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Album Review - Page 5

  • Album of the Month : "Fruit mûr" by Claire Redor

    Chère Claire,

    J'espère que vous ne vous offusquerez pas que j'emploie votre prénom "Claire" plutôt que le "Madame" d'usage. Voyez-y plus une marque de profond respect que de la familiarité. Et puis, ce prénom vous sied plus que celui de Madame à mes yeux. Il me semble correspondre à cette grâce éclatante dont votre album est porteur.

    Samedi, j'ai découvert dans ma boîte aux lettres une enveloppe. Il y avait à son dos en lettres noires écrites à la main l'initiale de votre prénom, votre nom et une adresse. Et puis aussi un "Merci". J'ai alors compris qu'il s'agissait de votre disque que j'attendais avec impatience. J'ai plaisir à vous imaginer tracer toutes ces lettres pour chacun de ceux qui vous ont soutenu. J'ai plaisir à vous imaginer préparant l'expédition un peu partout en France de ce premier album. Onze titres qui réuniront autour de leur écoute des personnes dispersées dans l'Hexagone et qui  ne se rencontreront probablement jamais pour la plupart d'entre elles si ce n'est autour de vos onze chansons. Vous avez pris le temps de réaliser ce premier opus depuis vos premiers EP où, déjà, vous faisiez preuve de cette grâce lumineuse, fragile et délicate.

    Vous aviez, bien avant, adressé votre album en version digitale mais je voulais le découvrir dans son écrin. Je voulais pouvoir le déguster tout en parcourant son livret. Je voulais l'éprouver matériellement, physiquement.

    J'ai pris le temps de le faire mien, ignorant les critiques élogieuses si rapidement parues. 

    Comme la pierre longuement sculptée, comme le bois ciselé patiemment, comme le cuir tendrement travaillé, vos chansons savent des instants intimes peindre, à petites touches délicates, les tourments et la beauté fragile. Avec pour compagnons des orfèvres, bien trop méconnus, que sont les Sammy, Floé, Erwan et bien d'autres, vous tissez peu à peu votre toile ensorceleuse : de "Rouge à lèvres" à "Ainsi la nuit", de "Donant" à "Alpage", pas un mot de trop, pas une note de trop, pas un de ces arrangements à l'artifice facile et accrocheur. Non, rien qui ne vienne troubler votre parole singulière, votre sereine sincérité. Il y a dans votre écriture comme dans  "Alpage", "Donant", "Ainsi la nuit" - et tant d'autres - une économie qui donne place à la grâce de ces instants, une écriture qui m'évoque cette sobriété rencontrée chez des écrivains ou poètes japonais où la grâce des émotions, des sentiments, de l'éprouvé et de la concision, vient sereinement, doucement, affleurer.

    Vous m'aviez déjà conquis et vous récidivez.

    Restez comme vous êtes, Chère Claire, gardez cette troublante sincérité et ne vous laissez pas emporter par le succès critique, bien souvent éphémère, ou par les vagues méchantes d'une production pour un nouvel opus qui viendrait ternir cet indien éblouissant à votre rivage que vous chantez si bien. Mais, votre "Fruit mûr" démontre, s'il en était besoin, que nul ne pourra vous faire dévier de votre sentier tranquillement tracé.

    Au plaisir de vous écouter un jour en concert.

    Play B.

     

  • Album of the Month : "EVERYBODY KNOWS MICKEY" by This Will Destroy Your Ears

    D'accord, c'est un album paru en 2022 et alors !

    D'accord, on pourrait, dès le premier morceau "Horse Pill", y reconnaître plein d'influences et alors !

    C'est addictif à souhait, c'est bourré d'énergie, c'est d'une efficacité redoutable, ça te prend dès le premier titre et ça ne te quitte pas jusqu'au dernier, y compris lorsque les morceaux - excellents au demeurant - se font un peu plus "doux" du style ballade. Que cela soit au niveau vocal ou du jeu du trio, tout se cale parfaitement.

