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31.03.2020

containment journey - March 31, 2020 : De la démagogie

"Il n'y a rien de plus bas, et qui convienne mieux au peuple, que de parler en des termes magnifiques de ceux mêmes dont l'on pensait très modestement avant leur élévation."

Jean de La Bruyère, Œuvres de La Bruyère, Chapitre XII, Des jugements.

Je me plonge dans la lecture d'un dictionnaire de citations "Dictionnaire du parfait cynique" qui avait été déposé dans une boîte à livres pour tous. Un peu de mal à me concentrer sur des romans ou des essais depuis hier.  Et si "ceux mêmes" était remplacé par "personnels de santé" ?

 

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Song of the Day : "Orange Tree" by Hilary Woods

Chanson extraite de l'album "Birthmarks" à découvrir sur bandcamp.

 

30.03.2020

containment journey - March 30, 2020 : De la neige

Depuis une demi-heure, des flocons de neige virevoltent.

Une danse légère anime l'espace entrevu par la fenêtre de la pièce où je surveille mes mails professionnels.

Même si le ciel est bas, d'un gris laiteux, ce ballet apporte une gaieté aérienne.

Je me remémore les bonhommes de neige de mon enfance. Ma mère nous fournissait une carotte éclatante de couleur comme guise de nez. Le froid engourdissait nos doigts.

C'était encore le temps de l'insouciance, de joies simples et magnifiques.

Le plaisir de déguster une clémentine aux étrennes. Pour chaque nouvelle année, notre arrière-grand-mère nous offrait une clémentine et quelques chocolats dans un petit sachet qui crissait sous les doigts. Nous dégustions chaque quartier, un à un, comme si ce fruit était un cadeau royal. Il n'y avait pas abondance de biens à l'époque.

Le plaisir de déballer avec lenteur et précaution les quelques cadeaux de noël placés sous le sapin. Ils n'étaient pas légion mais tellement extraordinaires. Une année, mon grand-père et mes parents m'avaient offert des outils de menuisier, lui qui aimait travailler le bois. Des outils à ma taille d'enfant, disposés dans une caisse rectangulaire de bois. J'ai encore le niveau à bulles, il est si petit et pourtant si grand dans ma mémoire.

Ce matin, la neige tombe.

Est-ce pour annoncer de nouveaux temps ?

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Album of the Month : "Grande est la maison" by Cabane

Alors que la neige tombe en cette fin de mois de mars, voici un album tout en délicatesse. Paru, il y a déjà quelques semaines, "Grande est la maison" délivre dix titres où flotte une douce mélancolie. Composé par Thomas Jean Henri, avec Sean O’Hagan aux arrangements des cordes, cet opus est l'occasion d'écouter deux invités, Bonnie « Prince » Billy et Kate Stables (This Is The Kit), qui, par leur interprétation, ne sont pas pour rien dans la magie enchanteresse de cet album.

A découvrir et à commander sur bandcamp.

 

29.03.2020

containment journey - March 30, 2020 : Distances, incertitude, politique

Le mari de ma fille a repris le travail en Chine avec des règles à respecter : interdiction d'être à moins d' 1,5 m d'une autre personne, port d'un masque obligatoire pendant toute la période de travail. Les surfaces de contact sont nettoyées régulièrement avec une solution à base d'eau de javel.

Mes petits-enfants ne reprendront pas l'école avant le 10 avril au plus tôt.

Je ne sais plus quoi penser. Les consignes sur la distance de sécurité sont très variables selon les pays. Notre pays figure dans ceux qui recommandent la plus courte : 1 m seulement. Pourtant, les consignes données aux livreurs dans un guide gouvernemental préconisent au moins 2 m lors de la livraison.

Il y a déjà plusieurs semaines, j'avais entendu un médecin français indiquer qu'il fallait au moins 1,8 m (appliqué aux Etats-Unis désormais). D'autres pays suivent les recommandations de l'OMS : au moins 2 mètres.

Une étude chinoise aurait montré que le virus pouvait contaminer une personne à plusieurs mètres dans un lieu confiné (étude sur la propagation dans un bus).

