussi court. Et en même temps, est-ce que tout cela pourra être respecté dans les faits ? Est-ce que tout cela suffira ? Cela fait peser une responsabilité énorme sur tous ceux qui travaillent dans les écoles.

Et puis, cette étude dont l'exécutif a eu connaissance avant de prononcer ce discours sur le plan de déconfinement. Glaçantes, les modélisations annoncent de 30 000 à 200 000 morts selon les modalités de déconfinement appliquées. Les épidémiologistes concluent : « La protection des personnes vulnérables est la clé pour préserver le système de santé et éviter un reconfinement. » Tout est dit. Le chef de l'Etat a fait son choix, aucune mesure de protection particulière des personnes vulnérables n'est annoncée pour le moment, contrairement à ce qu'il avait précédemment affirmé le 13 avril. Au nom d'un refus de la "discrimination" (oh le joli mot employé que voilà !), seules des recommandations seraient faites. Alors, ainsi, il aurait décidé par sa toute puissance de monarque républicain d'exposer ceux qui, vulnérables, vont être obligés de reprendre le travail dans des conditions qui ne leur donnent aucune garantie réelle. Le seul moyen d'être protégé en limitant les risques au maximum est de conjuguer distanciation, autres mesures-barrière et masque FFP2 (ou alors masque obligatoire pour tous), et cela n'est pas décidé et bien difficile à garantir même pour les personnels de santé dont le nombre de décès n'est officiellement pas encore comptabilisé. Il faut espérer que, pour ceux qui sont contraints de travailler, des mesures seront prévues. Evidemment, il est compréhensible que les personnes plus âgées, à la retraite, aient quelque latitude mais elles ne sont pas soumises aux mêmes règles.

Basée sur la responsabilisation individuelle en oubliant de prendre en considération les contraintes qui pèsent sur les individus, cette décision est révélatrice de l'idéologie qui règne, la plus ignoble : "si vous êtes contaminés, vous serez responsables". Aucun recours, c'est vous qui aurez pris la décision de vous exposer puisque les précautions minimales prévues sur les lieux de travail auront été prises. On voit d'ailleurs que les élus réclament des dispositions afin que leur responsabilité d'un point de vue juridique soit clarifiée (et donc limitée) et que des sociétés d'huissiers proposent aux entreprises leurs services pour constater qu'elles ont bien respecté les mesures-barrières préconisées. La protection juridique s'organise peu à peu, bientôt elle sera plus élaborée et bien plus efficace que le fameux "pont aérien" d'importation de masques.

Cette idéologie qui se déploie sous des prétextes habilement choisis, est la même qui tient les raisonnements suivants en les dissimulant sous des discours plus policés : "mais si vous êtes pauvres, c'est de votre faute" "mais, du travail il y en a, il suffit de vouloir", "mais si vous échouez à l'école, c'est parce que vous ne travaillez pas assez" (ou alors, la version du doué ou du pas doué).  L'idéologie du costard : "la meilleure façon de se le payer (le costard), c'est de travailler".  Cette idéologie, cette pensée la plus répugnante qu'il soit, cette idéologie du mépris, c'est cela qui conduit à faire porter aux individus la responsabilité de leur propre mort et à s'exonérer de sa propre responsabilité.

Réjouissant, n'est-ce pas ?

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27.04.2020

Containment journey - April 27, 2020 : Chine : du retour à l'école de mes petits-enfants

Depuis fin janvier, mes petits-enfants ne vont plus à l'école. Hier, enfin des nouvelles. Ma petite-fille, scolarisée dans un établissement qui accueille collégiens et lycéens devrait reprendre les cours le 18 mai. L'établissement doit mettre en place un protocole contrôlé par les autorités. Les élèves ont l'obligation de porter un masque, espacement des tables, respect des distances permanent, nettoyage obligatoire, lavage des mains à chaque changement de salle, contrôle de la température à l'entrée, chaque élève doit apporter sa lunch box, etc. Si un élève ne respecte pas les règles, il sera renvoyé systématiquement à son domicile. Bref, des conditions draconiennes dont les médias français se font peu l'écho.
Mais, mon petit-fils, plus jeune, restera chez lui. Pas d'ouverture de maternelle et d'élémentaire. Les autorités considèrent que ces enfants sont trop jeunes pour respecter les précautions.
On mesure l'écart avec ce qui est envisagé en France où on fait tout le contraire. Réouverture des écoles après une période beaucoup plus courte, en commençant par les plus jeunes, absence de port du masque... La Chine tente de limiter les risques d'un rebond de l'épidémie. En France, les apprentis-sorciers naviguent à vue. Si les personnels qui travaillent dans les écoles sont contaminés, si les parents le sont, si certains décèdent ou ont des séquelles à vie, alors qui sera responsable, qui sera jugé coupable d'avoir sciemment pris le risque de mettre en danger leur vie après avoir manqué au devoir de protéger les personnels de santé ? Pas celui qui en a pris la décision puisqu'il est protégé par son statut !
Je n'ai pas vu mes petits-enfants depuis plus d'un an. Je n'étais pas enchanté par le fait qu'ils retournent vivre là-bas. Je ne suis guère un défenseur de ce régime politique. Mais, paradoxalement, je suis presque heureux, en tout cas rassuré qu'ils ne soient pas ici. Ma fille, début mars, m'avait dit qu'elle avait plus peur pour nous que pour eux. Je comprends de mieux en mieux les raisons de son inquiétude.

