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10.12.2014

Album of the Month : "The Fates" by Matthew Edwards and The Unfortunates

Disponible seulement depuis le début novembre en France sur une plate-forme de téléchargement bien connue, le premier album de Matthew Edwards and The Unfortunates intitulé "The Fates" était déjà paru aux USA sous forme de vinyle.

Le groupe livre un opus raffiné avec, parmi les onze chansons, de véritables petits bijoux. Matthew Edwards, entouré d'une équipe de musiciens excellents (piano, orgue, violoncelle, accordéon, guitare, batterie...), est capable de créer des atmosphères envoûtantes qui se révèlent de plus en plus au fur et à mesure des écoutes. Difficile de sélectionner des titres tellement cet album contient de belles chansons parfois émouvantes, nostalgiques. Je crois bien que chacune vaut le détour même si certaines accrocheront immédiatement l'oreille par leur instrumentation et leur ambiance.

Une très belle surprise de cette fin d'année 2014.

Album disponible aussi sur bandcamp.

 

 

06.12.2014

Album of the Week : "Paeonia" by Man From The South

Man From The South est le nom sous lequel Paul van Hulten réalise ses albums. Son premier opus "Koblenz" fut l'une de mes plus belles découvertes en 2012 (l'album est toujours disponible sur bandcamp). Il fut membre pendant plusieurs années du groupe Woody & Paul avant de se lancer dans une carrière solo. Avec lui, pas de fioritures, pas de profusions d'arrangements. Parfois seule la voix et quelques notes de guitare suffisent pour dégager une intensité remarquable comme dans "New Game" ou Before The Flood". Il y a une mélancolie qui flotte dans l'air à l'écoute de nombre de ses chansons.

24.11.2014

Un album à découvrir : "The Cat. Not Me" by Marianne Dissard

Peu connue du grand public alors qu'elle a déjà plusieurs albums à son actif , Marianne Dissard a publié un nouvel opus que je n'avais pas eu encore le temps d'écouter avec attention. "The Cat. Not Me" est magistralement ouvert par le titre "Am Letzen".

Mais le reste de l'album est tout aussi captivant, intrigant. L'interprétation de ses propres textes par l'artiste est remarquable comme le sont les différentes compositions de Sergio Mendoza (Calexico, Y La Orkesta). L'album est en écoute intégrale sur spotify. Je vous le recommande.

 

 

 

15.11.2014

Album of the Week (1): "Crying for the Moon" by The Sandman's Orchestra

C'est une fort belle semaine qui s'achève avec la parution de plusieurs albums bien agréables à écouter dont celui du duo formé par Pierre Laplace et sa jeune nièce Léonie Gabriel : The Sandman's Orchestra. Depuis la parution de leur premier album "Silver Linings" en 2011, je suis ce groupe qui fait preuve d'une grâce et d'une délicatesse méritant d'être partagées par un public encore plus large. Pierre Laplace est toujours à la composition, à l'écriture des textes, à la production et joue de nombreux instruments (guitare, banjo, piano, claviers, wurlitzer, melodica, kalimba, theremin...). Léonie au chant avec sa voix chaude qui est toujours aussi enchanteresse.

Ce troisième album est ouvert par un très beau titre "Is This Is Our Swan Song » ou seule Léonie est au chant. On retiendra entre autres parmi les dix titres qui composent ce nouvel opus : « No Other Way »,  « Crying for the Moon » qui donne son titre à l'album , le superbe « The Rememberer, » parfait dans tous les domaines (parties vocales, arrangements...).

Les paroles sont écrites en anglais et, comme j'appartiens à ces générations qui le comprennent mieux en le lisant qu'en l'écoutant, j'avoue que, souvent, je me laisse bercer par les mélodies sans prêter attention aux textes. Pourtant, ceux écrits par Pierre Laplace valent une écoute attentive. On y découvrira des passages poétiques, une écriture délicate évoquant des sujets bien plus graves que les compostions le laissent croire.