On mesure combien la communauté scientifique manque encore de connaissances sur cette pandémie et ce virus. Ses différences d'avis en attestent. Il est normal qu'il y ait des divergences, des incertitudes quand les recherches ne sont encore qu'au début. La science est le lieu du débat. La science n'est pas de la voyance.

Pourquoi alors la France ne suit-elle pas, par précaution, au moins la recommandation de l'OMS ?

Le politique ne peut agir comme le scientifique. Même s'il peut s'appuyer sur des données et conclusions scientifiques étayées et considérées comme valides par la communauté scientifique (et non des avis qui relèvent de l'opinion, voire de la prédiction dans le cas de cette pandémie), il est de sa responsabilité de prendre des mesures qui visent à protéger les citoyens sans que d'autres intérêts interfèrent. Cela demande donc d'oser affronter l'incertitude immanente à toute praxis y compris au détriment de la perte de ses mandats. Cela exige de la volonté, une absence de calcul pour assurer son propre avenir politique, d'assumer pleinement ses décisions y compris en renonçant à l'exercice du pouvoir en cas d'erreur ou de faute. Est-ce cela que l'on dénomme du courage ?

 

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Song of the Day & EP of the Month : "Blue" & "Common Sense" by Viagra Boys

Je monte le volume, dès les premières notes, "Blue" des Viagra Boys s'empare de l'espace. Et cette voix ! Ah je veux aller en Suède me plonger dans ce rock terriblement addictif  ! Extrait du dernier EP "Common Sense" paru en 2020. 4 titres aussi bons les uns que les autres ! Un régal ! 

Leur premier album "Street Worms" paru en 2018 est aussi une pépite. Il n'y a qu'à écouter "Just Like You" pour découvrir que ces suédois ne se contentent pas de quelques trucs basiques. On découvrira dans cet opus des irruptions superbes de saxo, des lignes de basse obsédantes ! Non, le rock n'est pas mort, il est éclatant du côté du Nord !

 

28.03.2020

containment journey - March 28, 2020 : De la servilité

Peut-être conviendrait-il d'analyser ce à quoi nous assistons dans la gestion de cette crise sanitaire avec un peu de distance ?

Cette pandémie ne met-elle pas au grand jour ce sur quoi reposent nos organisations, notamment celle de l'Etat ?

N'est-elle pas l'événement par lequel s'opère un dévoilement critique ?

Servilité, docilité, soumission, hiérarchie, discipline, punition, sanction, récompense, mérite, conformisme, normalisation, ne sont-ils pas les fondements de ces organisations?

Ne serait-ce pas pour cela qu'elles ont été sourdes et aveugles ?

Je sais : nous avons tous envie de marcher, de courir, de rire et de laisser nos corps se réchauffer sous ce magnifique soleil printanier.

Mais, confinés que nous sommes, pourrions-nous en profiter pour un moment de pause réflexive :

- que voulons-nous pour nous tous ? qu'est-ce qui est essentiel ?

Je rêve de nager dans la houle, de poser mes lèvres sur celles salées de ma princesse.

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Songs of the Week :"Bien certain" & "Sans l'oublier" by Ezechiel Pailhès

Deux chansons extraites du prochain album d'Ezechiel Pailhès ce matin. Je me laisse porter par cette douce mélancolie, ces mélodies, ce chant au service de la musicalité des textes. Outre les chansons qu'il écrit, Ezechiel Pailhès met en musique les vers de William Shakespeare ("Bien certain"), Victor Hugo, Pablo Neruda et de la poétesse Marceline Desbordes-Valmore ("Sans l'oublier " entre autres). Cette dernière fut la pionnière du romantisme. Elle influença notamment Verlaine et fut la poétesse précurseuse de la poésie française moderne. 

"...nous sommes du même pays, Madame, du pays des larmes et de la misère." écrivait Honoré de Balzac.

Track of the Day : "Ariel 1000" by Romane Santarelli

Titre extrait de l'EP "Quadri", 2020.

26.03.2020

containment journey - March 26, 2020 : Des solidarités dans les "quartiers"

Pour des raisons professionnelles, je suis en relation avec de nombreuses associations exerçant leur action dans des domaines variés. Un bon nombre d'entre elles agissent au sein de ce qui est appelé "les quartiers" dans les médias. Ceux-ci s'intéressent, bien souvent plus, au confinement et aux incidents qu'à la solidarité, l'entraide, l'engagement, le civisme, le "bricolage inventif" qui s'y déploient.