J'espère les revoir un jour.

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la fabrique 11 : le bruit du monde

J'ai écrit et mis en ligne ce texte en mai 2016. Il me semble cruellement contemporain.

Tu as beau te perdre dans l'immensité bleue contempler le brun des algues et la ligne noire des îles au large tu ne parviens plus à oublier le monde qui t'entoure tu ne parviens plus à oublier le monde qui t'entoure Tu as beau te noyer dans des vagues de sons électroniques te plonger dans d’éclectiques lectures éviter le flot des écrans cathodiques tu ne parviens plus à oublier le monde qui t'entoure tu ne parviens plus à oublier le monde qui t'entoure Chaque matin tu marches un peu plus oppressé tu as beau presser le pas tenter de détourner le regard emprunter d'autres chemins où que tes pas te portent la misère du monde te rattrape la misère du monde te rattrape Chaque jour tu te demandes ce que sont devenus vos rêves tu voudrais échapper à cette lassitude qui t'envahit te glisser dans les interstices éviter la douleur de savoir mettre ce monde entre parenthèses mettre ce monde entre parenthèses Tu as beau vouloir espérer encore un peu tu ne parviens plus à échapper au bruit du monde qui t'entoure tu ne parviens plus à échapper au bruit du monde qui t'entoure tu ne parviens plus à échapper au bruit du monde tu ne parviens plus à échapper au bruit du monde échapper au bruit du monde échapper au bruit du monde échapper au bruit du monde échapper au bruit du monde au bruit du monde au bruit du monde au bruit du monde au bruit du monde.

 

17.04.2020

containment journey - April 17, 2020 : Des inégalités, des "invisibles" et des belles choses

Ce jour, des reportages de Mediapart qui montrent combien cette pandémie ne fait que révéler les inégalités à l'œuvre et combien ce sont les plus défavorisés qui sont touchés dans tous les domaines y compris celui de la santé.

Ce jour, cette histoire "Moi c'est Hervé" narrée par Manuel Ferrer sur sa page avec la photo d'une serviette en papier rose où ces mots sont écrits. Je la cite intégralement :

"Moi c'est Hervé."
Un homme passe dans ma rue tandis que je fumais une clope et me dit bonsoir, mais en me regardant avec insistance. Je lui réponds en ajoutant bêtement :
"- Et vivement les terrasses hein !
- Oh bah pour moi la terrasse c'est la rue... Je vais m'asseoir prendre une bière sur le pont (des Arts et Métiers d'Angers)
Je retourne le voir.
- Vous avez mangé ce soir ?
- Non
Ca tombait bien, je venais de faire un couscous pour au moins huit personnes...Je remplis un Tupperware avec un sentiment de honte, fourchette, serviette. Un homme précarisé depuis peu de temps car son visage dans la ville me disait rien.
- Vous avez où dormir ?
- Oui, pas de problème pour ce soir. J'ai pris rendez-vous avec le CCAS demain... Je vous remettrai l'assiette devant votre porte. C'est très bon, vous féliciterez madame.
- Ah mais non, c'est moi qui l'ai fait !

Je retrouve une demie-heure plus tard devant ma porte l'assiette et ce mot qui m'a bouleversé et m'a fait éclater en larmes, glissé pudiquement à l'intérieur de la serviette en papier. Comme une lutte contre cette invisibilisation qui tue. Et qui NOUS tue, aussi.

Ce jour, cette vidéo envoyée par une amie. Un jeune garçon qui, probablement, pratique la danse sur glace, danse, évolue, glisse, pieds nus sur un parquet de bois. Un instant de grâce légère.

Ce jour, encore le décompte macabre, avec tous ces anonymes ou moins anonymes.

Ce jour, vendredi, cette crise me fait réaliser pleinement qu'elle est un révélateur des relations avec les personnes que nous côtoyons, de celles avec qui nous travaillons, de celles que nous croisons, de celles avec qui les liens d'amitié ne se distendent pas malgré la distance, de celles qu'on croyait connaître et qui révèlent par leurs actes un écart entre le proclamé et le faire. Des sympathies ou amitiés se défont, d'autres se renforcent, des rencontres ont lieu, des liens même fugaces se nouent.