L'album existe aussi en édition limitée CD avec un superbe livret. Difficile de résister.

Album of the Week (2) : "Bois et charbon" by Midget !

"Bois et Charbon", second album de Midget !.

Midget ! , duo composé de Mocke et Claire Vailler.

Midget ! , quels mots pour décrire le ressenti à l'écoute ?

Dix chansons telles des bulles légères dans le ciel, une lumineuse élégance, un doux raffinement des textes et des sonorités.

Des boucles obsédantes, des songes, des dissonances et des harmonies, un voyage, une forêt à explorer.

La brume au petit matin, des notes précieuses, posées, presque comme une caresse.

Un chant ensorcelant, hypnotique.

Midget ! un duo unique et précieux.

Album en commande sur bandcamp et en écoute intégrale sur le site de leur label et sur spotify.

 

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10.11.2014

Album Review : Pain-Noir by Pain-Noir

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Samedi, un message avec un lien signé François-Régis.

C'est ce qu'ont reçu ceux qui ont soutenu le nouveau projet de François-Régis Croisier : Pain Noir. Un nouveau départ avec des textes écrits en français.

Un nouveau départ :

"J'ai rêvé ces deux mots Pain Noir tatoués sur tes deux mains".

Un nouveau départ, neuf titres pour écrire une nouvelle page, des cailloux blancs pour tracer un chemin singulier, de belles pierres polies avec amour pour construire une voie lente et sûre.

Ce qui marque dès la première écoute, c'est cette musicalité des textes portés par cette voix au timbre particulier. Une douce rivière, un flot puissant mais rassurant, au débit lent et élégant. Un sentiment d'achevé et d'apaisement. Une douce mélodie pour errer dans des contrées secrètes et délicates.

Écouter "Le jour point", "Après une nuit d'effroi, à longer des ravines". Écouter et se laisser porter. Sentiment de ne jamais épuiser le sens. A chaque fois, renaissance.

Les chansons de François-Régis Croisier sont des pierres bien plus précieuses que tous les rubis et les diamants du monde. Bien plus précieuses parce qu'elles illuminent nuits et jours, obsédantes, bouleversantes, aériennes. Bien plus précieuses parce que, polies par un amoureux des mots et des mélodies, elles sont comme galets sur la rive, toujours à nous émerveiller.

 

 

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03.11.2014

Album of the Month : "Cartographer / Explorer" by Ormonde

Ceux qui me suivent ici ou là depuis deux ans savent que je suis un quasi inconditionnel d'Anna-Lynne Williams (des Trespassers William à son projet solo Lotte Kestner). La dame est prolifique et multiplie les collaborations. Ormonde, duo formé avec Robert Gomez, signe là son second album. Alors évidemment, je sais déjà que certains s'étonneront de mon choix mais il y a dans ces chansons une élégance, une beauté qui me séduit. On ne peut pas dire que le duo fait dans l'aguicheur pourtant, des compositions parfois minimalistes toutes en variations subtiles qui exigent de l'auditeur d'écouter et non d'entendre. Mais c'est cela qui est la marque d'un album réussi et convaincant. Cet opus est un régal pour ceux qui accepteront de s'y plonger et non pas de zapper. Ici on ne pratique pas le zapping toutes les 20 premières secondes de chaque chanson parce qu'on ne pourrait rien saisir de ce qui fait l'essence du projet artistique du duo. Comment, en se contentant de sauts de puce, saisir cette subtilité, ces atmosphères, cette durée installée, ces rythmes qui invitent au voyage, au mouvement lent et dosé loin de cet affolement, des mouvements saccadés et des rythmes effrénés de ce monde. Avec Ormonde, on apprend la lenteur, la langueur hypnotique, à se laisser porter par les subtilités des arrangements, à se fabriquer des films, à écouter les chants emplir obsédants l'espace.