Je peux témoigner que, depuis plusieurs jours, des habitants, des bénévoles, des salariés d'association ou de structures d'insertion prennent des initiatives remarquables : organisation d'aide alimentaire, courses pour les personnes âgées, aide aux parents et à leurs enfants démunis face au numérique scolaire, lien social par téléphone pour les personnes isolées et vulnérables, information des jeunes pour respecter le confinement, entretien des halls des immeubles, information pour les précautions à prendre, etc.

Ces associations dans les "quartiers", bien souvent fragilisées depuis des années par la limitation des subventions, le nombre d'appels à projets, la multiplication des dossiers de demande de financements apparaissent pourtant comme celles qui n'ont pas attendu des consignes pour prendre des initiatives. 

Comme me le confiait ce jour un salarié de l'une d'entre elles , "notre travail se fera et se poursuivra  quand la crise sera derrière et que les caméras auront disparu". "Les difficultés sont toujours les mêmes". Un autre " cette crise a au moins le mérite de voir où sont les gens de peu, les laissés pour compte, les invisibles... Il va bien falloir que tous ensemble, sur les quartiers, on pousse nos coups de gueule à l'unisson...".

Cette crise ne fait que révéler ce que nous savons déjà :

- ce sont les plus démunis, les plus précaires, qui vivent dans les moins bonnes conditions (de logement, de travail...) qui prennent toute crise de plein fouet ;

- la course au tout numérique (pour faire soi-disant des économies) met encore plus en difficulté ceux qui sont les plus démunis.

En témoignent ces parents, enfants et jeunes désemparés avec la mise en place de solutions par le numérique dans la crise actuelle. Comment faire lorsque l'on a pas de connexion, pas d'ordinateur ou pas d'imprimante ? Heureusement, là encore, des enseignants, des animateurs, essaient de "bricoler" des solutions. Comment vont faire ceux qui devaient aller à Pôle Emploi ?

On voit bien que cette crise ne fait que rendre criantes les profondes inégalités dans notre société et les choix guidés principalement par les intérêts du marché financier (et donc de quelques uns) et non pas par l'intérêt de tous. 

Je n'ai pas de ressentiment particulier envers tous ceux qui profitent de leur confinement dans leur résidence familiale ou secondaire sur la côte basque, dans l'île de Ré et ailleurs. Je leur demande juste un peu de décence : s'il vous plaît, épargnez-nous vos états d'âme ! 

Quant à moi, je vais retourner à mon travail à distance et faire ce que je peux d'où je suis. C'est à dire bien peu au regard de tous ceux qui, dans les hôpitaux, les supermarchés, les "quartiers", les transports et j'en oublie tant ils sont nombreux, font juste ce qu'il est possible de faire.

Je suis en rage d'être une personne vulnérable ! Je voudrais pouvoir être aux côtés de ceux-là.

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25.03.2020

containment journey : March 25, 2020

Du balcon, je regarde un de mes voisins à côté de sa voiture. Personne d'autres que lui dehors. Il porte un masque et des gants. Il vérifie juste l'état de sa voiture. Il est à la retraite depuis une dizaine d'années. Avoir peur est humain. La peur nous mène à des conduites qui nous surprendraient en d'autres conditions. Etre rationnel exige un effort, une analyse, un raisonnement qui nous met à distance de notre expérience, de nos émotions.

J'ai sans doute plus de probabilités de mourir à cause du tabac. N'empêche ! J'appréhende chaque sortie. Je crains d'être atteint par ce virus, de contaminer ma princesse, de mourir seul dans un hôpital sans avoir embrassé une dernière fois ceux que j'aime. La peur guide mes précautions.

A midi, j'ai pesé la quantité de pâtes et de protéines du repas. Manger uniquement ce qui est nécessaire à nos besoins sans écouter notre appétit. J'essaie d'être rationnel.

Je suis Un et à la fois Plusieurs.