    This Will Destroy Your Ears ne doit pas être étranger à mon regain de forme depuis deux jours avec le retour du soleil (après des semaines de pluie et de grisaille à vous rendre définitivement apathique et morose).

    Leur premier album, paru en 2019, est aussi disponible sur leur page bandcamp.

     

  • Discovery & Album of the Month : "Under The Black Moss" by Kalle

    Parfois, explorer d'autres contrées moins habituelles comme la République tchèque permet de belles découvertes. Le dernier opus de Kalle en est l'illustration. Duo formé de Veronika Zemanová et de David Zeman, "Under The Black Moss" est leur 3e album. Portés par le chant superbe de Veronica, ponctués entre autres par les guitares de David, des ambiances hypnotiques se déploient sur neuf titres. "Over the Hill", somptueux, ouvre l'opus et "The Red Lake", obsédant, clôture un album à découvrir sur la page bandcamp de ce duo qui nous propose des titres magnifiques comme le très réussi "Black Moss".

    A découvrir ci-dessous :

     

  • Album of the Month : "And I Have Been" by Benjamin Clementine

    Novembre s'est installé, sa grisaille aussi. Le vent griffe l'océan qui devient gris vert au gré de la lumière. Troisième album de Benjamin Clementine. Depuis 2013 et son premier EP, l'émotion est toujours et encore là. Le chant aussi, unique. L'efficacité, le lyrisme et la délicatesse aussi. Benjamin Clementine ne s'est pas perdu ; l'artiste ne s'est pas encore fait happer par la production musicale industrielle de grande consommation. Cet opus recèle de pépites, de chansons qui deviennent inoubliables dès la première écoute telles les merveilleuses "Weakend" et "Recommence". Mais toutes les chansons de cet album ont un intérêt, de l'orchestrale "Delighted" à l'entraînante "Genesis".

    Un album unique à découvrir absolument.

     

     

     

  • Album of the Month : "The Bone Carver" by And Also The Trees

    Ouvert par le magnifique "In a bed in Yugoslovia", le nouvel opus du groupe est des albums qui, après plusieurs écoutes, s'avèrent remarquables. Pour celles et ceux qui auront la patience et la curiosité de se plonger dans l'univers singulier d'And Also The Trees, le voyage sera des plus passionnants.

     

    L'opus est une suite de pépites, d'ambiances musicales et poétiques. Un des grands albums de cette année 2022. A découvrir absolument.

  • Discovery & Album of the Month : "Hand Tight" by Vadim Vernay

    L'automne s'installe. Les gris saturent le ciel, la pluie crépite sur les ardoises et la mousse gagne peu à peu sur le bitume des trottoirs. Les flammes se tordent dans l'âtre, j'écoute "That Curse", magnifique chanson de Vadim Vernay sur son dernier album. 

    Je ne connaissais rien des productions précédentes de Vadim Vernay mais voici une belle découverte. Un opus où s'enchaînent des titres qui ne peuvent laisser indifférents tels "Spellbound" ou la somptueuse "Lucky enough". Excellent dans toutes les variations de style musical, cet album recèle de nombreuse pépites comme "A Sunday Night Song".

    "Bad Land Alley" vient conclure majestueusement cet album. A découvrir absolument.

  • Album of the Month : "The Garden" by Katharina Nuttall

    Onze ans après son dernier opus solo "Turn Me On", Katharina Nuttall délivre un nouvel album "The Garden" qui est l'un de mes préférés de cette année 2022. Compositrice de musiques de films, de documentaires ou pour le théâtre, Katharina Nuttall est aussi productrice - elle a travaillé entre autres avec Ane Brun sur plusieurs albums. 

    Huit titres composent cet album ouvert par "Lethe" et clôturé par "Forever Stay". Si l'ensemble des chansons est d'une grande qualité, j'ai peut-être une préférence pour le magnifique morceau "Velvet Moon", l'entêtant "Inspired by John Keats" ou le non moins somptueux "The Poison Tree".

    Un album à découvrir absolument.

