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25.03.2015

Concision 23

J'écoute le vent

qui s'empare de la nuit

à côté paisible tu dors.

21.03.2015

le temps d’aimer

au coin d’une rue j’ai croisé

un homme qui marchait

qui marchait à grands pas pressés

il tenait trois roses rouges à la main

trois roses rouges sang

de temps en temps

d’un geste élégant

il relevait une mèche rebelle

j’ai suivi l’homme qui marchait

à grands pas pressés

je l’ai suivi

au coin d’une rue

sur le trottoir d’en face

une femme l’attendait

elle était belle et souriait

au coin d’une rue

j’ai laissé l’homme marcher

à grands pas pressés vers son destin

trois roses rouges sang à la main

 

quand il a traversé

une voiture l’a renversé.

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Concision 21

Vers sa destinée

sur la terre du chemin

roule l'agate.

14.03.2015

Concision 22

Ciel ridé de gris

L'âge sur mes mains inscrit

L'automne s'installe.

12.03.2015

Variation 6

Sur le banc Elle

les yeux ouverts

blottie contre Lui

ferme les siens

pour se souvenir d’Elle

le grain de sa peau son odeur

son visage son sourire

dans la mémoire que retenir

les mains d'Elle de Lui

qui ne veulent se désunir.

09.03.2015

Concision 21

Au creux de ma main

la rondeur de son genou

Elle dort sereine.

06.03.2015

Concision 20

Un souffle glacial

dans ce quartier dit rénové

Je marche seul.

01.03.2015

Entretien avec Jérôme Suzat (Cheval Blanc)

Premier et peut-être seul entretien de 2015. Entretien avec Jérôme Suzat que je n'osais croire possible. Je ne connais pas celui qui nous a proposé depuis 2010 sous le nom de Cheval Blanc des chansons fulgurantes dans trois disques : "Révélations", "Révolutions" puis "Rouge" et qui a publié un recueil de poèmes intitulé "Collège". Je vis loin du bruit, des lieux de rencontre, des cercles modernes, des réseaux branchés. Je vis dans cette province où l'ennui peut gagner si l'on n'a pas appris la lenteur.

Un entretien par écrit, à distance, comme pour marquer symboliquement l'entrée dans cette année avec un artiste qui me tient à cœur. Un entretien en raison de ces chansons écrites en français, de cette voix et de ces mélodies qui, depuis leur découverte, sont restées à mes côtés. Un entretien en raison de ces textes dont je ne suis pas certain de saisir toujours le sens ou l'intention. Mais cela n'est pas très important. Ce qui compte, c'est que quelque chose, parfois d'indéfinissable, des chansons, des textes de cet artiste entre en résonance avec quelque chose de vous sans que vous ne sachiez vraiment l'expliquer. Une rencontre inévitable, indispensable, comme un "déjà-là". Une rencontre impossible à oublier.

Je remercie encore Jérôme Suzat d'avoir eu la patience de répondre à mes questions qui, à la relecture, me semblent souvent bien maladroites voire inopportunes.

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Avoir choisi de dénommer votre projet solo « Cheval Blanc » est-ce une volonté de lui donner un sens particulier en relation avec le symbolisme du cheval blanc ? Une des chansons de votre premier EP « Révélations » s'intitule « A la mort du monde » or le cheval blanc participe à l'eschatologie dans de nombreuses cultures. Est-ce un hasard ?