Les chansons d'Ormonde sont des moments de plaisir rare, des instants où l'on est parfois proche de la perfection. Comme dans "Beach", "Snake", "Explorer/Cartographer", "Paintings" et bien d'autres.

L'abum est en écoute sur spotify

27.10.2014

Album Review : "Adieu l'enfance" par La Féline

J'ai hésité avant d'écrire ces lignes.

Qu'ajouter de plus aux chroniques déjà parues avant même la sortie officielle de l'album « Adieu l'enfance » de La Féline ?

Un album en écoute en avant-première sur le site des Inrocks. Des textes élogieux dans plusieurs blogs spécialisés. Un premier succès critique en attendant que cet opus rencontre peut-être une écoute plus large que les premiers EP. Qu'ajouter ?

J'ai pré-commandé l'album en version digitale, acheté, oui. Donner et recevoir.

J'ai attendu ce matin, un matin frais de cette fin d'octobre. Le ciel était d'un bleu presque trop pur, j'ai calé les écouteurs de mon casque, cliqué sur la touche play de ma machine où j'avais stocké les fichiers à la première heure. J'ai parcouru lentement la venelle qui conduit à l'esplanade où la ville s'offre au regard.

Je ne sais si c'est en raison de ce matin d'automne presque trop beau mais j'ai ressenti comme un instant de plénitude sereine. Il y avait quelque chose de l'ordre du cristallin qui parcourait mes synapses.s'emparait de mes neurones.

Les mots de La Féline, les sonorités de La Féline.

Je ne sais rien d'Agnès Gayraud si ce n'est ce que livrent quelques blogs et cela n'a guère d'importance. Je n'ai que les chansons qu'elle nous délivre avec ses complices et c'est bien comme ça.

Certains, plus experts, plus savants, parleront d'influences, de coldwave, de dream pop. Je crois simplement qu'elle a trouvé son alchimie entre sonorités et textes, une ligne claire et épurée où chaque mot, chaque son a sa place d'existence. Un geste, une intention, un mouvement. Beauté du geste.

Ce qui est  peut-être le plus convaincant dans cet album, c'est cet assemblage de délicatesse et de fragilité, cet arc tendu du texte, cette légèreté dans la profondeur, ces compositions qui donnent une sensation de pureté presque froide et ce chant qui laisse la sensibilité percer. Ces chansons sont des cristaux qui fondent peu à peu à l'écoute pour délivrer des émotions avec retenue comme pour masquer une sensibilité exacerbée.Une ligne, claire, épurée. Beauté du trait.

Et puis il ne faut pas oublier les complices dont Xavier Thiry qui a réalisé les arrangements remarquables.Sensation de simplicité. Subtilité des assemblages.

Alors, évidemment, certaines des chansons de cet opus ont ma préférence mais je vous laisse le soin de la découverte. Je vous laisse avec La Féline et son univers, là où les larmes sur les joues creusent des rivières, là où les rois devant leur armée tombent à genoux, la où les silences sont égyptiens.

Donner, recevoir et rendre à son tour.

L'album est en écoute sur spotify.

Les précédents EP sont disponibles sur bandcamp.

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26.10.2014

First Album : "Beyond the North Wind" by Kat May

Contrairement à ce que l'on pourrait croire Kay May n'est ni danoise ni norvégienne, pourtant une écoute distraire pourrait le laisser croire tant elle semble s'inscrire dans cette veine qui nous vient de Scandinavie. Nous l'avions découverte en 2012 avec la sortie de son très bel EP "The Trees of Regents Park". Son premier album "Beyond the North Wind" comprend d'ailleurs trois des quatre titres qui y figuraient : "The Lake", "Stars and Sorrow" et "The Trees of Regents Park". Les deux derniers étant probablement les titres phares de cet album pour ceux qui apprécient la mélancolie nordique. On retrouve la capacité de Katia Mayen à écrire des ballades émouvantes et gracieuses comme la très belle "Day 10" ou "Wednesday Song". D'autres titres comme "Moon", "L'Eveil" ou "Thelma Et Louise" démontrent que la dame est aussi capable de proposer une pop plaisante et de qualité.