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Song of the Week (2) : "The Day After That" by Matt Elliott

Les précédents albums de Matt Eliott étaient magnifiques et le prochain "Farewell To All We Know" promet de l'être encore à l'écoute de ce titre.

24.03.2020

containment journey : March 24, 2020 (2)

Je viens de rentrer du ravitaillement mené sous un soleil éclatant mais qui m'a fait salement transpirer.

Contrairement à certains "écrivains" ou autres "réfugiés" sur l'Ile de Ré, la côte basque, en Bretagne, en Normandie... qui tiennent un journal en ces jours glaçants, je vis dans un appartement avec ma princesse. Pas dans une résidence secondaire. Qui a les moyens de s'offrir une maison à l'île de Ré ! Allez, levez le doigt ! Non, un appart banal au second étage, entre les bruits du 3e, ceux du 1er et ceux des talons qui claquent dans la cage d'escalier. Je ne vois pas la mer, ni la verte campagne mais, heureusement, le ciel bleu, des rues goudronnées et d'autres immeubles. Un appart acheté avec un emprunt de 25 ans par ma princesse vu son salaire. On va pas se plaindre non plus, on a de quoi se loger, manger et même du superflu : une connexion internet, les moyens d'acheter des livres et des disques, de sortir de temps en temps, un téléphone portable avec une version Androïd démodée et de s'offrir 15 jours de vacances par an ailleurs. Pour s'évader, et oublier aussi qu'on doit s'lever à 6h15 tous les matins pour attraper un train, boulot oblige. Et parce que dans la ville où on bosse, y a pas moyen d'y vivre vu la spéculation immobilière qui y règne. On les remercie, nous, tous ceux qui font monter les prix des locations et de l'immobilier. Loi de marché oblige, me direz-vous. Enfin, heureusement, nous avons un balcon. P..., vous pouvez pas vous imaginer le plaisir que c'est de manger sur ce balcon. En voilà, un p'tit plaisir du quotidien. Y en a qui n'ont même pas ce plaisir. Y en a qui n'ont que des bancs pour dormir.

Bon là, je dérive, je dérive.

Je viens de rentrer du ravitaillement. Je suis allé à la petite supérette de mon quartier où je me rends de temps en temps. Un couple travaille sans cesse, se montre toujours aussi accueillant et fait un brin de causette. Ça fait du bien d'échanger quelques mots. Et puis, j'ai vu la boulangère chez qui je me sers habituellement. Elle m'a même proposé de me livrer parce qu'elle sait que je dois éviter de sortir. Alors qu'ils sont débordés et essaient de s'occuper de toutes les personnes âgées du coin, leurs fidèles clients qui ont du mal à se déplacer. Voilà, c'est cela la vie quotidienne dans mon coin. Je lui ai dit que je viendrai le chercher, mon pain. Vous avez assez de travail comme cela. C'est peut-être maintenant que les gens vont découvrir combien les "petits commerçants" sont appréciables ! Euh je pense pas. Parce qu'après quand l'orage sera passé, nous allons tout oublier, trop heureux que nous serons d'avoir échapper à cet épisode sanitaire. Vous m'direz, je suis trop pessimiste. J'sais pas. Peut-être un pessimiste optimiste ou lucide. Oui, lucide, c'est peut-être le terme approprié. Lucide, ce mot me plaît. Et sa sonorité est bien agréable.

J'aimerais voir la mer, nager avec ma princesse dans l'océan, pouvoir m'allonger à l'ombre des pins. Mais, ma princesse, là, en ce moment, elle bosse encore à distance, parce que les échéances, faut les tenir. Non, mais ! 

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containment journey : March 24, 2020

Le ciel est terriblement bleu. Aucun enfant dans les rues. Seuls des oiseaux vaquent à leurs occupations.

Se souvenir des déclarations du ministre de l'Education, M. Blanquer. Il y a si peu, et pourtant comme déjà très lointaines, d'un autre temps.

Dans une interview encore disponible sur France Info (jusqu'à quand ?), il déclarait "nous n'avons jamais envisagé la fermeture totale des écoles parce qu'elle nous semble contre-productive"

J'ose espérer que notre ministre réfléchit à quelques sujets possibles du baccalauréat :

- peut-on fonder une décision politique sur un avis scientifique ?