Non, pas plus que votre question, mais ce n'était guère élaboré au début ; «Antipunk Cheval Blanc » est né le 1er janvier 2006 à 0h00, j'écrivais journellement sur ce blog, parfois il s'agissait de moi, parfois d'un autre moi, je me cherchais et je jouais des chansons anglaises sous un autre nom : Collage. J'entre donc dans ma neuvième année, et même si au fond je ne suis qu'un petit âne gris, je songe souvent à l'état du monde dans lequel je vis, à l'horreur globale qui se dévoile sous nos grands yeux absents face à la souffrance réellement vécue, à la pulsion de mort intégrale de l'humanité, à la banalité du mal toujours diversifiée, à sa reproduction mécanique et mimétique sans cesse au-dessus de l'art de vivre et du partage qui ne renversent jamais rien, eux-même toujours déjà vaincus par le cynisme et le nihilisme de l'âge dans lequel nous vivons ; alors, comme les hindous, les musulmans, les chrétiens, les juifs et un bon nombre de peuplades, athées comprises, je rêve le grand chambardement, la révélation, la réparation, Kalki ou la révolution mondiale réelle « et » mythologique. Au niveau moléculaire, certaines de mes chansons font écho à ces légendes, c'est très aimable à vous de l'avoir noté, mais ce n'est plus du jeu si je dois tout décrypter, d'autant que des hallucinations s'y mêlent et qu'il s'agît là de la chose la plus essentielle, et de la moins importante au monde. (Une interprétation intime et minuscule reste cependant possible.)

Votre trilogie « The Art of the Demo » est composée, je crois, de chansons écrites depuis parfois plusieurs années. Est-ce que vous pouvez préciser depuis combien de temps toutes ces chansons ont été composées ? Comment avez-vous effectué le choix notamment pour le dernier volet « Rouge » ? Est-ce que maintenant vous choisiriez de ne pas en publier certaines ?

Entre 2006 et 2009 pour les deux premiers, ROUGE a été enregistré en Août 2010 alors qu'il est sorti en l'état 4 ans plus tard. Comme souvent dans ces cas là, pour de triviales raisons de moyens manquants et de promesses non tenues. Ce ne devait pas, initialement, être un album du cycle des démos. C'est l'unité d'un son, autour d'une petite semaine d'enregistrement dans ma chambre de St Denis qui a choisi pour moi, un ami aussi, j'ai rajouté le Poème Lent qui date de la session de la Mort du Monde et des Amants. Je n'en regrette aucune, cet enregistrement est vieux et n'était pas fait pour voir le jour, j'ai bricolé quelque chose avec pour ne pas disparaître. ROUGE traite du thème pour le moins classique de l'amour, donc de la relation, de l'amitié, de la séparation, de la solitude, c'était un choix délibéré entamé avec les Amants Morts, car venant d'un tout autre monde que celui de la chanson, je voulais me frotter à cette tradition, à ce genre, à ce poncif même, comprendre la chose un peu mieux de l'intérieur, j'ai alors parcouru et rassemblé mes souvenirs, mes expériences, parfois elles se mélangent dans une même chanson, parfois j'en imagine un brin, et bien sûr, il paraît évident, ou plutôt il semble qu'il s'agit d'un disque écrit autour d'un seul amour déçu, d'une seule passion défunte - en fait non - mais l'étonnant et le plus remarquable est que j'ai comme « vécu en vrai» ce disque très peu de temps après l'avoir enregistré, et tout cela crée pour moi un déphasage étrange quant à ces chansons et à cet objet.

J'ai pensé à chaque écoute de vos disques que ce son de la démo, ce son que je qualifierai d''artisanal, ce son de « bricolage inventif » était en fait ce qui convenait le mieux à vos chansons. J'ai du mal à les imaginer dans une autre version. Elles me semblent provoquer beaucoup plus d'émotions qu'avec une profusion d'arrangements et de sophistication technologique. Qu'en pensez-vous ? Si vous en aviez la possibilité, comment voudriez-vous les mettre en sons ?

J'espère que cela fait sens, je vis modestement, je travaille à vivre de peu, je vivais et j'enregistrais dans un endroit exigu, avec un magnéto 16 pistes que l'on m'avait donné, entouré d'instruments chinés, souvent crachotant, c'est une façon de travailler plaisante et inventive, où le possible côtoie l'impossible, les chœurs de ROUGE étaient originalement des idées couchées pour des arrangements (cordes,cuivres et bois) c'est sans doute raccord avec ce que je suis, et ce qui vous touche doit être quelque chose comme de l'honnêteté, une sorte de vérité et le son de cette sorte de vérité. Je vous comprends, mais je n'aurais rien eu contre le fait d'entendre mes chansons autrement, amplement et magistralement, je le regrette et le défends malgré tout, c'est cela l'Art de la démo, c'est aussi le reflet de mes difficultés avec le réel, et finalement juste le son d'un passage à l'acte dans ce réel. Tout est calculé mais rien n'est calculable, c'est ainsi.