La vie est ainsi. Le dévoilement s'opère toujours un jour, y compris de nos propres faiblesses, de nos trahisons, de nos petites lâchetés, de nos petits arrangements, du "Fais comme si de rien n'était" qu'évoque Siri Hustvedt dans l'un de ses livres (Plaidoyer pour Eros).

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16.04.2020

containment journey - April 16, 2020 : Du conseil scientifique

J'ai décidé de consacrer ce billet au conseil scientifique, maillot jaune de ce jour. Installé le 11 mars 2020, cette instance a pour mission d'éclairer la décision publique dans la gestion de la situation sanitaire liée au Coronavirus. Ah le terme "éclairer" ! Plutôt que de passer mes soirées à regarder la télé, j'ai lu ses avis entre d'autres lectures moins arides. Cela m'a évité de supporter les multiples déclarations de prétendus experts et les commentaires de nombre de "journalistes" qui font tout sauf du journalisme. Ah terribles, ces moulins à paroles en continu qui sont là pour faire de l'audience et permettre de vendre des écrans de pub !

Parce qu'il me semble nécessaire que ces avis soient mieux connus, je renvoie le lecteur à la page officielle où ils sont consultables. Il serait intéressant que les citoyens connaissent les recommandations effectuées (notamment sur le déconfinement, l'équipement en masques...) et les modélisations qui servent à ce conseil. Au moins, pourraient-ils mieux se forger une opinion. Depuis le 8 avril, à ce jour, aucun compte-rendu n'a été mis en ligne. Etonnant alors qu'était annoncé un nouvel avis !

Quelques remarques à la lecture de ces avis. Il y aurait beaucoup à écrire mais je ne veux pas vous lasser alors que tout le monde n'attend que les beaux jours pour aller applaudir, les uns contre les autres, nos valeureux coureurs cyclistes sur les belles routes de notre pays.

  • Dans aucun avis, la question de la fameuse distanciation sociale n'est traitée. Comme si la recommandation actuelle de 1 m au moins était une évidence scientifique reconnue ! Curieux pour des personnes ayant normalement une rigueur scientifique ! Quelles études actuellement démontrent que c'est une distance de 1m qui est suffisante et efficace ? Pourquoi l'OMS et d'autres pays recommandent des distances plus importantes ?
  • Le conseil a pris la précaution de bien indiquer que ce sont les pouvoirs publics qui ont la responsabilité des décisions à prendre. Hé, hé, pas fous tout de même ! Faudrait pas confondre science et politique, chacun son job ! Et qui s'approche trop du pouvoir risque de se brûler les ailes, autant se prémunir d'être par la suite jugés responsables des décisions ! C'est bien pourtant ce qui s'est passé quand les avis du conseil scientifique servent de justification des décisions politiques.
  • Le confinement actuel préconisé avait seulement "un objectif à court terme" qui "était de soulager les services de réanimation français, en réduisant le nombre de formes graves nécessitant un séjour en service de réanimation." Cela ne signifie pas qu'il va stopper l'épidémie et que celle-ci le sera lors du déconfinement.
  • Le conseil s'appuie sur des modélisations. Le terme est important : modélisation ne signifie pas que c'est ou ce sera la réalité. Autrement dit, le modèle interprétatif rendu calculable peut ne pas avoir pris en compte certains facteurs ou avoir accordé un poids trop important à un ou plusieurs facteurs. Voici par exemple l'avis du conseil à partir d'une modélisation :

"Si on laisse le virus se propager dans la population, étant donné sa forte transmissibilité, on s’attend à ce qu’au moins 50% de la population soit infectée après une ou plusieurs vagues épidémiques (Anderson et al, 2020). Pour un niveau de mortalité qui est actuellement estimé à 0.5-1%, cela correspond à des centaines de milliers de morts en France avec une surmortalité importante due à la saturation des services de réanimation."

  • Remarquons que si le premier avis fait état de nombreuses publications, au fur et à mesure, peu de sources sont citées. Là encore, l'un des premiers apprentissages d'un étudiant est de toujours citer ses sources ! Alors des scientifiques reconnus et décorés (ah, ce désir de reconnaissance, peu scientifique cela !) pour certains d'entre eux devraient au moins suivre cette règle de transparence.
  • Concernant le report du premier tour des élections, ces éminents scientifiques qui, d'ailleurs, étaient loin d'être du même avis (un consensus a dû être dégagé), le conseil "a souligné que cette décision, éminemment politique, ne pouvait lui incomber.". Précaution inutile quand on lit les déclarations d'hier du sommet de l'Etat sur ce sujet. N'empêche qui s'ils avaient été un peu plus prudents et moins préoccupés par les risques de récupération de l'annulation par l'opposition, ils auraient pu conseiller une prise de décision autre. Les élus, assesseurs, citoyens qui ont participé au dépouillement et ont été contaminés leur en sauraient reconnaissants ! (Et les excuses du type "ah on savait pas à ce moment-là" ne valent rien, quand on ne peut rien dire de quelque chose, on se tait ou alors on est très prudent !).