     

     

  • "Le dernier album" by Mendelson

    J'ai hésité, qu'écrire à propos du dernier opus de Mendelson que j'ai réécouté plusieurs fois en version numérique en attendant de recevoir le coffret, la "Box".

    Et si la position la plus appropriée était de choisir le silence, juste mettre en ligne les 5 titres de cet ultime album. Après tout, à quoi sert de s'épancher, tout n'est-il pas pas déjà dit, chanté, joué dans cette dernière étape avant la fin proclamée ?

    Et puis, cela m'a toujours ennuyé les chroniques du regret (du type hommage au génie méconnu), les articles qui viennent nous arracher des larmes quand un artiste, un groupe, une personnalité achèvent leur parcours ou disparaissent. C'est un peu comme les départs à la retraite, t'as plein de gens qui t'ont fait royalement chier quand tu bossais qui voudraient te remercier et boire un pot avec toi ! C'est comme les enterrements où t'as plein de gens qui viennent te rendre hommage alors que quand tu étais bien vivant, ils n'en avaient rien à foutre ou t'ont fait plus de mal que te donner des signes d'amour, d'affection ou de respect.

    Et puis, après tout, y a plein d'espèces d'animaux, y a plein de végétaux et plein d'hommes et de femmes qui meurent dans l'indifférence quasi-générale ! Au nom de quoi la fin d'un groupe de musique serait plus digne d'intérêt que celle de mon grand-père qui travailla dès l'âge de 14 ans ? Qui, fils d'immigrés, prit les armes pour défendre un pays qui les avait accueillis non sans souffrir au quotidien de rejet, de réflexions les plus stupides et blessantes dès son enfance ? Au nom de quoi certains auraient plus d'importance que tous ces anonymes ?

    Je vois déjà fleurir les chroniques, je vois déjà les commentaires... Que ceux qui les ont accompagnés, les fidèles, les amis de route puissent témoigner de ce que ce groupe a pu signifier, a pu leur apporter à un moment ou un autre de leur vie, ne me dérange aucunement. La meilleure façon de faire vivre nos morts - que nos morts soient présents parmi les vivants - est d'en parler, de montrer, de faire entendre, de dire en quoi ils nous ont été précieux. Il n'y a rien de moins humain que de laisser mourir nos mourants dans des lieux aseptisés, loin de tous, abandonnés et sans marques d'affection. L'indifférence, cacher la mort est le contraire de ce qui nous fait humains.

    Non, Mendelson ne nous a pas rendu plus humains par ces albums - ceux qui écoutaient l'étaient déjà et ceux qui ne l'écoutaient pas l'étaient aussi ! Mendelson nous fait simplement humains parce que nous sommes à ses côtés quand il disparaît, parce que nous l'écouterons encore de temps à autre, parce que nous le partagerons comme nous partageons l'existence de ceux qui ont, à un moment de notre vie, été des compagnons, des êtres qui ont marqué notre existence, qui ont pu jouer un rôle mystérieux dans notre vie. Comme le prof anonyme décrié par tous qui te fait découvrir un père obscur, comme un grand-père qui te parle de ce que fut sa vie d'ouvrier, comme une chanson de Ferré écoutée à 13 ans et qui t'ouvre de nouveaux horizons, comme un bouquin de socio que tu lis à 20 ans et qui te marque à jamais, comme le père que tu as pu parfois détester mais qui t'a permis de te construire sans que tu t'en rendes compte, comme tant d'autres, des femmes, des hommes connus ou inconnus. Juste une histoire de rencontres humaines.

    De Mendelson, il demeurera les albums, des petits cailloux, des traces, à continuer de faire vivre. Il reste l'oeuvre, textes, musique, interprétation, compositions, un tout, une couleur singulière, un ensemble indissociable, c'est l'essentiel. La postérité du groupe, après tout, rien à faire ! 

    Alors "Fin de partie", "Rideau" pour Menselson. Et alors ? L'important, l'essentiel est par ici :