Quelles sont les influences musicales, les arrière-plans musicaux qui ont contribué à façonner l'univers sonore de votre trilogie ? N'y-t-il pas un son « Cheval Blanc », par exemple « La révolution est un jeu d'enfant », « Du chaos » ?

Je vous remercie, avoir une patte, un son c'est au minimum ce que l'on recherche, voir ce que l'on espère, il est difficile de répondre à ça, c'est ce que je fais avec ce que j'ai à un moment donné, rien de plus. Mes goûts musicaux sont absolument divers et variés, je n'ai pas de nom à vous donner, ni présent ni passé, le rôle de l'inconscient et de l'enfance est sans doute aussi important que tel groupe hollandais méconnu ou que tel ensemble pittoresque. J'entends John Cage à l'heure où je relis ces lignes, je veux vous dire par là que j'écoute essentiellement des choses qui me « dépassent » au sens propre comme au figuré, je ne sais pas ensuite ce qu'il en reste et ce qui se mélange à ce que j'écoutais petit garçon ou adolescent, c'est un peu plus mystérieux que ce que l'on croit le plus souvent, comme la réalité d'une grille d'accords qui revient sans cesse se glisser dans vos doigts.

Deux instruments ( guitare et claviers) occupent une place importante dans vos chansons ? Est-ce en raison seulement des moyens disponibles ?

Ce sont les seuls instruments que je pratique un peu avec le chant, j'ai commencé à 17 ans par la basse, la guitare, après avoir surmonté un pénible blocage j'ai pu chanter, et le piano est arrivé très tard comme une évidence, un sentiment de « déjà-là » que j'aurais évité ma vie durant, je ne joue que d'instruments que je comprends de façon naturelle et instinctive, j'adorerais jouer de la batterie, et pour continuer la question précédente, je suis un autodidacte en tout, plus ou moins tenace et tenant de l'école punk savante.

Comment se déroule le processus de création de vos chansons ? Quel est le rapport entre l'écriture musicale et celle des textes ?

Dans la majorité des cas je commence par le texte, préfère un phrasé mesuré pour obtenir une mélodie simple et fluide, recherche en général une évidence dans l'expression et dans les mots, ceci pour en arriver à un genre de chanson très classique, c'est une étude de ce genre, et un choix qui n'a rien d'éternel ; mais il y a des exceptions, parfois j'ouvre mes cahiers et j'improvise pour voir si quelques lignes seraient chantables, à la Mort du Monde et Viens dans mes bras sont nées ainsi. Instrumentalement je passe plutôt mon temps à jouer sans cadre, sans but, sans micro, parfois je note une suite d'accord que je ne relis jamais, tout cela reste à moi, il est possible que j'essaie d'enregistrer des choses plus de ce côté là dans le futur ; en fait, il est vraisemblable que vous ne connaissiez qu'une maigre partie de ce qu'il m'est difficile d'appeler un travail.

Il y a dans la plupart de vos chansons un travail sur la durée, sur le rythme qui instaure une lenteur. Est-ce qu'il s'agit d'une volonté délibérée ? Quel est l'effet recherché ?

Si effet il y a, il naît dans l'union d'un tangage intime et d'une scansion ancrée dans ma mémoire, comme le mariage du souffle et de l'eau. L'absence de percussions et de compagnons de route accentue certainement cette impression. La répétition et la répétition des habitudes prend parfois sa source dans la peur de l'abandon et la jouissance de son propre abandon.

Des œuvres de l'artiste Corinne Jullien apparaissent sur votre 33T « Rouge » et sur la couverture de votre recueil de poèmes « Collège » (un calque). Quelles sont les raisons de ces choix ?

Très clairement la fidélité en amitié, un goût certain pour les jeux cycliques du temps, mais aussi un lien et sa pertinente résonance par l'image.

