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poems - Page 2

  • Il ne me reste que cela

    La mer          noire
    et l'écume crachée par les vagues         blanche

    Le bleu-vert           de tes veines
    qui affleurait
    sous la peau diaphane de tes avant-bras

    Il ne me reste que cela

    Ni ton visage
    ni ton sourire qui irradiait l'espace
    ne viennent désormais hanter l'ordinaire de mes nuits

    Et le gris du ciel qui dévorait la lumière
    Et le rose pâle de tes ongles à l'extrémité de tes phalanges

    Il ne me reste que cela

    Rongée par le sel des années
    de ma mémoire rétinienne tu disparais

    Mais la béance est             là
                                                      douloureuse            infinie.

  • Déjà je sens ses ailes

    je regardais les reflets d'argent mourir sur l'estran
    et la lumière rasante du soir baigner ton visage
    j'aurais voulu caresser ta joue effleurer tes lèvres
    dans tes yeux je croyais deviner la mer
    aveugle à ta souffrance dans l'ombre embusquée
    je ne voyais que ton sourire illuminer l'espace
    je ne voyais que ton sourire
    crois-tu que nous aurons le temps
    il me semble déjà sentir ses ailes frôler mon visage
    bientôt le froid envahira mes membres
    et le silence nu viendra nous séparer
    crois-tu que nous aurons le temps
    crois-tu que nous aurons le temps
    de nous aimer encore un peu.

  • TER 6:35

    sous la morsure cruelle du gel
    le calcaire cette nuit a éclaté
    et le bois sous l'abri s'est fendu
    ce matin de ciel bleu acier
    entre mer et rails posées dérisoires
    tâches bleues tâches vertes
    blotties contre les fourrés
    protections illusoires
    tâches bleues tâches vertes
    abris de toile fragiles
    où dorment des hommes
    sous le regard blasé
    des passagers du TER de 6 heures 35
    qui file.

  • Indicible

    De l’arbre arracher la mousse le lierre et l’écorce

    Fouiller le sombre ronger le cœur écouter la voix

    des ombres

    Vouloir dissoudre la mémoire

    Griffer le derme oublier les visages les mains et les seins

    Étouffer les cris le bruit des bottes et celui des trains

    Vouloir ne plus savoir ne plus pouvoir voir

    Arracher la mousse le lierre et l’écorce

    Vouloir dissoudre la mémoire

    Les corps ne plus dénombrer jusqu'au vertige

    Fuir les regards et les miroirs

    Étouffer les cris les plaintes et les pleurs

    Éteindre les braises la chaux et les flammes

    Dissoudre la mémoire

    Ne plus avoir de mots pour dire l'effroi

    Arracher la mousse le lierre et l’écorce

    Fouiller le sombre ronger le cœur écouter la voix

    des ombres

    Vouloir dissoudre la mémoire

    Et savoir que cela demeurera

    Fouiller le sombre ronger le cœur écouter la voix

    des ombres

    Dissoudre la mémoire

    Savoir avoir toujours su

    Et que cela demeurera

    Et que cela demeurera

  • est-ce cela le monde où nous devons vivre

    J'ai suivi le chemin des douaniers

    celui qu'autrefois tu aimais emprunter

    j'ai descendu les marches taillées dans la roche noire

    regardé la mer grise à peine ridée

    ça et là dérivaient des lambeaux d'algues brunes

    au large

    on devinait de sombres langues de terre

    les îles sous la pluie

    j'ai foulé l'or éteint de la crique qui glaçait mes pieds nus

    est-ce cela le monde où nous devons vivre

    une plage pour seul tombeau

    j'ai laissé la mer lécher mes chevilles

    elle ne me réchauffait plus comme avant

    quand tu suivais le chemin côtier

    j'ai laissé l'écume se déposer sur ma peau

    et j'ai attendu que l'obscurité tombe

    le vent mordait mon visage

    au large on devinait quelques lumières tremblantes

    est-ce cela le monde où nous devons vivre

    la mer pour unique linceul

    j'ai laissé la nuit dissoudre mes derniers espoirs

    longé la grève pris le sentier côtier

    celui qu'autrefois tu aimais emprunter en me tenant la main

    et des gouttes d'eau mouillaient mon visage

    et des gouttes d'eau mouillaient mon visage