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19.02.2015

Concision 16

Parmi les décombres

Que sont nos rêves devenus ? 

Ici toujours le ressac.

15.02.2015

Concision 15

Rebelles campés

Au pied des tours de béton

Quelques brins d'herbe.

14.02.2015

Variation 4

Elle derrière blottie

tout contre Lui

assis en tailleur

Elle la bouche posée sur

l'épaule nue de

Lui sent la chaleur

de ses seins de ses lèvres

Elle de ses jambes de ses bras

enserre Lui

pose les mains sur

les genoux d'Elle

embrasse sa nuque son cou

Lui effleure la peau si douce

des cuisses d'Elle

le visage enfoui

dans les cheveux de

Lui qui voudrait demeurer

prisonnier d’Elle

à jamais.

07.02.2015

La fabrique de textes 5 : je m'agrippe

Je m'agrippe je m'accroche

Je m'agrippe à la paroi

Je m'accroche je m'agrippe

Je m'accroche à la roche

Je m'agrippe je m'accroche

Je m'agrippe à toi

Je m'accroche je m'agrippe

Je m'accroche à la vie

Je m'agrippe je m’accroche

Je m'agrippe je m’accroche

J'ai peur j'ai peur du vide

J'ai peur j'ai peur de l'abîme

J'hésite j'hésite à poursuivre

J'ai le vertige de vivre

le vertige de vivre

J'ai peur j'ai peur de ton absence

J'ai peur j'ai peur de ton silence

Je m'agrippe je m’accroche

Je m'agrippe je m’accroche

Je m'agrippe je m'accroche

Je m'agrippe je m'accroche

31.01.2015

La fabrique de textes 4 : ses lèvres

Je pose un doigt sur ses lèvres Je caresse ses lèvres J'aime caresser ses lèvres Lentement Doucement J'effleure sa bouche de mes lèvres Mes lèvres sur ses lèvres Je sens son souffle son haleine J'aime sentir son souffle tout contre mes lèvres Mes lèvres frôlent ses lèvres Mes lèvres jouent avec ses lèvres Ma langue lèche ses lèvres Lentement Doucement J'aime ses lèvres lorsqu'elles sont légèrement mouillées Des gouttes de pluie sur ses lèvres Le goût salé de l'océan sur ses lèvres J'aime quand elle passe sa langue sur ses lèvres J'aime quand elle mordille ses lèvres J'embrasse ses lèvres Lentement Doucement J'aime embrasser ses lèvres Je l'embrasse à pleine bouche Bouche contre bouche Lèvres contre lèvres Salives mêlées Sa langue s'insinue dans ma bouche Langues emmêlées Nos lèvres s'unissent se confondent ne font qu'une Ses lèvres sur mes lèvres Je presse mes lèvres sur ses lèvres Ses lèvres vermeilles Ses lèvres brûlantes Ses lèvres gonflées J'aime le contact de ses lèvres sur ma nuque Ses lèvres sur mon torse Ses lèvres sur mon ventre Lentement Doucement Un sourire sur ses lèvres Lentement Doucement Je pose un doigt sur ses lèvres.

24.01.2015

La fabrique de textes 3 : écrire, ça sert ?

A quoi ça sert d'écrire ? Ça sert à quoi ça ? A qui ça sert d'écrire ? Ça sert à qui ça ? Ça sert à quoi une question comme ça ? Ça sert à qui une question comme ça ? Comme quoi ? Comme ça. Ça sert à rien une question comme ça ! Écrire ça sert à ceux qui écrivent à ceux qui lisent ceux qui écrivent à ceux qui écrivent sur ceux qui écrivent à ceux qui lisent ceux qui écrivent sur ceux qui écrivent.

Écrire écrire écrire. Je les cherche les mots je les malaxe je les mélange je les remplace je les assemble je les triture je les combine je les écorche les mots je les apprivoise je les délimite je les encadre d'espaces. Des espaces entre les mots. De blanches césures. Comme un abîme. Un abîme de mots.

Écrire ça sert à plonger dans un abîme. Écrire ça sert à ceux qui plongent dans l'abîme des mots. L'abîme me donne le vertige. Les mots me donnent le vertige. Le vertige au bord de l'abîme. Le vertige à la lecture d'un texte. D'écrire le vertige me prend. Écrire c'est comme éprouver la sensation du vertige. Écrire comme dans un déséquilibre. Écrire au bord du vide.

Il y a ceux qui écrivent pour eux, seuls dans l’abîme. Pour un autre eux-mêmes.