Dans votre recueil de poèmes, il y a des références à des textes gnostiques (Évangile de Marie), au Nouveau Testament (l'épée du Livre de Jean poème 93), à la religion, à Dieu. Un de vos EP a pour titre « Révélations ». Vos écrits semblent inspirés très fréquemment par ces thématiques avec celles de l'amour, de la passion, de la séparation, de l'absence, du chaos, du néant, de la fin. Pour autant, une chanson telle que « Ma ville » montre que vous pouvez aussi traiter d'autres thèmes.

J'écris autour d'un rêve et d'une réalité, j'écris au sujet d'un sentiment et d'une histoire, très pudiquement, je préfère ne pas être tout à fait compris, et je suis bien trop fainéant pour écrire sur tout et n'importe quoi.

Pourriez-vous nous parler de vos collaborations avec d'autres artistes par exemple avec La Féline dont le premier album est sorti en novembre 2014 ? Vous semblez pourtant avoir des écriture assez éloignées ? 

J'ai rencontré Agnès Gayraud de La Féline au Cercle Pan ! puis elle m'a invité à jouer sur la radio nationale, alors aussi des discussions, ma science de l'échec scolaire ajoutée à sa posture dialectique et magistrale, en fait nous nous croisions souvent, nos albums avaient du mal à se faire et nous étions de très bons compagnons d'infortune, c'est une personne magnifique et rare que possède la scène française. Nous ne sommes pas si loin, je suis toujours un enfant de la new wave. J'ai lu quelques textes pour un artiste electro-dark : Elastik, j'ai aussi enregistré un poème avec Dan-Charles Dahan autre artiste électronique mais plus près de la musique concrète. Je suis aussi très proche du peintre Pierre Fichefeux.

Quels sont vos projets pour 2015 ? La sortie d'un album, des concerts, un nouveau recueil de poèmes ?

Je ne sais pas moi-même si je suis encore en vie. J'aimerais faire exister quelques chansons, et des poèmes s’amoncellent, cela dépendra du temps qu'il fait.

Comment faites-vous la différence entre les textes qui seront des poèmes et ceux qui seront des chansons ? Autrement dit, considérez-vous les textes de vos chansons comme des poèmes ou non ? Dans votre recueil, vous instaurez, me semble-t-il, une différence dans vos textes en mentionnant chanson (par exemple texte 32) ?

Un poème n'est pas une chanson, le recueil avait aussi une dimension de journal et de correspondance unilatérale due au blog d'où il s'écrivait avant d'être un livre. J'ai gardé quelques simples (chansons) par fidélité à ce moment, pour leur parfum maladroit, mais honnête, du geste et des signaux contradictoires que lançait mon esprit à ce moment là, une seule est sauvée musicalement. Le titre de Collège entrait dans cette idée de « début » et de « maladroiteté naïve », entre autre.

En épigraphe de votre recueil de poèmes, vous citez Paul Verlaine. Quels sont les poètes qui ont tout particulièrement marqué votre itinéraire personnel ?

J'ai passé toute l'année dernière très proche des cahiers de Paul Valéry, d'un commentaire taoïste du Yi King et d'autres classiques chinois, Guy Debord est sans doute celui qui correspond le plus à ce que vous décrivez, René Daumal et Roger Gilbert-Lecomte me manquent, (là je peux citer quelques noms !), Novalis et l'Hypérion d'Hölderlin, au collège Baudelaire plus que les autres, depuis quelques années déjà il arrive fréquemment que je trouve mes plus grandes émotions poétiques dans la philosophie la plus abstraite qui soit, et ce le plus innocemment du monde, rien n'est fixe autour de mon lit.

Quelle est la question que vous aimeriez que l'on vous pose sur votre travail artistique et qui ne vous est jamais posée ? Quelle(s) réponse(s) donneriez-vous ?

On ne m'a jamais demandé quel était mon nom d'enfant ni quel était mon grade. Ce à quoi je répondrais : « Je m'appelle Jérôme Suzat - je suis un enfant naturel. »

 Pour terminer, qu'écoutez-vous en ce moment ? Que lisez-vous ?