  • Je ne peux détailler tous les avis mais ils sont hautement instructifs sur l'écart entre les recommandations de plus en plus précises de ce conseil (discutables parfois) et le flou et les incohérences prises par le politique.

L'audition d'hier au Sénat du président de ce conseil montre bien cet écart et aussi les incertitudes sur les connaissances disponibles (par exemple, l'immunité).

A l'intérieur de ce conseil siègent une anthropologue et un sociologue. On peut espérer d'eux, encore plus que d'infectiologues, une réflexion sur le passage d'une position de scientifique à celle d'un "expert" ou d'un conseiller du politique. Ce n'est pas la même position et les rapports entre science et politique ont fait depuis longtemps l'objet de travaux. Les scientifiques, même quand ils essaient d'être rigoureux, entrent dans un autre champ. Ils prennent alors en compte des considérations bien éloignées de la science. Et nous savons que rien n'empêche un scientifique  d'avoir lui aussi des croyances voire même d'être influencé par celles-ci. Notre "anthropologue experte" devrait tout de même vu ses fonctions et son parcours ne pas avoir oublié cela. Ou alors, les diplo^mes universitaires et les titres n'ont que peu de valeurs.

Bref, il est grand temps que les membres de ce conseil, qui ont cru de bonne foi (il faut l'espérer) pouvoir faire en sorte que les décisions politiques soient prises en disposant d'éléments de connaissance, de prudence, d'incertitude (il y en a beaucoup) en tirent les conséquences. Malheureusement, seule la manière dont le "déconfinement" sera organisé et un hypothétique rebond de l'épidémie viendront nous prouver si leurs recommandations auront été suivies. En tout état de cause, aucun conseil scientifique, aucun comité d'experts, aucun cabinet composé d'éminents énarques (on a vu ce que cela donnait pour la gestion des masques) ne peut confisquer la voix des citoyens. Parce que, en dernier ressort, ce sont eux qui subissent et subiront les effets de cette pandémie. Celle-ci montre aussi les limites de notre régime présidentiel et de notre constitution.  

Je souhaiterais ne pas à avoir à décerner le maillot jaune de la "naïveté politique" de ces scientifiques reconnus. 

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15.04.2020

containment journey - April 15, 2020 : Du Tour de France et du maillot jaune du jour

Aujourd'hui est un jour fantastique ! Le Tour de France devrait se dérouler à compter du 29 août. Oui, oui, vous avez bien lu ! Avec plein de gens serrés les uns contre les autres pour les arrivées et les ascensions des cols ? Ah, ça va être super ! 

A l'heure où je découvre en parallèle que certains scientifiques (Lipsitch) indiquent qu'en l'absence de vaccin ou de traitement adéquat, les mesures de distanciation devraient continuer au moins 2 ans et qu'il faudrait accepter avec les périodes de déconfinement des périodes de contamination plus élevées (donc un risque d'augmentation des décès). Et zut ! il nous plombe le moral celui-là !

A l'heure où il y a déjà plus de 15 000 décès en France et, au vu de la proportion de personnes en réanimation, dans les jours à venir, ce sera malheureusement l'équivalent d'une petite ville moyenne de nos provinces françaises qui aura disparu. Et zut ! Arrête de saper le moral des gens !

Ah, et puis aussi aujourd'hui, c'est le jour du maillot jaune : le maillot jaune de la prédiction décerné à M. RAOULT. Bravo pour son hypothèse de disparition de l'épidémie et sa médiatisation ! Alors que l'état des connaissances actuelles sur cette épidémie, sur les modes de contamination, sur la durée de l'immunité est encore bien incertain, ce "professeur" émet une hypothèse qui risque d'avoir des effets sur les comportements des personnes et sur leur adhésion aux mesures de précaution. Ah, c'est pas grave, l'épidémie, elle disparaît, plus la peine de faire attention, le grand voyant RAOULT le dit ! Oui, mais c'est une hypothèse et donc elle demande à être prouvée. Et n'en déplaise à ses inconditionnels, cela n'est pas le cas. Etonnant que quelqu'un, qualifié de "grand scientifique", ne puisse avoir la prudence de mesurer ses propos et leurs effets. Etonnant qu'avant de communiquer dans les médias, il n'ait pas eu la rigueur scientifique d'étayer cette hypothèse !