Il y a ceux qui écrivent pour eux et qui rêvent que les autres les lisent. Il y a ceux qui écrivent pour être lus par d'autres et qui ne sont jamais lus. Il y a ceux qui écrivent pour être lus par d'autres et qui sont beaucoup trop lus.

Il y a ceux qui vivent pour écrire et ceux qui vivent d'écrire. Il y a ceux qui rêvent d'écrire mais qui ne le font jamais. Il y a ceux qui n'ont pas de rêves et ceux qui ne s'en souviennent pas.

Il y a ceux qui écrivent industriellement ceux qui écrivent parcimonieusement ceux qui écrivent comme des forçats ceux qui écrivent dans leur lit ceux qui écrivent tôt le matin à un bureau ceux qui écrivent à la main ceux qui écrivent sur un clavier d'ordinateur ceux qui écrivent sur une grande page blanche ceux qui écrivent dans un carnet – un moleskine c'est plus élégant – ceux qui écrivent lentement ceux qui tracent les mots avec application ceux qui n'arrivent pas à se relire ceux qui écrivent peu ceux qui écrivent trop beaucoup trop ceux qui raturent qui corrigent sans cesse ceux qui écrivent d'un seul jet comme ça d'un seul coup – la MAGIE de l'écriture - ceux qui écrivent compulsivement ceux qui écrivent dans la douleur ceux qui écrivent pour ne rien dire mais qui écrivent quand même.

Il y a ceux qui n'écrivent jamais. Ils n'ont pas appris à écrire ils n'ont pas besoin d'écrire ils ne veulent pas écrire ils n'ont pas ce désir d'écrire – désir, je te désire, nous nous désirons, ils se désirent, l'absence de désir - ils n'ont rien à écrire ils ont trop à dire ils ont peur d'écrire ils n'osent pas écrire ils essaient d'écrire mais ne vont jamais au bout – au bout de l'écriture est un point ultime, au bout de l'écriture est la mort. On leur a dit qu'ils n'étaient pas faits pour écrire, on leur a fait croire qu'écrire c'était pour les AUTRES – le DON d'écrire, le GÉNIE littéraire.

Il y a ceux qui écrivent pour exister ceux qui existent en écrivant et il y a ceux qui existent tout court. Il y a ceux qui écrivent pour donner des leçons AAAAH les DONNEURS de LEÇONS les FAUDRAIT QU'ON et ron et ron petit patapon !

Il y a ceux qui écrivent des chansons chansons tristes chansons d'amour, chansons réalistes chansons populaires chansons sur un air d'accordéon sur un air de bandonéon chansons sans prétention chansons délicates chansons fragiles chansons romantiques chansons nostalgiques chansons comiques chansons érotiques chansons révolutionnaires chansons éphémères.

Il y a ceux qui sont des poÊtes ceux qui sont des pouets ceux qui poétisent ceux qui sottisent ceux qui écrivent des textes légers légers comme des bulles de savon qui volent au gré du vent ceux qui écrivent des textes qui font rêver des textes qui font voyager des textes qui font pleurer des textes à mourir de rire des textes à mourir d'ennui.

Il y a ceux qui écrivent des listes des listes de course des listes de choses à faire des listes d'invités des listes de blessés des listes de morts des listes pour ne pas oublier des pense-bêtes et des pense-ânes aussi parce qu'il y en a énormément des ânes mais des abbesses beaucoup moins.

Il y a ceux qui écrivent des lettres des lettres d 'amour des lettres d'adieux des lettres pour ne rien dire des lettres qui sont des appels au secours des lettres qui s'égarent des lettres que personne ne lit des lettres conservées précieusement en paquets attachés avec du satin rose des lettres dissimulées des lettres de rupture des lettres tâchées de larmes des lettres parfumées des lettres de refus des lettres anonymes des lettres d'excuse des lettres de remerciement des lettres de licenciement des lettres qui désespèrent.

Il y a ceux qui écrivent pour manger ceux qui dévorent ce que d'autres ont écrits pour manger et ceux qui dans l'indifférence meurent de faim.

Et vous dans tout ça ? Moi je sais pas j'écris j'écris. AU FOU ! AU FOU ! AU FOU ! je plie je tords je lamine j'usine j'assemble je façonne je forge ET LE BEAU ? LE BEAU ! LE BEAU ! je mécanique sans intention esthétique je rabote je polis je coupe j'agence je colle des mots les uns à côté des autres je cimente j'attache des lettres je comble des vides je bricole j'artisane je fabrique en équilibre en équilibre au bord d'un abîme. L'abîme des mots. L'abîme de la vie.