Un premier album à découvrir.

 

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12.10.2014

EP Feu! Chatterton : un bien agréable début

Leur premier EP éponyme est paru en septembre mais cela fait déjà un moment qu'ils s'étaient fait remarquer notamment avec le titre "La mort dans la pinède". Puis, le titre "La Malinche" qui annonçait l'EP confirmait que ce groupe composé de 5 membres avait construit un univers prometteur.  Compositions efficaces, textes en français portés par une voix au timbre particulier mais qui leur sied de fort belle façon, tout cela est bien agréable à écouter. L'EP confirme avec un autre titre superbement réussi : "A l'aube". Et en plus, le groupe offre une fort belle reprise de "Je t'ai toujours aimée" en Mouv'Session.

 

04.10.2014

Album of the Month : "A Thin Line" by Olivia Pedroli

Au petit matin, lorsque la lumière dorée vient caresser le calcaire des murs de la ville, les notes de piano qui ouvrent "The other side" m'accompagnent. Je descends les marches de l'escalier qui surplombe les toits de la ville où je vis. Dans le calme de la cité encore endormie, je prends le temps d'écouter chaque note, chaque inflexion, chaque nuance des instruments et des voix. Accompagnée au chant par Helgi Hrafn Jonsson dans ce titre, Olivia Pedroli me transporte dans cette chanson magistrale. Elle m'avait enchanté avec son album « The Den » paru en 2010. Allait-elle me conquérir de nouveau ?

J'avais suivi sa précédente carrière sous le nom de Lole, de loin, sans vraiment être enthousiasmé. Et puis, ce fut lorsqu'elle reprit son nom que ses chansons me captivèrent.

Premier constat après plusieurs écoutes de ce nouvel opus : contrairement à beaucoup d'artistes telle Agnes Obel, Olivia Pedroli ne livre pas une musique qui se veut séductrice dès la première écoute. Non, "A Thin Line" exige une écoute attentive pour saisir toute la richesse de ses compositions et arrangements. C'est là déjà l'une des grandes qualités du travail de l'artiste (et de la production), ne pas verser dans la reproduction du même, au risque de dérouter, ne pas se contenter des recettes faciles qui garantissent le succès.

Bien évidemment, « This is where it starts », premier titre dévoilé avant la sortie de l'album et bénéficiant d'un clip, séduira peut-être plus par son caractère enlevé. Cependant, il y a des titres qui pourront conquérir dès le premier abord l’auditeur tel le magnifique « The other side » déjà cité. Mais il faut se laisser emporter par des chansons comme la superbe« Silence », la non moins réussie « Guide » ou bien « Birds » (quel début !).

Alors, oui, cet opus n'est pas dans la ligne pop ou folk à la mode, il n'est pas dans l'air du temps, il ne fait pas dans « l'aguicheur » parce que je pense qu'Olivia Pedroli, depuis le premier album paru sous son nom, essaie de tracer peu à peu une voie cohérente sans céder aux effets de mode. Il suffit pour s'en convaincre d'écouter ce qu'elle a réalisé entre temps (musique de film et "Préludes pour un loup"). Il faut prendre son temps pour déguster ce nouvel opus, pour s'abandonner, pour se laisser porter dans cet univers gracieux et délicat. Certains regretteront sa facture trop classique, pourtant cordes, vents, piano, guitare et autres instruments s'accordent parfaitement au travail réalisé sur le chant et les harmonies vocales. C'est un album d'une grande intensité, d'une sensibilité rare. Des chansons servies par des compositions et des arrangements somptueux. Un des nos indispensables 2014, disponible sur la page bandcamp de l'artiste.