- en quoi consiste la critique ?

- science et idéologie ;

- la production de connaissance est-elle indépendante d'intérêts ?

- responsabilité et culpabilité ;

- doute et décision ;

- la voyance est-elle une science ?

- dans quelles conditions, se taire est-il une nécessité ?

Il faut que je prépare une liste de ravitaillement. Voici mes préoccupations de ce jour : sortir en prenant des précautions vu que je suis une personne à risques, ne rien oublier dans les achats afin de rester confiné le plus longtemps possible, ne pas oublier le pain, les cigarettes si il n'y a pas trop la queue.

Hier, lors de ma courte promenade, j'ai vu qu'un voisin avait stocké au moins 20 packs d'eau dans son garage.

M. le ministre de l'Education : quelle est la quantité minimale de litres d'eau stockée par mon voisin fort sympathique au demeurant ? Sachant qu'un pack contient 6 bouteilles. Pensez M. le ministre qu'une bouteille peut avoir une contenance variable. Si besoin, demandez à la caissière de votre supérette si vous faites vos courses vous-même.

 

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Song of the Week : "Shine" by Yael Naim

Ce matin, pendant que ma princesse travaille à distance dans une autre pièce je me laisse porter par la voix magique de Yael Naim.

Par la fenêtre, je vois le ciel toujours aussi bleu. Les rues sont désertes. Sensation étrange que d'entendre ce chant se déployer dans ce calme apparent.

Chanson extraite du dernier album "nightsongs" paru récemment.

 

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23.03.2020

containment journey : March 23, 2020

Chaque jour, le décompte macabre tombe. Déjà plusieurs médecins.

C'est terrible à écrire mais je suis presque soulagé. Soulagé que ma mère, atteinte d'un cancer, et ma grand-mère, plus que centenaire et très affaiblie, soient décédées récemment à quelques mois d'intervalle.

Comment aurais-je pu les ravitailler en n'habitant pas à proximité ? Qui se serait occupé d'elles ? Quel réconfort, quelle aide auraient-elles pu trouver et auprès de qui dans leur solitude ?

J'ai marché un peu sous les rayons du soleil. Y avons-nous cru qui que nous soyons ? C'était tellement lointain.

Le calme dans la ville. Sidération. 

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On my turntable this week (5) & Album of the Month(2) : "Luxe Misère" by Sages comme des sauvages

J'ai reçu le double LP "Luxe Misère" de Sages comme des sauvages quelques jours avant le confinement. Je ne l'avais pas encore ouvert. Après avoir travaillé à distance depuis ce matin, les deux galettes tournent sur la platine. P.... que ça fait du bien ! Ah ces deux-là m'avaient enthousiasmé lors de la sortie de leur premier opus "Largue la peau" . Je l'avais chroniqué à l'époque. Et puis, ils avaient accepté un entretien du temps où j'avais un peu de temps. En me "taclant" au passage sur l'emploi du terme "projet". Ils avaient bien raison !

Avec "Luxe Misère" tout est annoncé et, si la musique et le rythme sont fréquemment entraînants et ont des accents de joie, il convient de prêter une oreille aux textes qui sont bien plus graves que cela pourrait paraître. Je me souviens que mon directeur de mémoire de 3e cycle m'avait dit un jour pour que je rectifie le tir : "De la légèreté dans l'écriture ! Y compris dans l'écriture scientifique, vous pouvez être léger et sérieux !" C'était un passionné de littérature. Il considérait que celle-ci nous disait beaucoup sur notre monde. Bien plus que la science en de nombreux domaines. 

Avec c'est Comme des sauvages, c'est quelque chose de comparable qui m'enchante : une forme de fraîcheur et de légèreté.

Un double LP avec deux titres bonus à découvrir absolument. Vivement que j'ai l'occasion de pouvoir les écouter sur scène un jour !

Quelques-uns de mes titres préférés :

 

 

 

22.03.2020

containment journey : March 22, 2020

Un accord a été trouvé samedi entre les fédérations du bâtiment et le gouvernement français pour maintenir au maximum l'activité sur les chantiers. Celles-ci et les ministres s'étaient invectivés la semaine dernière par médias interposés. Muriel Pénicaud, ministre du Travail, aurait accusé une fédération du secteur de "défaitisme".