Actuellement je vis avec la TOB, Mozart, Morton Feldman, Zone de Mathias Énard, Le comité invisible, le Mistral, l'Ardèche et les lignes de la main.

Je vous remercie beaucoup pour cet interview. Pour vos poèmes et vos chansons. En adaptant une phrase d'Agnès Gayraud dans un article qu'elle vous a consacré sur son blog, pourvu qu’on s’y abandonne, ils et elles font gagner des paradis.

Je vous en prie, merci à vous.

Les trois albums de Cheval Blanc sont en écoute et en vente sur la page bandcamp de l'éditeur Bruit Blanc :

 

Le recueil de poèmes « Collège » est en vente chez le même éditeur (sur commande aussi chez votre libraire).

Pour ceux qui souhaitent consulter le blog le plus récent de Jérôme Suzat : Jupiter Cheval Vert.

Enfin, vous pouvez aussi lire la chronique que j'avais déjà consacrée aux disques de Cheval Blanc ainsi que le très bel article d'Agnès Gayraud "Cheval blanc : loin devant".

Concision 19

Dernière chaleur

Entre mes bras léger

Mon père oscille.

27.02.2015

Concision 18

Métro Croix Paquet

Que dissimulent vos ongles

de rouge laqués ?

25.02.2015

Variation 5

Elle le visage tourné

vers la vitre du train

où meurent des gouttes de pluie

Lui regarde Elle

les yeux fermés

Lui voit sur sa joue

une larme couler

Elle tourne la tête

continue de pleurer

lentement doucement

Lui ne peut se détourner

continue de la regarder

Il voudrait tant

la voir sourire

Il la regarde et sourit

son visage s'évanouit.

23.02.2015

Concision 17

Sur le même banc

Chaque jour le même homme

Attend la fin du jour.

19.02.2015

Concision 16

Parmi les décombres

Que sont nos rêves devenus ? 

Ici toujours le ressac.

17.02.2015

Alvéoles

Patiemment

Silencieusement

Insidieusement

Inexorablement

Tapies dans mes tissus pulmonaires

De minuscules bulles d'air

Attendent d’exploser.

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15.02.2015

Concision 15

Rebelles campés

Au pied des tours de béton

Quelques brins d'herbe.

14.02.2015

Variation 4

Elle derrière blottie

tout contre Lui

assis en tailleur

Elle la bouche posée sur

l'épaule nue de

Lui sent la chaleur

de ses seins de ses lèvres

Elle de ses jambes de ses bras

enserre Lui

pose les mains sur

les genoux d'Elle

embrasse sa nuque son cou

Lui effleure la peau si douce

des cuisses d'Elle

le visage enfoui

dans les cheveux de

Lui qui voudrait demeurer

prisonnier d’Elle

à jamais.