Qu'est-ce qui anime notre maillot jaune du jour ? En tout cas, une forme d'honnêteté intellectuelle et de précaution scientifique lui seraientt nécessaire. Je propose que soit offert à ce "professeur" (mandarin peut-être ?) en guise de prime de maillot jaune, une remise à niveau à l'université pour suivre des cours d'épistémologie et de méthodologie.

J'espère qu'il a un peu d'humour pour comprendre la réaction d'un simple habitant de la planète terre qui n'est pas "un grand scientifique" ! 

Bon allez, je vous quitte, je vais faire un peu de vélo d'appartement. Faut que je m'entraîne pour cet été !

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14.04.2020

containment journey - April 14, 2020 : Réouverture des écoles : un pari irresponsable, risqué ou criminel ?

Ce matin, je suis sidéré, consterné. L'annonce d'une réouverture progressive des écoles à compter du 11 mai me laisse abasourdi. 

J'ai annoncé cela à ma fille qui vit en Chine. Mes petits-enfants ne vont plus à l'école depuis janvier 2020. Pour le moment, aucune date de reprise n'est annoncée. Et nous en France, alors que l'épidémie a débuté bien après la Chine, les écoles seraient rouvertes bien avant les établissements français à l'étranger ? Incompréhensible.

Comment respecter des mesures de précaution avec des enfants de maternelle ? Comment respecter des mesures de protection dans des établissements où peuvent être présents plusieurs centaines de personnes ? Pourquoi les universités restent-elles fermées ? Pourquoi les lieux rassemblant du public restent fermés ? Comment assurer une reprise des cours alors qu'une partie des personnels restera confinée puisque vulnérable ? Comment organiser la restauration collective des élèves ? Comment équiper les enseignants et les élèves de masques en quantité suffisante ? Comment se laver les mains régulièrement ?

Une seule logique semble prévaloir à cette décision incohérente avec d'autres et l'état des connaissances actuelles sur ce virus (même la durée d'immunité provisoire après guérison n'est pas connue) : il faut que les travailleurs retournent au travail et, pour ce faire, l'école est le seul mode de garde possible.

Cette décision est donc un pari risqué en premier lieu pour l'ensemble des personnels (des enseignants aux personnels de restauration, de surveillance) qui, après les personnels de santé, vont être exposés à un risque pour leur santé et leur vie sans aucune mesure de protection efficace. Mais c'est aussi un pari risqué pour les parents des élèves qui vont aussi courir le risque d'être contaminés en envoyant leurs enfants dans des lieux de diffusion potentielle du virus.

C'est donc le risque de provoquer une seconde vague (crainte en Chine et c'est bien pour cela que les écoles ne sont pas toutes rouvertes !) bien plus dramatique que la première qui est assumé par le sommet de l'Etat. Comment feront les personnels de santé cette fois-ci ? Comment fera un système de soins déjà au bord de l'asphyxie ?

Je souhaite de tout mon coeur que cela n'arrive pas. Je souhaite de tout mon coeur que cette décision soit reportée. Je souhaite de tout mon coeur que, malgré les difficultés engendrées par ce report, la vie des personnels des écoles, collèges et lycées, la santé ou la vie des parents des élèves ne soit pas mise en danger

Mais si elle était mise en oeuvre et provoquait donc volontairement la mise en danger de la vie de centaines de milliers de personnes, cette décision serait pire qu'un pari risqué et irresponsable, elle serait un acte criminel, si ce n'est d'un point de vue juridique, d'un point de vue moral et politique. 

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12.04.2020

containment journey - April 12, 2020 : Deux beaux moments aujourd'hui

Il y a des dimanches matins qui vous donnent du bonheur. 

Le premier moment émouvant a été de recevoir une chanson composée par Selva Nuda dont j'avais signalé la parution de son premier album "Le mie Parole" en 2018. En lui envoyant quelques mots choisis, Selva Nuda improvise une chanson qu'elle vous adresse ensuite par mail avec un lien de téléchargement. Une belle idée d'échanges à distance. Toutes les informations son sur sa page Facebook.

Le deuxième moment, moins émouvant certes mais qui fait du bien, est de constater que des élus n'ont pas tous le même discours. La position prise par Frank-Walter Steinmeier, président allemand, est bien plus celle d'un homme d'Etat que les positions prises ici par un va-t-en-guerre qui, si les faits rapportés dans un article récent de Mediapart sont avérés, a été incapable de préparer la crise due à la pandémie. La lecture de la chronologie des faits est glaçante. Selon Mediapart : "Le procès en impréparation du pouvoir, où se mêlent désinvolture, ignorance, incompétence et dédain, est déjà largement engagé et ne manquera pas de se poursuivre. Il devra être solidement documenté. Les enquêtes, les reportages, les entretiens de Mediapart et l’ensemble de notre couverture permettent déjà à nos lecteurs de se forger une opinion. Mais l’événement inouï que nous vivons risque de nous faire oublier ce que furent les premiers mois de cette crise historique. À sa façon, cette chronologie, forcément incomplète, s’efforce de fournir à nos lecteurs des dates, des faits et des citations incontestables."