13.01.2015

La fabrique de textes 2 : bouillie

J'ai les idées en bouillie comme de la purée de la purée de pommes de terre des pommes de terre cuites à l'eau des pommes de terre écrasées passées moulinées avec un vieux moulin en fer comme celui de ma grand-mère des pommes de terre mélangées avec du lait et une noix de beurre salé c'est bon la purée de pomme de terre quand elle est faite maison avec une noix de beurre salé c'est bon la purée de pomme de terre mélangée avec du gruyère ça s'étale dans l'assiette avec le dos de la cuillère ça remplit la bouche ça s'infiltre dans tous les interstices ça se répand partout ça dégouline la purée de pommes de terre ça sort de la bouche comme de la mousse ça gicle entre les dents c'est plus ou moins pâteux c'est plus ou moins liquide c'est plus ou moins compact la purée de pommes de terre avec une noix de beurre salé et du gruyère et une pincée de muscade en poudre et quelques grains de poivre plus c'est compact moins ça dégouline la purée de pommes de terre plus c'est inconsistant plus ça s'étale la purée de pommes de terre plus il y en a dans l'estomac moins il y en a dans l'assiette de la purée de pommes de terre purée de moine j'ai les idées en bouillie c'est bon la purée de moine avec du lait une noix de beurre salé quelques grains de poivre une pincée de poudre de muscade et du gruyère râpé c'est bon la purée je vous le dis j'ai les idées en bouillie.

24.11.2014

Malgré tout vivre

Depuis longtemps depuis les bancs de mon enfance

je crois que j'ai deux vies

l'une de conformisme de soumission et de compromissions

l'autre de révoltes de dissidence et de passions

l'une faite d'ordre et de cohérence

l'autre de chaos et de contradictions

dans l'une les apparences sont sauves

dans l'autre les faux-semblants se fissurent

l'une est peuplée de certitudes géométriques

l'autre de doutes plus sucrés que des grains de grenade

dans l'une mes costumes sont aussi sombres que l'hiver

dans l'autre mes habits sont ceux des trouvères

l'une est de cadrans analogiques qui règlent mes pas

l'autre est de quais de gare où les trains sont toujours sur le départ

dans l'une mes phrases ont l'aridité du réglementaire

dans l'autre je fredonne les paradis perdus

Depuis longtemps je crois aussi que j'ai deux cœurs

l'un accorde ses sentiments avec parcimonie

l'autre est tendre comme celui des artichauts

Depuis longtemps depuis les bancs de mon enfance

je crois que j'ai deux vies

Depuis longtemps depuis les bancs de mon enfance

j'essaie de vivre malgré tout.

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23.11.2014

Variation 3

Lui de sa bouche

effleure ses lèvres

les rides de son front

Elle ferme les paupières

Lui embrasse son cou

le creux de ses reins

son ventre si doux

Elle à ses épaules

les mains accrochées

murmure qu’Il est fou

Elle Lui s’étreignent

comme si c’était

la dernière fois.

16.11.2014

La fabrique de textes 1 : suis-je assez clair ?

e x p l i q u e r

é c l a i r c i r

rendre clair donner de la

c l a r t é

et si je ne comprenais pas

ce que précisément j'explique 

comment expliquer ce que j'explique ?

l'explication doit cesser

oui mais la c l a r t é

suis-je assez clair ?

lueur OUI lueur

entrevoir une lueur

c'est facile à comprendre NON ?

voir clair

les faits sont clairs – pour qui ?

c l a r t é c l a i r

enfin

c'est clair comme de l'eau de roche

c'est clair comme de l'eau de source

c'est clair comme de l'eau de boudin

c'est clair comme de

c'est clair et net

c'est clair

NON ? NON ?

c l a r t é

clarté cognitive cog ni ti ve COG NI TI VE

COG NI QUOI

e x p l i c i t e e x p l i c i t e r

transparence

croyance mythe

c l a r t é OUI mais OUIII

c l a r t é

suis-je assez clair ?

06.11.2014

Variation 2

Lui à la fenêtre la cigarette

aux lèvres dans

la lumière crue

Elle nue recroquevillée perdue dans

les draps blancs endormie

Lui regarde sourit Elle

s’éveille regarde Lui

marche se penche Elle

Lui s’embrassent s’enlacent

s'aiment à

petits cris.

18.10.2014

Variation 1

Elle la main sur

le drap relâchée

sur ses reins Lui

la jambe pliée

de l’autre main Elle

caresse le sexe de

Lui la bouche perdue

sur sa nuque

Elle les yeux grands ouverts

Sous le regard du

miroir suspendu.