07.02.2015

La fabrique de textes 5 : je m'agrippe

Je m'agrippe je m'accroche

Je m'agrippe à la paroi

Je m'accroche je m'agrippe

Je m'accroche à la roche

Je m'agrippe je m'accroche

Je m'agrippe à toi

Je m'accroche je m'agrippe

Je m'accroche à la vie

Je m'agrippe je m’accroche

Je m'agrippe je m’accroche

J'ai peur j'ai peur du vide

J'ai peur j'ai peur de l'abîme

J'hésite j'hésite à poursuivre

J'ai le vertige de vivre

le vertige de vivre

J'ai peur j'ai peur de ton absence

J'ai peur j'ai peur de ton silence

Je m'agrippe je m’accroche

Je m'agrippe je m’accroche

Je m'agrippe je m'accroche

Je m'agrippe je m'accroche

31.01.2015

La fabrique de textes 4 : ses lèvres

Je pose un doigt sur ses lèvres Je caresse ses lèvres J'aime caresser ses lèvres Lentement Doucement J'effleure sa bouche de mes lèvres Mes lèvres sur ses lèvres Je sens son souffle son haleine J'aime sentir son souffle tout contre mes lèvres Mes lèvres frôlent ses lèvres Mes lèvres jouent avec ses lèvres Ma langue lèche ses lèvres Lentement Doucement J'aime ses lèvres lorsqu'elles sont légèrement mouillées Des gouttes de pluie sur ses lèvres Le goût salé de l'océan sur ses lèvres J'aime quand elle passe sa langue sur ses lèvres J'aime quand elle mordille ses lèvres J'embrasse ses lèvres Lentement Doucement J'aime embrasser ses lèvres Je l'embrasse à pleine bouche Bouche contre bouche Lèvres contre lèvres Salives mêlées Sa langue s'insinue dans ma bouche Langues emmêlées Nos lèvres s'unissent se confondent ne font qu'une Ses lèvres sur mes lèvres Je presse mes lèvres sur ses lèvres Ses lèvres vermeilles Ses lèvres brûlantes Ses lèvres gonflées J'aime le contact de ses lèvres sur ma nuque Ses lèvres sur mon torse Ses lèvres sur mon ventre Lentement Doucement Un sourire sur ses lèvres Lentement Doucement Je pose un doigt sur ses lèvres.

24.01.2015

La fabrique de textes 3 : écrire, ça sert ?

A quoi ça sert d'écrire ? Ça sert à quoi ça ? A qui ça sert d'écrire ? Ça sert à qui ça ? Ça sert à quoi une question comme ça ? Ça sert à qui une question comme ça ? Comme quoi ? Comme ça. Ça sert à rien une question comme ça ! Écrire ça sert à ceux qui écrivent à ceux qui lisent ceux qui écrivent à ceux qui écrivent sur ceux qui écrivent à ceux qui lisent ceux qui écrivent sur ceux qui écrivent.

Écrire écrire écrire. Je les cherche les mots je les malaxe je les mélange je les remplace je les assemble je les triture je les combine je les écorche les mots je les apprivoise je les délimite je les encadre d'espaces. Des espaces entre les mots. De blanches césures. Comme un abîme. Un abîme de mots.

Écrire ça sert à plonger dans un abîme. Écrire ça sert à ceux qui plongent dans l'abîme des mots. L'abîme me donne le vertige. Les mots me donnent le vertige. Le vertige au bord de l'abîme. Le vertige à la lecture d'un texte. D'écrire le vertige me prend. Écrire c'est comme éprouver la sensation du vertige. Écrire comme dans un déséquilibre. Écrire au bord du vide.

Il y a ceux qui écrivent pour eux, seuls dans l’abîme. Pour un autre eux-mêmes.

Il y a ceux qui écrivent pour eux et qui rêvent que les autres les lisent. Il y a ceux qui écrivent pour être lus par d'autres et qui ne sont jamais lus. Il y a ceux qui écrivent pour être lus par d'autres et qui sont beaucoup trop lus.

Il y a ceux qui vivent pour écrire et ceux qui vivent d'écrire. Il y a ceux qui rêvent d'écrire mais qui ne le font jamais. Il y a ceux qui n'ont pas de rêves et ceux qui ne s'en souviennent pas.

Il y a ceux qui écrivent industriellement ceux qui écrivent parcimonieusement ceux qui écrivent comme des forçats ceux qui écrivent dans leur lit ceux qui écrivent tôt le matin à un bureau ceux qui écrivent à la main ceux qui écrivent sur un clavier d'ordinateur ceux qui écrivent sur une grande page blanche ceux qui écrivent dans un carnet – un moleskine c'est plus élégant – ceux qui écrivent lentement ceux qui tracent les mots avec application ceux qui n'arrivent pas à se relire ceux qui écrivent peu ceux qui écrivent trop beaucoup trop ceux qui raturent qui corrigent sans cesse ceux qui écrivent d'un seul jet comme ça d'un seul coup – la MAGIE de l'écriture - ceux qui écrivent compulsivement ceux qui écrivent dans la douleur ceux qui écrivent pour ne rien dire mais qui écrivent quand même.