Voici une partie des propos du président allemand repris dans la presse. Voici là l'illustration qu'un autre discours d'homme d'Etat est possible :

“Non, cette pandémie n’est pas une guerre. Les nations ne s’opposent pas à d’autres nations, les soldats à d’autres soldats. C’est un test de notre humanité.”

Cette crise “fait ressortir le meilleur et le pire des gens. Montrons aux autres ce qu’il y a de meilleur en nous”.

“Et s’il vous plaît, montrez-le-nous aussi en Europe !”

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11.04.2020

containment journey - April 11, 2020 : De l'héroïsme

Je n'ai rien de particulier contre ces applaudissements chaque soir et cette manifestation de soutien aux personnels soignants. Non. Cette pratique sera peut-être considérée dans un futur post-covid comme une forme de rite annonciateur ou alors il n'en restera peut-être rien, juste le vague souvenir d'un moment collectif éphémère pour exprimer sa reconnaissance et conjurer ses peurs.

Par contre, l'emploi du terme héros a tendance à m'irriter. Je ne peux exprimer ce que ressentent les personnels de santé mais je ne suis pas certain que ce vocable employé dans son acception guerrière - combattant remarquable par sa bravoure et son sens du sacrifice - soit le plus approprié. Je ne pense pas qu'ils aient spécialement envie de se sacrifier alors qu'ils demandent à être dotés de protections qui leur font encore cruellement défaut. Je ne pense pas qu'ils soient armés d'un courage guerrier. Les personnels de santé font ce qu'ils ont à faire de leur position professionnelle : soigner, sauver, soulager, guérir. Ils sont à l'opposé du combattant qui vise à défaire son adversaire, à le neutraliser, à l'anéantir, à le tuer. Certes, ces femmes et ces hommes peuvent susciter notre considération voire notre admiration pour leur engagement à sauver des vies en prenant le risque de perdre la leur, mais les revêtir de l'uniforme du héros dans la bouche de nos gouvernants relève bien plus de la démagogie que de l'estime. Le respect des personnels soignants aurait été de leur donner les moyens d'être protégés grâce à des masques, des surblouses, des charlottes...

Lorsque nous aurons fini d'applaudir, serons-nous collectivement en capacité de définir ce que nous nous voulons en matière de santé (de prévention généralisée et systématique notamment qui est l'un des points aveugles depuis longtemps) ? Serons-nous capable d'interroger l'existant et de tracer les lignes d'un futur où les personnels de santé n'auront pas besoin d'être qualifiés de héros pour cacher l'impéritie de nos gouvernants successifs ?

Il est temps que j'achève ce billet d'humeur, je sais, je vous lasse. Il fait beau, c'est un long week-end, nous allons partir à la plage, manger en famille ce lundi, nous régaler d'un gigot d'agneau pascal et regarder nos enfants ou petits-enfants chasser oeufs, cloches, lapins, poules en chocolat.

Le chocolat a un goût particulier cette année, vous ne trouvez pas ? 

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10.04.2020

Concision 98

Matin de printemps

Au chant des oiseaux, sur sa peau

la lumière joue.

09.04.2020

containment journey - April 9, 2020 : De la vieillesse

A la faveur de cette pandémie, l'étonnement de nombre d'articles, déclarations ou commentaires me laissent pantois.

Ainsi donc, on découvrirait l'existence de la vieillesse et ses affres !

Ainsi donc, on découvrirait ce qui se déroule dans le silence de ces établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes ! EHPAD, c'est mieux, c'est plus court et cela évite de nommer la réalité !

Ainsi donc, on découvrirait que nombre de ces établissements appartiendrait à des groupes privés qui seraient même côtés en bourse !

Ainsi donc, on découvrirait les conditions assez horribles qui, parfois, y règnent !

Ainsi donc, on découvrirait que les conditions de vie mais aussi de travail dans nombre de ces lieux seraient loin d'être bonnes !

Ainsi donc, on découvrirait ce qui s'y déroule dans le silence !

Il n'est pas question ici de porter l'opprobre sur les personnels qui y travaillent dans des conditions plus que difficiles et qui font, la plupart du temps, preuve de bien plus d'humanité que nous tous. Hein, vous allez y aller vous tous pour un SMIC nettoyer les p'tits vieux qui se chient dessus dans la honte et qui vous confient tous leurs malheurs et leur souffrance ! Le salaire versé à bon nombre de ces travailleurs de la vieillesse est à l'image de ce que nous réservons à nos vieux. J'aime ce terme parce qu'il ne voile pas sous une expression bien lisse la vieillesse.