Décidément, que je regrette de ne pas vivre en Suisse pour pouvoir l'écouter en concert plus souvent !

 

28.09.2014

New Album from "Where Did Nora Go" : "Shimmer"

J'avais eu l'occasion sur une autre page de signaler la sortie de l'EP puis du premier album éponyme d'Astrid Nora, artiste danoise. Auteure-interprète-compositrice, Astrid Nora a une formation de violoncelliste et, bien évidemment, cela s'entend dans nombre de ses compositions. Mais elle recourt à de nombreux instruments cette fois-ci dont un marxophone. Oui, oui, cela existe, à vous de chercher !  Plusieurs musiciens ont collaboré à ce nouvel opus dont la harpiste Lillian Törnqvist qui a participé entre autres à l'enregistrement des derniers albums d'Oh Land et de Antony and the Johnsons.

Ce nouvel album "Shimmer" est composé de 13 titres dont on retiendra notamment "Shelter", "Hear, Emily Sings", "After All" ou bien encore "Through Fire".

14.09.2014

EP "Letter to New York" by Johanna Glaza

En deux EP parus en moins d'un an, Johanna Glaza trace une voie singulière dans la pop. Cette jeune artiste lituanienne propose des titres ensorcelants et captivants avec un travail vocal remarquable (qui me fait penser parfois à Kate Bush) comme dans le titre "Distance" :

Si son second EP est une réussite, n'hésitez pas à vous procurer aussi le premier "Silence Is Kind" paru en 2013 qui est tout aussi remarquable.

10.09.2014

Discovery : Aldous Harding debut album review

Dans la douce fraîcheur de cette nuit d'été, le casque sur les oreilles, je me laisse porter par le chant d'Aldous Harding.

Il y a quelques mois, cette jeune artiste (Hannah Harding) a signé un premier album éponyme en Nouvelle-Zélande. Je n'ai pas pu encore me procurer le vinyl mais je dispose d'une version digitale composée de neuf titres. Ce qui est le plus frappant dans ce premier album, ce qui m'a le plus captivé est la capacité d'Aldous Harding de changer d'ambiance, de moduler son chant et son interprétation selon les chansons qu'elle propose. De "Hunter" de facture folk assez classique à des titres chargés d'émotion, d'intensité (No Peace, Stop You Tears, Small Bones of Courage, Titus Alone, Titus Groan), elle montre déjà une maturité étonnante.

Je ne peux que vous encourager à partir à la découverte de cet album. Bien entendu, il faut accepter d'entrer dans des chansons au format peu habituel et commercial qui durent pour 7 d'entre elles plus de 5 min.

A ma connaissance, l'album n'est distribué qu'en Nouvelle-Zélande et en Australie.

07.08.2014

Album of the Month : Mirel Wagner, « When The Cellar Children See The Light Of Day »

J'attendais avec quelque appréhension la parution de son second album depuis que sa sortie avait été annoncée chez Sub Pop. L'auteure-compositrice-interprète allait-elle modifier son style ? Serait-elle capable d'égaler la qualité atteinte dès sa première réalisation ? Allait-elle nous dérouter, nous surprendre en explorant d'autres chemins ?

La réponse commença à s'esquisser lorsque son nouveau label dévoila « Oak Tree » puis « The Dirt ».

Au passage, une digression pour dire mon irritation sur cette stratégie devenue quasi-systématique et loin d'être nouvelle, qui consiste à annoncer un album morceau par morceau bien avant sa sortie. Je sais bien que, dans ce monde, la musique n'échappe pas aux règles du marché, bien culturel certes mais aussi bien marchand. Mais enfin, rien de plus désagréable parfois que de découvrir ce qui devrait former un tout, ce qui devrait relever d'un projet d'ensemble, de façon fragmentée.