Il y a ceux qui n'écrivent jamais. Ils n'ont pas appris à écrire ils n'ont pas besoin d'écrire ils ne veulent pas écrire ils n'ont pas ce désir d'écrire – désir, je te désire, nous nous désirons, ils se désirent, l'absence de désir - ils n'ont rien à écrire ils ont trop à dire ils ont peur d'écrire ils n'osent pas écrire ils essaient d'écrire mais ne vont jamais au bout – au bout de l'écriture est un point ultime, au bout de l'écriture est la mort. On leur a dit qu'ils n'étaient pas faits pour écrire, on leur a fait croire qu'écrire c'était pour les AUTRES – le DON d'écrire, le GÉNIE littéraire.

Il y a ceux qui écrivent pour exister ceux qui existent en écrivant et il y a ceux qui existent tout court. Il y a ceux qui écrivent pour donner des leçons AAAAH les DONNEURS de LEÇONS les FAUDRAIT QU'ON et ron et ron petit patapon !

Il y a ceux qui écrivent des chansons chansons tristes chansons d'amour, chansons réalistes chansons populaires chansons sur un air d'accordéon sur un air de bandonéon chansons sans prétention chansons délicates chansons fragiles chansons romantiques chansons nostalgiques chansons comiques chansons érotiques chansons révolutionnaires chansons éphémères.

Il y a ceux qui sont des poÊtes ceux qui sont des pouets ceux qui poétisent ceux qui sottisent ceux qui écrivent des textes légers légers comme des bulles de savon qui volent au gré du vent ceux qui écrivent des textes qui font rêver des textes qui font voyager des textes qui font pleurer des textes à mourir de rire des textes à mourir d'ennui.

Il y a ceux qui écrivent des listes des listes de course des listes de choses à faire des listes d'invités des listes de blessés des listes de morts des listes pour ne pas oublier des pense-bêtes et des pense-ânes aussi parce qu'il y en a énormément des ânes mais des abbesses beaucoup moins.

Il y a ceux qui écrivent des lettres des lettres d 'amour des lettres d'adieux des lettres pour ne rien dire des lettres qui sont des appels au secours des lettres qui s'égarent des lettres que personne ne lit des lettres conservées précieusement en paquets attachés avec du satin rose des lettres dissimulées des lettres de rupture des lettres tâchées de larmes des lettres parfumées des lettres de refus des lettres anonymes des lettres d'excuse des lettres de remerciement des lettres de licenciement des lettres qui désespèrent.

Il y a ceux qui écrivent pour manger ceux qui dévorent ce que d'autres ont écrits pour manger et ceux qui dans l'indifférence meurent de faim.

Et vous dans tout ça ? Moi je sais pas j'écris j'écris. AU FOU ! AU FOU ! AU FOU ! je plie je tords je lamine j'usine j'assemble je façonne je forge ET LE BEAU ? LE BEAU ! LE BEAU ! je mécanique sans intention esthétique je rabote je polis je coupe j'agence je colle des mots les uns à côté des autres je cimente j'attache des lettres je comble des vides je bricole j'artisane je fabrique en équilibre en équilibre au bord d'un abîme. L'abîme des mots. L'abîme de la vie.

18.01.2015

Partout les bêtes fourmillent

A ton regard qui se perd

l'incertain

ce bras cette main cette peau

si claire

cette chair palpée molle sous

les doigts

à qui est ce corps épars

tu ne sais

Ton ventre – est-ce ton ventre ?

te brûle de mille maux

te tiraille de mille désirs

à tes lèvres se bousculent les mots

irruption incandescente

Partout les bêtes fourmillent dans la terre

que tu fouilles

à tes mains sous tes ongles

la matière agglutinée

brune répulsion

où tes pensées s'égarent

et ces voix qui résonnent

dans l'immensité de ta solitude

qui sont-elles ?

résurgences d'un passé oublié

ombres menaçantes sirènes mortifères ?

Dévastée

dans ce monde terrifiant

ton regard se perd

tu t'échappes

murée en de lointaines contrées

où nul ne peut t'effrayer

les lèvres closes

les yeux fermés

comme gisant de pierre blanche

Dans mes dérives nocturnes

à tes foulées les blés se courbent

et ton sourire embrase le ciel

tu ris tu cours

ton prénom est celui d'une déesse

mais déjà

ton regard se perd

mais déjà

ton regard se perd.

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