Ainsi donc, on découvrirait à quels sorts sont voués les "résidents", l'isolement, la solitude, la souffrance, l'indifférence ? "Résidents", c'est chouette comme mot, ça fait encore l'économie sur la réalité. On les met là parce que, dans notre société, les vieux n'ont plus de place ailleurs.

Ainsi donc, on découvrirait ce que signifie cette "silver économie" !

Je me souviens quand j'ai accompagné ma grand-mère de 95 ans la première fois dans cet EHPAD. Nous savions tous les deux ce qui allait arriver. Et dans nos paroles et regards échangés où l'affection régnait, il y avait aussi une souffrance mutuelle, celle de se savoir proche de la mort, celle de ne plus avoir envie de lutter, celle d'avoir peur de mourir seule, celle d'abandonner cette magnifique petite vieille qui m'avait donné tant d'amour depuis mon enfance. Et malgré les promesses tenues de faire la route toutes les semaines au moins une fois pour venir la voir, rien ne pourra jamais m'empêcher de penser aux dernières paroles qu'elle prononça lorsque je la vis pour la dernière fois consciente : " Tu sais mon petit, la semaine prochaine quand tu viendras, je serai morte. Ne t'inquiète pas, pars maintenant." Et malgré les bises échangées, les caresses tendres sur son visage et ses cheveux, tu pars avec la boule au ventre, en ravalant tes larmes, en essayant de ne pas vouloir croire à cette prophétie. Tu fais un dernier au revoir avec la main, elle te sourie et tu lui souries. Vous vous regardez, le temps se suspend. Tu te retournes et tu pars, tu sais qu'il ne faut plus se retourner, qu'elle continue à te suivre du regard. Tu fuis à grands pas, tu fuis ta propre souffrance, ton sentiment de culpabilité, tu fuis sa souffrance, tu fuis devant ta propre impuissance, tu fuis devant l'image de ta propre mort.

Ma grand-mère est morte exactement sept jours après. La prophétie s'est réalisée. J'étais seul dans sa chambre. Je suis arrivé vers 23 h après avoir fait 1h30 de trajet. Nous n'avons pas pu nous parler une dernière fois. Je pense encore aux gestes de bienveillance de l'aide-soignante présente :  elle avait mis une musique qu'aimait ma grand-mère, elle m'a aidé à choisir ses vêtements et les bijoux qu'elle emporterait pour son dernier voyage. Ma grand-mère touchait le minimum vieillesse, autant dire qu'il était loin de suffire pour payer ce qui fut son dernier séjour.

Une société qui ne veut plus regarder la mort, qui ne sait plus entourer ceux qui vont mourir, qui ne sait plus rendre hommage à ses morts, qui ne parle plus de ses morts quand ils sont morts, qui ne sait plus faire vivre ses morts au sein des vivants, aurait-elle encore une quelconque humanité ?

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07.04.2020

containment journey - April 7, 2020 : Des illusions

De Chine, ce matin, j'ai reçu un message. Mes petits-enfants ne retourneront pas à l'école en avril. Des mois sans s'y rendre, à travailler à distance. Le déconfinement décrit dans les médias français ne semble pas correspondre à celui qui est vécu par les personnes qui vivent en Chine. Et pourtant, ils n'habitent pas dans l'épicentre de cette pandémie. Le contrôle y est permanent, même si la vie a pu reprendre en partie. Que penser de ceux qui, en France, prônent déjà le déconfinement, alors que nous débutons seulement la 4e semaine ? Je n'ai pas la réponse, ou alors, je crains qu'elle ne soit glaçante, terrifiante.

Ce matin, j'écoutais la lame crisser sur ma barbe de plusieurs jours. Ne pas se laisser aller. Conserver un rythme de vie avec des habitudes. Bientôt, mes cheveux retrouveront la longueur des années 70. Mais, je ne retrouverai jamais l'espoir qui m'animait à cette période. L'espoir et la révolte de la jeunesse contre ce monde d'injustices !

Bien avant cette pandémie, depuis longtemps déjà, mes illusions s'étaient envolées.

J'essaie depuis longtemps d'être un "pessimiste optimiste".

J'essaie de vivre, c'est tout.

Parfois, je rêve de ne pas penser.

Parfois, je rêve d'un monde meilleur.

Parfois, seulement.

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06.04.2020

containment journey - April 6, 2020 : De M. Blanquer

En cette journée de ciel gris, je ne sais si j'ai raison de faire l'honneur à M. Blanquer, encore ministre de l'éducation, de figurer dans ce billet d'humeur. Je ne suis pas un "spécialiste" de l'éducation. Peut-être devrais-je économiser la force musculaire de mes doigts et consacrer mon temps à des choses bien plus agréables ? Mais le confinement me rend quelque peu peu irritable... Et, ce soir, je n'ai pas envie de vous parler des fleurs et du beau temps à venir.