Ecrire

Poser un mot

le polir comme galet

construire le sens prendre le temps

et dans toute sa dimension

poser encore un mot

puis un autre

et un autre encore

comme graviers blancs

tracer l’allée qui serpente

artère de l’existence.

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09.08.2014

Poems : « Cheveux emmêlés », YOSANO Akiko.

22510100460450L.jpgCeux qui lisent de temps en temps ce blog savent que la littérature japonaise est l'une de celles qui m'intéresse particulièrement. Au fil de mes errances, j'ai découvert « Cheveux emmêlés » de Yosano Akiko, attiré par le titre de cet ouvrage et le nom de l'auteure. Le premier texte parcouru rapidement m'a tout de suite donné envie de poursuivre la lecture :

« Rideau de la nuit

Où s'épuisent les murmures

Dans les étoiles

Tandis qu'ici-bas les hommes

Ont les cheveux en broussaille. »

Passion, sensibilité, amour, sensualité traversent les textes qui, par leur genre poétique (tanka, en 5 vers et 31 syllabes), sont d'une pureté à vous laisser rêveur, le livre ouvert, les yeux perdus, dans un doux ravissement :

 « Court est le printemps,

Qu'y a-t-il dans la vie

Qui soit immortel ?

Et j'autorisai sa main

Sur la rondeur de mes seins. »

Publié en 1901, ce recueil de 399 textes est considéré comme une œuvre capitale du romantisme japonais.

« Cheveux emmêlés », YOSANA Akiko, Les Belles Lettres, 2010.

02.08.2014

Review : Clara Engel, une artiste sans concessions

Radicale, de l'ordre du tout ou rien.

Ces qualificatifs, je crois les avoir déjà employés pour caractériser comment l’œuvre de Cheval Blanc - même si leur style n'est pas comparable - peut être reçue.

Je pense que l'expérience est de la même nature à l'écoute des chansons de Clara Engel, jeune artiste indépendante mais déjà auteure d'une dizaine d'albums depuis 10 ans.

J'avais déjà grappillé ça et là dans ses productions, troublé non seulement par son chant mais aussi par l'une de ses pochettes (celle d'Ashes & Tangerine).

ClaraEngel a&t.jpg

En fait, ce portrait me semble représentatif de ce qui émane du travail de Clara Engel : une beauté qui refuse les effets faciles de la séduction, une œuvre qui refuse les concessions, une fragilité sombre douée d'une force née au plus profond.

Ici, il n'y a pas de place pour les artifices de la facilité.

Non, Clara Engel trace sa route singulière, une voie où la sensibilité règne, une voie où un rock profond et lyrique rôde, une voie où la tension nous prend littéralement au corps au détour d'une phrase musicale.

Et parce que le monde n'est pas que ce que nous percevons,

et parce que nous ne sommes jamais ce que nous montrons,

la dissonance qu'instille Clara Engel dans nombre de ses compositions est, me semble-t-il, une pièce maîtresse de son travail artistique.

Nous ne sommes jamais loin de la perte de l'équilibre, de la brisure, de la rupture.

C'est sans doute l'une des grandes réussites de Clara Engel que de nous emmener au point de bascule : là où les apparences deviennent des incertitudes, là où l'horizon devient soudainement trouble.

Exercice délicat parce qu'à nous placer au bord du gouffre, l'inconfort nous guette.

Mais la force de son chant, la profondeur et la puissance qui en émanent, la poésie incandescente de certains de ses textes, l'énergie viscérale de ses compositions sont là pour nous aider à poursuivre ce chemin unique en sa compagnie :

« I lift a latch
and I step into a glittering sky
I found a trapdoor in this wretched night
an amethyst eye
in the void »

Seules trois chansons de son dernier album « Looking​-​Glass Fire » réalisé en juin 2014 sont actuellement en écoute sur sa page bandcamp dont la superbe « My Beloved's Pulse » dont j'ai cité un extrait :

Profitez-en pour découvrir ses précédents albums. Voici une trop courte sélection de quelques-uns de mes titres préférés qui vous permettront, je l'espère, de découvrir l'étendue du talent de Clara Engel.

Tout d'abord, deux chansons magnifiques extraites de très bel album "The Bethlehem Tapes" paru en 2010 :

 

"Song to the Sea Witch (Disembody My Voice)", titre flamboyant extrait de l'album The Lovebird's Throat réalisé en 2012 :

"Tangerines" de l'excellent opus "Ashes &Tangerines" paru en 2014 :

 "Blind me" qui figurait dans "Secret Beasts" réalisé en 2009 :

"Whip Dance" de son album éponyme paru en 2006 :

 "Cousin Mary" et ses choeurs, présente sur l'EP du même nom en 2006 :