En Italie, le gouvernement décide de fermer "toute activité productive qui n'est pas strictement nécessaire, cruciale, indispensable pour garantir les biens et les services".

Si les propos de Madame Pénicaud sont avérés, que penser : Aveuglement ? Inconscience ? Méconnaissance du mode de propagation virale ? Primauté de l'économie sur la santé de la population ? Duplicité ?

Le terme de défaitiste me fait penser aux plus sombres heures de notre siècle dernier, celle où ceux qui se battaient pour la paix et le désarmement furent traités de "défaitistes". Ceux-là ne furent pas les derniers à se battre ou à résister quand il le fallut !

J'éprouve un profond, un irrépressible écoeurement à la lecture de ces propos rapportés. Nul n'est digne d'être en charge de responsabilités à l'Etat lorsqu'il est confirmé qu'il se comporte comme cela.

Ce dimanche après-midi est cruellement éclatant de soleil, aucun bruit de moteur. 

Je ne sais pas si je vais continuer à consulter la presse sur internet, à supporter ces informations.

Peut-être vais-je me réfugier dans la musique, dans la lecture ? Me contenter d'inventorier mes maigres réserves de nourriture, calculer le moment où je vais être obligé de sortir pour me ravitailler, peut-être pour de longues semaines. 

J'ai décidé de déguster chaque semaine une des bonnes bouteilles que j'avais dans la cave. 

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Song of The Day : "Le Sud" by Nino Ferrer

J'ai laissé ma princesse dormir ce matin.

Quand, elle s'est éveillée, j'ai embrassé la peau au creux de son épaule. Elle était douce et chaude.

J'avais déjà fumé quatre cigarettes.

containment journey : March 17-21, 2020

17 mars :

Ma princesse éclate en sanglots ce matin. Elle n'arrive pas à se connecter à distance à son espace de travail. Pour le moment, ses échéances de travail ont été maintenues. Rien n'a été décalé comme si rien ne s'était passé. Elle réussit à joindre quelqu'un. Dans l'urgence, on ne lui avait pas donné des indications importantes. Impréparation totale, désorganisation - y compris au sein de services d'état. Rien n'a été anticipé.

18-21 mars :

Il est curieux d'entendre l'expression "Etat Providence" dans la bouche de ceux-là même qui n'ont eu de cesse de le saper depuis des années. Est-il possible de croire en leur sincérité ?

Je n'aime pas ce mot "guerre". Ce n'est pas un conflit. Il est étrange d'entendre ce ton martial après des semaines d'atermoiement.

Nous parvenons à faire quelques courses. La folie s'est calmée. Je prends d'infinies précautions en allant chercher du pain. Paradoxe. Le tabac m'empoisonne doucement mais sûrement et je crains qu'un virus me contamine.

Pour le virologue Hervé Fleury interviewé dans un quotidien régional,  "nous aurions dû faire confiance aux scientifiques chinois". Serait-ce cette "prétention française" qui nous est souvent reprochée quand nous sommes à l'étranger ? Un révélateur de notre ethnocentrisme ?

La pénurie de masques est dévoilée par les médias (L'Opinion) : "les premières commandes de masques ont été passées autour du 27 janvier dernier". Comment a-t-il été possible d'être aussi imprévoyant, négligeant ? D'autres articles sont terrifiants si ce qui y est affirmé s'avère véridique : dès 2016, l'actuel directeur général de la santé avait informé que la France n'était pas prête pour une épidémie.

Je n'ai pas de colère, juste un sentiment amer. Je ne me suis jamais fait vraiment d'illusions.

Nous ne tirons jamais les leçons de l'histoire.

Le jour venu, il faudra que ceux qui avaient le pouvoir de prendre des décisions rendent des comptes. Négligence, impréparation, mise en danger de la vie d'autrui, de celle des personnels de santé, de supermarché, des livreurs, des pompiers, de tous ces anonymes qui continuent à travailler pour assurer notre quotidien, des citoyens.

Samedi, nous marchons sous le soleil de printemps. J'avais oublié que le printemps était là.

Le printemps me semble déjà si lointain.

 

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