Elève d'un établissement privé catholique, je ne sais si cette éducation lui a permis de faire sienne ce qu'est la "miséricorde". Espérons que sous le couvert du contrôle de l'assiduité scolaire ne seront pas pénalisés tous les élèves qui, vivant déjà dans des conditions de confinement peu propices à des apprentissages, n'ont pas ou peu les moyens de suivre à distance cette fameuse "continuité éducative". 

Mais M. Blanquer, en "bon élève", en "bon soldat" faisant fi des inégalités, en est déjà à se projeter au déconfinement avec un peu plus de prudence qu'auparavant tout de même.

Multipliant les déclarations, les annonces, les interventions dans les médias depuis des semaines, M. Blanquer devrait peut-être apprendre l'art de la prudence et se faire un peu plus rare !

N'oublions pas qu'il y a peu, ce "ministre", (oui, le monsieur qui a déclaré ce qui suit, est bien un ministre ! Incroyable mais tristement vrai !) affirma avant que d'être désavoué par les décisions du Président de la République :

« La fermeture totale des écoles n’a jamais été envisagée »

L'obsession de M. Blanquer est de remettre tout le monde au travail en n'ayant aucunement envisagé sérieusement les conditions nécessaires à une reprise des enseignements.

  • Qu'en est-t-il des mesures de protection des personnels de toutes catégories si les écoles sont rouvertes ? Y aura-t-il des masques pour tous ? Quelle distance de proximité pourra être respectée si la transmission par aérosol est confirmée ? Celle de 1 m ne suffira donc pas.
  • Pourquoi les écoles ne sont-elles pas toujours ouvertes en Chine (notamment les établissements français) alors que l'épidémie y a débuté bien plus tôt ?
  • Comment faire en sorte que des enfants jeunes et moins jeunes respectent des précautions dans des lieux collectifs? Ne seront-ils pas involontairement les vecteurs d'une "seconde vague" ?
  • Comment faire pour que des personnels administratifs parfois à 2 ou à 3 dans un bureau puissent prendre des précautions ?
  • Comment sera assuré le nettoyage des surfaces de contact dans les différents locaux ?

Le chercheur Samuel Alizon, qui travaille à modéliser l’épidémie de Covid-19, prévient que le déconfinement entraînera un rebond de l'épidémie. Et donc, en l'absence de traitement adéquat ou de vaccin disponible et sans mesures de précautions strictes, une reprise des cas graves et des décès, une nouvelle saturation des hôpitaux.

Un collectif comprenant des experts en virologie vient de publier une tribune dont la conclusion est : "C'est pourquoi nous recommandons que toutes les organisations gouvernementales et privées suspendent toutes les activités qui ne sont pas absolument essentielles ou réalisées en télétravail, car en l'absence de masques de type FFP2, le virus continuera à se propager dans nos institutions et nos entreprises."

M. Blanquer, dans l'incertitude actuelle, devrait surtout être prudent. A moins qu'il n'ait déjà choisi sans l'affirmer une stratégie d'immunité collective, celle qui fera courir des risques non seulement aux personnels de son ministère mais à l'ensemble de la population, une stratégie qui osera donc programmer la saturation du système de santé et le décès annoncé de nombreux français.

M. Blanquer devrait surtout se consacrer à son ministère où règne la confusion, ordres et contre-ordres. Il devrait aussi avoir un peu plus de considération pour tous ceux qui continuent à travailler à distance, à se "débrouiller" comme ils peuvent, enseignants mais aussi personnels administratifs, et donner des consignes claires. Pourquoi des personnels de son administration, alors qu'ils sont en télétravail, ont-ils été placés en autorisation d'absence, ce qui normalement signifie qu'ils ne peuvent pas travailler ? Pourquoi certains recteurs ont-ils par leurs consignes demandé à leurs personnels de ne pas respecter les précautions et règles en vigueur (Pays de la Loire par exemple) ?

En jouant d'opérations de communication en direction des parents, M. Blanquer semble bien plus soucieux d'assurer son avenir politique que de préparer avec lucidité et responsabilité un déconfinement encore bien éloigné.

Gageons que nombreux seront ceux qui n'oublieront pas ses propos tenus début mars et les décisions qu'il prendra. 

Je lui dédie, en espérant qu'il a un peu d'humour, la chanson précédemment postée : "Le temps ne fait rien à l'affaire" de Georges Brassens.

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05.04.2020

Concision 97

Son mat de mes pas

dans cet espace restreint

Au loin arbres en fleurs.