Le second album de Mirel Wagner ne marque, selon moi, aucune rupture importante. Les changements les plus nets semblent résider dans les choix effectués en studio qui donnent peut-être un son plus net, un chant plus direct, plus clair, avec, assez rarement, l'apport en arrière-plan de voix et de quelques instruments.

Les articles élogieux vont fleurir - ils commencent déjà. La critique spécialisée a besoin de s'emparer d'artistes et de nous offrir, avides consommateurs que nous sommes, de la nouveauté : le nouveau Nick Cave, la nouvelle PJ Harvey... Je n'y échappe pas non plus d'ailleurs dans ce blog. Dès son premier disque, les comparaisons avec d'illustres prédécesseurs tel Léonard Cohen ont fleuri. Je ne suis pas certain de leur intérêt même si l'on sait que rien ne s'écrit sans avoir été nourri par ce que d'autres ont écrit.

En dix titres, Mirel Wagner continue de nous livrer un univers sombre, dépouillé, grave mais toujours aérien. La guitare est toujours omniprésente, des cordes apparaissent quelquefois, son phrasé et sa voix sont toujours au service de textes sans jamais tomber dans l'excès.

Pas de fioritures en ces terres.

C'est peut-être ce qui est le plus troublant, le plus attirant, ce qui constitue la plus grande qualité de Mirel Wagner : l'austérité, la sobriété, le caractère spartiate, monacal de ses compositions et de son chant et en même temps, la capacité à chanter les textes les sombres de façon lumineuse. On sent qu'elle aurait les capacités vocales pour laisser éclater son chant mais cette retenue lui permet de trouver la justesse appropriée dans son interprétation, de créer une intensité remarquable avec une économie de moyens.

Isoler certaines des dix chansons serait peut-être injuste tellement elles forment un tout d'une grande cohérence. Pourtant, je ne peux résister à mentionner certaines d'entre elles qui m'ont particulièrement touché :

  • « The Dirt » avec ses accords plaqués puis ces quelques notes (jouées en slide?) posées simplement, quasi déchirantes, et ses paroles « Mama, Don't cry, You can't eat the dirt » :

  • la superbe « What Love Looks Like » avec cette question qui revient «  Is this what love looks like ? » et où Mirel Wagner par son phrasé exceptionnel et cette composition minimaliste basée sur quelques notes parvient à créer une intensité remarquable ;

  • « Goodnight », telle une berceuse tendre et rassurante qui s'achève avec « Tomorrow will be all right, Together forever », accompagnée en arrière-plan de quelques discrètes notes de piano et de violoncelle ;

  • mais comment oublier celle qui ouvre l'opus et qui égrène comme une comptine enfantine chantée 1 2 3 4, ou bien les non moins réussies « In My Father's House », « Dreamt of a Wave », « The Devil's Tongue » et « Taller Than Tall Trees », « Ellipsis » et ses cordes discrètes, « Oak Tree » qui s'achève par un dernier « sweet dreams ».

Mirel Wagner ne fait pas dans la profusion, l'apparat inutile. Elle trace une voie obsédante et lumineuse au milieu du bruit de ce monde. Elle instaure presque un silence vertigineux, un espace où chaque note, chaque parole compte dans ce monde saturé. Mirel Wagner n'a guère besoin d'artifices parce qu'elle puise au plus profond de ce qui nous traverse et nous l'offre à écouter, nous le révèle. Et c'est cela qui donne une rare épaisseur, une densité extrême à l'ensemble de ses chansons. Que cela se poursuive longtemps.

P.S. : Je tenais à souligner combien je suis redevable à Sabine, amatrice passionnée du blog musical WMIMM, malheureusement en sommeil depuis de longs mois, d'avoir attiré mon attention sur le premier opus éponyme de Mirel Wagner lors de sa sortie. On pourra lire ici la chronique élogieuse qu'elle écrivit, conquise par cette entrée magistrale de cette jeune artiste qui nous vient de Finlande.